Les dinosaures se marchandent à prix d'or
Photo : Jacques Grenier
L’albertosaure du musée Redpath, à Montréal. Contrairement à de nombreux pays, le Canada interdit le commerce de squelettes de dinosaure, mais il permet la vente d’autres types de fossiles.
Des têtes de tyrannosaures s'envolent à prix d'or; de riches collectionneurs allongent les liasses pour des mammouths extirpés du pergélisol: plus que jamais les vieux os jouissent d'un commerce florissant, auquel participent des compagnies canadiennes. Mais devant cette surenchère d'ADN préhistorique, les musées perdent la mise et des paléontologues s'inquiètent.
Décidément, la préhistoire a la cote ces jours-ci. Un crâne de tyrannosaure s'envolait pour 280 000 $ le 25 mars à New York, et le Tout-Paris est en émoi, à quelques jours de la plus importante vente aux enchères d'animaux et fossiles préhistoriques que tiendra la maison Christie's, rue Matignon, le 16 avril.
Au catalogue des ventes de la Ville lumière: un mammouth de Sibérie de 12 pieds de haut, qui devrait se chiffrer autour de 180 000 euros, un rhinocéros laineux de l'ère quaternaire (65 000 euros) et toute une panoplie de fossiles semblant tout droit sortis du film Le Parc jurassique. Tous seront bradés au plus fort prix. Si cette vente publique a lieu dans l'Hexagone, c'est que l'enchère inclura l'une des plus importantes collections de fossiles paléontologiques du monde, détenue par le Dr Jean Bouhanna de Nice, qui à elle seule vaudrait plus de 150 000 euros.
Or ce trafic prospère de vieux squelettes entre magnats commence à faire jaser les scientifiques. Autant de pièces de musée qui s'envolent aux mains d'inconnus, loin des regards de la communauté scientifique et du public. Les compagnies qui marchandent ce patrimoine fossilifère font d'ailleurs ces jours-ci de très bonnes affaires.
Du nombre, la compagnie Canada Fossils qui, interrogée par Le Devoir, a confirmé que la flambée des prix qui embrase le marché des grands sauriens rend la tâche de plus en plus difficile aux musées qui tentent d'enrichir leurs collections.
À l'heure actuelle, les gros acheteurs viennent des États-Unis, où se tient tous les ans à Tucson, en Arizona, la plus grande braderie privée «de fossiles» du monde. Mais les clients sont aussi japonais, hong-kongais, à qui se sont ajoutés récemment les nouveaux riches chinois.
«Maintenant, nous vendons autant à des clients privés qu'à des musées.
Les ventes se portent très bien. Pour plusieurs spécimens précis, les prix ont bondi», a confirmé hier John Issa, directeur des ventes chez Canada Fossils, une des plus importantes compagnies du monde dans ce genre de marché.
Bondir n'est pas un moindre mot. La semaine dernière, la maison d'encan californienne I. M. CHAIT lassait aller à un acheteur anonyme un crâne de Tyrannosaurus bataar vieux de 76 millions d'années pour la mirobolante somme de 230 000 $. L'histoire ne dit pas si la tête de l'effroyable carnassier, un petit cousin du T. rex, trônera dans la salle à manger ou le salon. La description du catalogue de l'encan soulignait sa dimension, «parfaite pour un appartement new-yorkais»!
Cette folie de la surenchère jurassique a débuté lors de la vente en 1997, au prix de plus de 8,3 millions, d'un squelette de Tyrannosaurus rex, par la maison Sotheby's à New York. À l'époque, le réalisateur du Parc jurassique, Stephen Spielberg, un collectionneur avéré, avait été sollicité mais c'est le musée de Chicago, appuyé par de puissants partenaires industriels, qui avait finalement remporté la bête.
«C'est vraiment préoccupant pour les musées, car il y a beaucoup de collectionneurs fortunés qui font une guerre de prix sur des articles, ce qui rend très difficile pour les institutions de mettre la main sur les pièces les plus rares», affirme Stephen L. Cumbaa, chercheur et paléo-biologiste au Musée canadien de la nature.
