Technologie - Joost, la télévision en ligne à la manière de Kazaa et de Skype
L’interface de Joost, au visionnement d’un clip vidéo.
En janvier dernier, les fondateurs du service de téléphonie par Internet Skype, Niklas Zennström et Janus Friis, annonçaient le lancement de Joost, un système de télévision par Internet permettant de regarder des grandes chaînes de télévisions d'un peu partout dans le monde à partir de son ordinateur avec une programmation personnalisée. En fait, on n'y offre pas uniquement des émissions de télévision, mais également des documentaires et des courts métrages. Un service de télévision à la carte similaire au service Illico de Vidéotron, mais disponible partout sur la planète par Internet.
Un service gratuit, qui défie toutes les lois protectionnistes nationales du monde, qui permet aux producteurs de contenu d'offrir directement aux internautes une programmation à la carte sans être restreint par des diffuseurs nationaux et les contraintes généralement reliées à la diffusion ou la distribution de leur production.
Plusieurs producteurs ont déjà signé des ententes avec cette nouvelle plateforme de distribution mondiale, dont National Geographic et le groupe américain Viacom, qui regroupe notamment les studios Paramount et des réseaux de télévision comme MTV et BET. À court terme, Viacom veut offrir un vaste catalogue d'émissions comptant des milliers de productions. Côté court métrage et documentaire, la chaîne IndieFlix présente une bonne sélection de productions primées. Les amateurs de jeux vidéo trouvent leur compte avec la chaîne GameStar TV et ceux qui adorent les dessins animés sont heureux avec la chaîne Saturday Morning TV.
Des maîtres
Pour arriver à distribuer cette programmation sur la planète, le service Joost repose sur l'utilisation d'une technologie de diffusion d'ordinateur à ordinateur peaufinée avec les années par le duo inventeur. Il faut dire que les messieurs Zennström et Friis sont passés maîtres dans l'art de profiter du potentiel de la mise en commun des ressources disponibles sur Internet. Ce sont eux, en 2000, qui ont mis en ligne le service d'échange de musique Kazaa. Ce sont encore eux qui ont bousculé l'industrie de la téléphonie en introduisant le service Skype dans le paysage des télécommunications. Dans les deux cas, les deux services utilisaient la technologie du poste à poste (peer to peer) et c'est justement ce qui donnait la force à leur réseau.
Alors que dans les deux initiatives précédentes on parlait presque uniquement de transport de données audio par Internet, cette fois le service Joost transporte de la vidéo de qualité en temps réel et donc nécessite encore plus de bande passante. Mais comme l'utilisation de branchement haute vitesse devient de plus en plus répandue dans le monde, il est maintenant envisageable pour Zennström et Friis d'utiliser toute cette ressource disponible pour élaborer un vaste réseau de distribution pour de la vidéo en temps réel par Internet. À titre d'exemple, seulement au Québec, l'étude NETendances du mois dernier confirmait que les deux tiers des adultes habitent un domicile branché et que la majorité d'entre eux (86 %) sont abonnés à la haute vitesse.
Pour le moment, les concepteurs du nouveau service Joost gardent l'outil en phase test et invitent les utilisateurs au compte-gouttes. Cependant, rien n'empêche de tenter sa chance et de s'inscrire sur leur liste d'attente. Côté technique, pour utiliser ce nouveau service, Joost exige un ordinateur qui fonctionne dans l'univers PC ou MAC avec Windows XP et la mise à jour SP2 ou un ordinateur de la dernière génération Mac-Intel qui utilise Mac OSX 10.4.
