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Lettres: La « théorie du tout » ?

Pierre Leyraud - Montréal, le 16 avril 2007  25 avril 2007  Science et technologie
L'excellent article «Einstein s'est-il trompé?» de Pauline Gravel, paru dans Le Devoir du 14 avril dernier, appelle, me semble-t-il, quelques commentaires. Le premier concerne le sous-titre de l'article intitulé «La physique contemporaine est dans une impasse». Il est vrai, comme il est très justement précisé, que cette situation est issue des difficultés d'unification de deux théories cadres de la physique actuelle dans un champ expérimental très particulier et hautement spéculatif: le domaine microscopique et de très forte gravité. Mais il faut aussi souligner que la physique connaît encore, à l'heure actuelle, d'autres impasses qui ne sont toujours pas «réglées»: certaines de moindre ampleur, par exemple entre la thermodynamique et la physique statistique; d'autres plus sérieuses, notamment entre la mécanique classique et la mécanique quantique. Ces autres «impasses» ne datent pas d'hier et n'ont pas empêché la physique d'avancer.

Une autre remarque s'impose au sujet de «la théorie du tout». D'abord, il me semble qu'une des leçons qu'on puisse tirer de la physique contemporaine — et surtout de la physique quantique — est qu'il n'est plus aussi simple et aussi facile aujourd'hui de remonter des principes à leurs manifestations, par exemple des principes de la théorie quantique aux phénomènes du monde sensible. Il semble bien que le réductionnisme soit inexorablement périmé. La «théorie du tout» ne pourra donc pas, de toute façon, être une «théorie de tout».

Certes, il est tout à fait pertinent d'utiliser le mot «quête» pour caractériser la recherche de l'«ultime théorie du tout» car, effectivement, lorsque des physiciens abordent cette question, leurs discours versent presque inévitablement dans la métaphysique, voire dans la spiritualité. Ceci n'est qu'une conséquence de la nature même de toute «théorie du tout». En effet, même dans l'éventualité où on «trouverait» une «théorie du tout», ce que Mme Gravel associe à une équation universelle, comment pourrons-nous départager, parmi les théories inévitablement concurrentes, laquelle est bien la «théorie du tout»? En effet, quel degré de scientificité pourra-t-on accorder à ces différentes théories dont la nature même rend impossible toute expérimentation?

Par l'ampleur de ses succès et par la maîtrise qu'elle nous a donnée sur la nature mais, en même temps, par son très haut degré d'abstraction, la physique contemporaine nous laisse croire qu'elle est proche de nous dévoiler l'explication unifiante du monde. Eh bien non, il faut se résoudre à ne pas exiger de la physique ce qu'elle ne peut pas nous donner! [...]
 
 
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