Devant ce marché florissant de monstres préhistoriques, les musées tombent sur un os. Ils doivent se rabattre sur les dons, ou sur leurs propres fouilles, souvent effectuées sur des terres publiques, pour faire leurs trouvailles. Même sur les terres privées, les permis de fouilles sont devenus de plus en plus ardus à obtenir auprès d'agriculteurs, qui déroulent le tapis rouge aux prospecteurs privés, rêvant que ces derniers déterrent dans leurs champs de maïs un T. rex valant des millions.
Le Klondike des chercheurs d'os
Contrairement à d'autres pays, le Canada a une loi stricte qui interdit le commerce de squelettes de dinosaure, mais elle permet la vente d'autres types de fossiles. Si un tricératops est mis au jour dans votre potager, vous ne pourrez ni le vendre ni le sortir du pays, tout au plus le léguer à vos enfants ou à un musée. Tous les spécimens exhumés sur des terres publiques appartiennent de facto à la Couronne.
Ce n'est toutefois pas le cas ailleurs, notamment dans plusieurs États américains comme le Montana et le Dakota du Sud, ou l'Argentine. Ce sont de véritables Klondike pour chercheurs d'os, où les permis privés se vendent à prix d'or et donnent parfois lieu à des fouilles frénétiques, coupant parfois court aux règles de l'art. C'est d'ailleurs au Montana que Canada Fossils s'approvisionne en sauriens de tout genre.
Le problème dans cette course aux vieux os est non seulement la perte de spécimens uniques, qui peuvent receler des informations précieuses, mais aussi la perte d'une masse d'informations pertinentes pour les paléontologues, affirme M. Cumbaa.
«Ce que les fouilleurs non professionnels cherchent, c'est une pièce à vendre. Alors ce qui manque souvent, c'est le contexte de la fouille, l'environnement où la bête a été trouvée, et surtout la formation rocheuse où elle reposait. C'est tout cela qui manque, et c'est plus qu'une perte pour les musées, c'est une perte pour la science», croit ce dernier.
Pour Stephen Cumbaa, il est clair que ce marché lucratif pourrait priver la science de l'accès à des nouvelles espèces, découvertes sans que nul scientifique n'ait eu l'occasion de se pencher dessus.
À l'instar de pays riches en trésors archéologiques qui sont la proie des pilleurs de tout acabit, plusieurs des pays qui adoptent des lois pour encadrer la vente et l'exportation de ces spécimens venus du fond des âges se débattent avec un trafic illégal difficile à juguler.
«Des pays comme la Chine, qui a l'une des lois les plus strictes du monde, ne sont pas toujours capables de les appliquer à la lettre. La preuve, c'est qu'on voit de nombreux spécimens sur le marché venant de Chine. Le prix des pièces favorise le trafic illégal», poursuit le paléontologue.
Dans la tourmente qui a suivi la déconfiture de l'ex-Empire soviétique, il s'est retrouvé sur le marché toute une série de spécimens précieux, du mammouth de Sibérie au grand ours des montagnes de l'Oural, qui ont filé entre les mains des institutions publiques.
Si la plupart des musées et des scientifiques s'entendent pour refuser d'étudier ou d'acquérir des spécimens provenant de pays où l'exportation et la vente sont bannies, ce n'est pas toujours le cas des marchands.
Mais le chef des ventes de Canada Fossils tempère les peurs exprimées par les scientifiques. «C'est vrai qu'on voit de plus en plus de faux sur le marché, mal étiquetés, dont la provenance est inconnue. Si on voit une pièce à vendre sur E-bay, c'est sûr qu'il faut se méfier», explique John Issa, ajoutant que les compagnies sérieuses, qui vendent aussi à des musées, ne peuvent se permettre un tel manque de professionnalisme.
«C'est vrai que, dans le marché actuel, les musées n'ont souvent pas assez d'argent pour acheter, mais nous nous efforçons de faire des prix spéciaux pour permettre à certains d'entre eux de faire des acquisitions», se défend-il.
À preuve, dit-il, la plus belle ammonite — un mollusque à la coquille en forme de spirale vieux de plus de 330 millions d'années — jamais exhumée par Fossils Canada a été cédée gratuitement au musée Tyrrell de la ville de Drumheller, en Alberta. À ce jour, les plus grosses ventes effectuées par la compagnie, qui ont atteint plus d'un million de dollars chaque fois, l'ont été au Fukui Museum du Japon et au Children Museum d'Indianapolis.