De l'ordinateur au téléviseur
Bien que le service soit d'abord et avant tout conçu pour un visionnement sur ordinateur, rien n'empêche que ce service fasse bientôt compétition aux autres services offerts sur nos bons vieux téléviseurs. L'annonce de Sony qui vient tout juste de présenter un nouvel appareil pour brancher ses téléviseurs sur Internet illustre bien l'imminence de la concurrence. L'appareil baptisé Bravia Internet Video Link permet de relier les nouveaux téléviseurs de Sony à Internet pour y regarder de la vidéo en provenance de sites comme AOL Video, Yahoo Video et Sony Pictures Entertainment. De plus, l'appareil permet de se brancher à des portails vidéo comme YouTube ou SoapBox pour regarder les segments vidéo sur son téléviseur Sony.
C'est donc dans ce contexte que les grands télédiffuseurs de partout dans le monde, et cela inclut les Radio-Canada et Quebecor Media de chez nous, cherchent de plus en plus à prendre ou à reprendre le contrôle sur la production des émissions et des films qui sont présentés à leurs antennes. Ainsi c'est eux, et non pas les producteurs à qui ils achètent aujourd'hui leurs émissions, qui pourront profiter de la manne lorsque sera venu le temps de profiter de la commercialisation des productions vidéo sur d'autres plateformes de diffusion comme Joost.
C'est ce qui explique des alliances comme celle que l'on vient de voir entre la grande télé anglaise BBC et le portail vidéo YouTube. L'entente permet à YouTube d'offrir à ses utilisateurs trois chaînes de programmation, dont deux de divertissement (BBC et BBC Worldwide) et une chaîne signée BBC News qui sera consacrée à l'information. En échange, la BBC recevra une partie des revenus de la publicité générée par trois chaînes. Exactement la même formule que Joost adopte en entrecoupant la diffusion des segments par de la publicité.
Dans un univers de divertissement branché comme aujourd'hui, où les gens recherchent davantage de choix et de souplesse dans leur usage de la télévision, les solutions comme Joost arrivent juste au bon moment. Pas surprenant de voir que le portail YouTube s'intéresse lui aussi au lancement d'une chaîne de télévision sur Internet. Et pour utiliser à la fois le portail YouTube et le réseau Joost, je dirais que, de loin, le contenu le plus intéressant et le plus divertissant se trouve sur le nouveau réseau Joost!
***
bguglielminetti@ledevoir.com
Bruno Guglielminetti est réalisateur et chroniqueur nouvelles technologies à la Première Chaîne de Radio-Canada. Il est également le rédacteur du Carnet techno (www.radio-canada.ca/techno).
Un service gratuit, qui défie toutes les lois protectionnistes nationales du monde, qui permet aux producteurs de contenu d'offrir directement aux internautes une programmation à la carte sans être restreint par des diffuseurs nationaux et les contraintes généralement reliées à la diffusion ou la distribution de leur production.
Plusieurs producteurs ont déjà signé des ententes avec cette nouvelle plateforme de distribution mondiale, dont National Geographic et le groupe américain Viacom, qui regroupe notamment les studios Paramount et des réseaux de télévision comme MTV et BET. À court terme, Viacom veut offrir un vaste catalogue d'émissions comptant des milliers de productions. Côté court métrage et documentaire, la chaîne IndieFlix présente une bonne sélection de productions primées. Les amateurs de jeux vidéo trouvent leur compte avec la chaîne GameStar TV et ceux qui adorent les dessins animés sont heureux avec la chaîne Saturday Morning TV.
Des maîtres
Pour arriver à distribuer cette programmation sur la planète, le service Joost repose sur l'utilisation d'une technologie de diffusion d'ordinateur à ordinateur peaufinée avec les années par le duo inventeur. Il faut dire que les messieurs Zennström et Friis sont passés maîtres dans l'art de profiter du potentiel de la mise en commun des ressources disponibles sur Internet. Ce sont eux, en 2000, qui ont mis en ligne le service d'échange de musique Kazaa. Ce sont encore eux qui ont bousculé l'industrie de la téléphonie en introduisant le service Skype dans le paysage des télécommunications. Dans les deux cas, les deux services utilisaient la technologie du poste à poste (peer to peer) et c'est justement ce qui donnait la force à leur réseau.