Pas de regrets pour T. rex?
La folie qui s'empare du marché des fossiles a pour seul mérite d'attirer l'attention du public sur la valeur et la rareté de ces spécimens, se console Stephen Cumbaa. Ce sera notamment le cas des 86 curiosités exposées en ce moment à la maison parisienne de Christie's, dont le plus gros oeuf jamais découvert au monde (celui d'une espèce d'oiseau disparue au XVIIIe siècle!), que le public pourra admirer jusqu'à ce que le commissaire-priseur crie: «Pas de regrets!»
«Cela fait au moins connaître aux gens l'existence de spécimens qui, sinon, seraient restés à l'abri des regards pendant des décennies dans des maisons privées», croit-il.
Les musées qui embarquent dans cette surenchère des prix sont d'ailleurs aussi montrés du doigt. Stephen Cumbaa en sait quelque chose puisqu'il était proche d'un des groupes de paléontologues qui ont tenté de mettre la main sur «Sue», le T. rex le plus cher du monde, complet à 85 %, adjugé pour plus de 8,3 millions en 1997 chez Sotheby's à New York. Ce jour-là, c'est le Field Museum de Chicago qui a remporté la mise avec l'aide de puissants partenaires industriels. L'autre mise provenait d'un autre musée, qui avait dû abandonner l'enchère parce que ces donateurs n'avaient pas pu amasser plus de... sept millions de dollars!
«Même si un musée tentait d'amasser des fonds, comment savoir où va s'arrêter l'enchère? Les musées peuvent se nuire entre eux. Et le pire, c'est que ce type d'encan, annoncé peu de temps à l'avance, ne donne pas le temps aux musées d'organiser d'aussi importantes collectes de fonds», croit le paléontologue.
Le 16 avril prochain, la maison Christie's permettra même aux internautes du monde entier (à condition de s'inscrire au préalable) de se joindre à l'enchère sur Internet, en cliquant de la main droite pour faire monter la mise. De quoi rendre encore plus imprévisible le résultat des enchères.
En attendant de devenir millionnaires, tous ceux qui se désolent de ne pouvoir participer à ces encans dignes des Flintstone pourront se consoler en foulant le sol du musée Redpath, le seul musée québécois à détenir un spécimen de l'albertosaure, un petit cousin du T. rex découvert en Alberta.
Décidément, la préhistoire a la cote ces jours-ci. Un crâne de tyrannosaure s'envolait pour 280 000 $ le 25 mars à New York, et le Tout-Paris est en émoi, à quelques jours de la plus importante vente aux enchères d'animaux et fossiles préhistoriques que tiendra la maison Christie's, rue Matignon, le 16 avril.
Au catalogue des ventes de la Ville lumière: un mammouth de Sibérie de 12 pieds de haut, qui devrait se chiffrer autour de 180 000 euros, un rhinocéros laineux de l'ère quaternaire (65 000 euros) et toute une panoplie de fossiles semblant tout droit sortis du film Le Parc jurassique. Tous seront bradés au plus fort prix. Si cette vente publique a lieu dans l'Hexagone, c'est que l'enchère inclura l'une des plus importantes collections de fossiles paléontologiques du monde, détenue par le Dr Jean Bouhanna de Nice, qui à elle seule vaudrait plus de 150 000 euros.
Or ce trafic prospère de vieux squelettes entre magnats commence à faire jaser les scientifiques. Autant de pièces de musée qui s'envolent aux mains d'inconnus, loin des regards de la communauté scientifique et du public. Les compagnies qui marchandent ce patrimoine fossilifère font d'ailleurs ces jours-ci de très bonnes affaires.
Du nombre, la compagnie Canada Fossils qui, interrogée par Le Devoir, a confirmé que la flambée des prix qui embrase le marché des grands sauriens rend la tâche de plus en plus difficile aux musées qui tentent d'enrichir leurs collections.
À l'heure actuelle, les gros acheteurs viennent des États-Unis, où se tient tous les ans à Tucson, en Arizona, la plus grande braderie privée «de fossiles» du monde. Mais les clients sont aussi japonais, hong-kongais, à qui se sont ajoutés récemment les nouveaux riches chinois.
«Maintenant, nous vendons autant à des clients privés qu'à des musées.
Les ventes se portent très bien. Pour plusieurs spécimens précis, les prix ont bondi», a confirmé hier John Issa, directeur des ventes chez Canada Fossils, une des plus importantes compagnies du monde dans ce genre de marché.
Bondir n'est pas un moindre mot. La semaine dernière, la maison d'encan californienne I. M. CHAIT lassait aller à un acheteur anonyme un crâne de Tyrannosaurus bataar vieux de 76 millions d'années pour la mirobolante somme de 230 000 $. L'histoire ne dit pas si la tête de l'effroyable carnassier, un petit cousin du T. rex, trônera dans la salle à manger ou le salon. La description du catalogue de l'encan soulignait sa dimension, «parfaite pour un appartement new-yorkais»!
Cette folie de la surenchère jurassique a débuté lors de la vente en 1997, au prix de plus de 8,3 millions, d'un squelette de Tyrannosaurus rex, par la maison Sotheby's à New York. À l'époque, le réalisateur du Parc jurassique, Stephen Spielberg, un collectionneur avéré, avait été sollicité mais c'est le musée de Chicago, appuyé par de puissants partenaires industriels, qui avait finalement remporté la bête.
«C'est vraiment préoccupant pour les musées, car il y a beaucoup de collectionneurs fortunés qui font une guerre de prix sur des articles, ce qui rend très difficile pour les institutions de mettre la main sur les pièces les plus rares», affirme Stephen L. Cumbaa, chercheur et paléo-biologiste au Musée canadien de la nature.
Devant ce marché florissant de monstres préhistoriques, les musées tombent sur un os. Ils doivent se rabattre sur les dons, ou sur leurs propres fouilles, souvent effectuées sur des terres publiques, pour faire leurs trouvailles. Même sur les terres privées, les permis de fouilles sont devenus de plus en plus ardus à obtenir auprès d'agriculteurs, qui déroulent le tapis rouge aux prospecteurs privés, rêvant que ces derniers déterrent dans leurs champs de maïs un T. rex valant des millions.
Le Klondike des chercheurs d'os
Contrairement à d'autres pays, le Canada a une loi stricte qui interdit le commerce de squelettes de dinosaure, mais elle permet la vente d'autres types de fossiles. Si un tricératops est mis au jour dans votre potager, vous ne pourrez ni le vendre ni le sortir du pays, tout au plus le léguer à vos enfants ou à un musée. Tous les spécimens exhumés sur des terres publiques appartiennent de facto à la Couronne.
Ce n'est toutefois pas le cas ailleurs, notamment dans plusieurs États américains comme le Montana et le Dakota du Sud, ou l'Argentine. Ce sont de véritables Klondike pour chercheurs d'os, où les permis privés se vendent à prix d'or et donnent parfois lieu à des fouilles frénétiques, coupant parfois court aux règles de l'art. C'est d'ailleurs au Montana que Canada Fossils s'approvisionne en sauriens de tout genre.
Le problème dans cette course aux vieux os est non seulement la perte de spécimens uniques, qui peuvent receler des informations précieuses, mais aussi la perte d'une masse d'informations pertinentes pour les paléontologues, affirme M. Cumbaa.
«Ce que les fouilleurs non professionnels cherchent, c'est une pièce à vendre. Alors ce qui manque souvent, c'est le contexte de la fouille, l'environnement où la bête a été trouvée, et surtout la formation rocheuse où elle reposait. C'est tout cela qui manque, et c'est plus qu'une perte pour les musées, c'est une perte pour la science», croit ce dernier.
Pour Stephen Cumbaa, il est clair que ce marché lucratif pourrait priver la science de l'accès à des nouvelles espèces, découvertes sans que nul scientifique n'ait eu l'occasion de se pencher dessus.
À l'instar de pays riches en trésors archéologiques qui sont la proie des pilleurs de tout acabit, plusieurs des pays qui adoptent des lois pour encadrer la vente et l'exportation de ces spécimens venus du fond des âges se débattent avec un trafic illégal difficile à juguler.