Alors que dans les deux initiatives précédentes on parlait presque uniquement de transport de données audio par Internet, cette fois le service Joost transporte de la vidéo de qualité en temps réel et donc nécessite encore plus de bande passante. Mais comme l'utilisation de branchement haute vitesse devient de plus en plus répandue dans le monde, il est maintenant envisageable pour Zennström et Friis d'utiliser toute cette ressource disponible pour élaborer un vaste réseau de distribution pour de la vidéo en temps réel par Internet. À titre d'exemple, seulement au Québec, l'étude NETendances du mois dernier confirmait que les deux tiers des adultes habitent un domicile branché et que la majorité d'entre eux (86 %) sont abonnés à la haute vitesse.
Pour le moment, les concepteurs du nouveau service Joost gardent l'outil en phase test et invitent les utilisateurs au compte-gouttes. Cependant, rien n'empêche de tenter sa chance et de s'inscrire sur leur liste d'attente. Côté technique, pour utiliser ce nouveau service, Joost exige un ordinateur qui fonctionne dans l'univers PC ou MAC avec Windows XP et la mise à jour SP2 ou un ordinateur de la dernière génération Mac-Intel qui utilise Mac OSX 10.4.
De l'ordinateur au téléviseur
Bien que le service soit d'abord et avant tout conçu pour un visionnement sur ordinateur, rien n'empêche que ce service fasse bientôt compétition aux autres services offerts sur nos bons vieux téléviseurs. L'annonce de Sony qui vient tout juste de présenter un nouvel appareil pour brancher ses téléviseurs sur Internet illustre bien l'imminence de la concurrence. L'appareil baptisé Bravia Internet Video Link permet de relier les nouveaux téléviseurs de Sony à Internet pour y regarder de la vidéo en provenance de sites comme AOL Video, Yahoo Video et Sony Pictures Entertainment. De plus, l'appareil permet de se brancher à des portails vidéo comme YouTube ou SoapBox pour regarder les segments vidéo sur son téléviseur Sony.
C'est donc dans ce contexte que les grands télédiffuseurs de partout dans le monde, et cela inclut les Radio-Canada et Quebecor Media de chez nous, cherchent de plus en plus à prendre ou à reprendre le contrôle sur la production des émissions et des films qui sont présentés à leurs antennes. Ainsi c'est eux, et non pas les producteurs à qui ils achètent aujourd'hui leurs émissions, qui pourront profiter de la manne lorsque sera venu le temps de profiter de la commercialisation des productions vidéo sur d'autres plateformes de diffusion comme Joost.
C'est ce qui explique des alliances comme celle que l'on vient de voir entre la grande télé anglaise BBC et le portail vidéo YouTube. L'entente permet à YouTube d'offrir à ses utilisateurs trois chaînes de programmation, dont deux de divertissement (BBC et BBC Worldwide) et une chaîne signée BBC News qui sera consacrée à l'information. En échange, la BBC recevra une partie des revenus de la publicité générée par trois chaînes. Exactement la même formule que Joost adopte en entrecoupant la diffusion des segments par de la publicité.
Dans un univers de divertissement branché comme aujourd'hui, où les gens recherchent davantage de choix et de souplesse dans leur usage de la télévision, les solutions comme Joost arrivent juste au bon moment. Pas surprenant de voir que le portail YouTube s'intéresse lui aussi au lancement d'une chaîne de télévision sur Internet. Et pour utiliser à la fois le portail YouTube et le réseau Joost, je dirais que, de loin, le contenu le plus intéressant et le plus divertissant se trouve sur le nouveau réseau Joost!
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bguglielminetti@ledevoir.com
Bruno Guglielminetti est réalisateur et chroniqueur nouvelles technologies à la Première Chaîne de Radio-Canada. Il est également le rédacteur du Carnet techno (www.radio-canada.ca/techno).
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