«Des pays comme la Chine, qui a l'une des lois les plus strictes du monde, ne sont pas toujours capables de les appliquer à la lettre. La preuve, c'est qu'on voit de nombreux spécimens sur le marché venant de Chine. Le prix des pièces favorise le trafic illégal», poursuit le paléontologue.
Dans la tourmente qui a suivi la déconfiture de l'ex-Empire soviétique, il s'est retrouvé sur le marché toute une série de spécimens précieux, du mammouth de Sibérie au grand ours des montagnes de l'Oural, qui ont filé entre les mains des institutions publiques.
Si la plupart des musées et des scientifiques s'entendent pour refuser d'étudier ou d'acquérir des spécimens provenant de pays où l'exportation et la vente sont bannies, ce n'est pas toujours le cas des marchands.
Mais le chef des ventes de Canada Fossils tempère les peurs exprimées par les scientifiques. «C'est vrai qu'on voit de plus en plus de faux sur le marché, mal étiquetés, dont la provenance est inconnue. Si on voit une pièce à vendre sur E-bay, c'est sûr qu'il faut se méfier», explique John Issa, ajoutant que les compagnies sérieuses, qui vendent aussi à des musées, ne peuvent se permettre un tel manque de professionnalisme.
«C'est vrai que, dans le marché actuel, les musées n'ont souvent pas assez d'argent pour acheter, mais nous nous efforçons de faire des prix spéciaux pour permettre à certains d'entre eux de faire des acquisitions», se défend-il.
À preuve, dit-il, la plus belle ammonite — un mollusque à la coquille en forme de spirale vieux de plus de 330 millions d'années — jamais exhumée par Fossils Canada a été cédée gratuitement au musée Tyrrell de la ville de Drumheller, en Alberta. À ce jour, les plus grosses ventes effectuées par la compagnie, qui ont atteint plus d'un million de dollars chaque fois, l'ont été au Fukui Museum du Japon et au Children Museum d'Indianapolis.
Pas de regrets pour T. rex?
La folie qui s'empare du marché des fossiles a pour seul mérite d'attirer l'attention du public sur la valeur et la rareté de ces spécimens, se console Stephen Cumbaa. Ce sera notamment le cas des 86 curiosités exposées en ce moment à la maison parisienne de Christie's, dont le plus gros oeuf jamais découvert au monde (celui d'une espèce d'oiseau disparue au XVIIIe siècle!), que le public pourra admirer jusqu'à ce que le commissaire-priseur crie: «Pas de regrets!»
«Cela fait au moins connaître aux gens l'existence de spécimens qui, sinon, seraient restés à l'abri des regards pendant des décennies dans des maisons privées», croit-il.
Les musées qui embarquent dans cette surenchère des prix sont d'ailleurs aussi montrés du doigt. Stephen Cumbaa en sait quelque chose puisqu'il était proche d'un des groupes de paléontologues qui ont tenté de mettre la main sur «Sue», le T. rex le plus cher du monde, complet à 85 %, adjugé pour plus de 8,3 millions en 1997 chez Sotheby's à New York. Ce jour-là, c'est le Field Museum de Chicago qui a remporté la mise avec l'aide de puissants partenaires industriels. L'autre mise provenait d'un autre musée, qui avait dû abandonner l'enchère parce que ces donateurs n'avaient pas pu amasser plus de... sept millions de dollars!
«Même si un musée tentait d'amasser des fonds, comment savoir où va s'arrêter l'enchère? Les musées peuvent se nuire entre eux. Et le pire, c'est que ce type d'encan, annoncé peu de temps à l'avance, ne donne pas le temps aux musées d'organiser d'aussi importantes collectes de fonds», croit le paléontologue.
Le 16 avril prochain, la maison Christie's permettra même aux internautes du monde entier (à condition de s'inscrire au préalable) de se joindre à l'enchère sur Internet, en cliquant de la main droite pour faire monter la mise. De quoi rendre encore plus imprévisible le résultat des enchères.
En attendant de devenir millionnaires, tous ceux qui se désolent de ne pouvoir participer à ces encans dignes des Flintstone pourront se consoler en foulant le sol du musée Redpath, le seul musée québécois à détenir un spécimen de l'albertosaure, un petit cousin du T. rex découvert en Alberta.
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