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L'entrevue - La monogamie, plus pratique !

Pauline Gravel   22 janvier 2007  Science et technologie
Le professeur Frank Cézilly
Photo : Pascal Ratthé
Le professeur Frank Cézilly
Unis pour la vie par un amour indéfectible... Cette image d'Épinal de la monogamie n'existe que chez quelques rares espèces animales, parmi lesquelles ne figure pas l'humain... qui n'est pas un modèle de fidélité conjugale! Néanmoins, les humains vivent pour la plupart en couples. Et la raison pour laquelle ils pratiquent la monogamie — qui est souvent séquentielle, doit-on préciser — est avant tout d'ordre économique et social. Peu de romantisme entre en ligne de compte!

Professeur à l'Université de Bourgogne, en France, Frank Cézilly a passé en revue les divers modes d'association en matière de reproduction au sein du monde animal dans un ouvrage intitulé Le Paradoxe de l'hippocampe, publié aux éditions Buchet Chastel.

Le chercheur en écologie comportementale a écrit cette «histoire naturelle de la monogamie» non pas dans l'espoir de trouver une justification biologique aux errances conjugales des hommes ou au comportement que l'humain devrait adopter, mais simplement dans le but de mieux comprendre les arguments économiques et sociaux qui ont mené la plupart des humains à devenir monogames.

Les mâles produisent des gamètes en très grande quantité aussi souvent qu'ils le désirent alors que les femelles n'en génèrent qu'un nombre restreint périodiquement. Il s'ensuit que les femelles n'ont besoin que d'un seul mâle pour fertiliser leurs oeufs tandis que les mâles ont la capacité d'en féconder plusieurs. On comprend donc que les mâles pourraient maximiser la diffusion de leurs gènes en copulant avec plusieurs femelles.

Mais ont-ils vraiment intérêt à le faire? «Tout dépend des conditions économiques, répond le professeur Cézilly. Ça ne sert à rien à un mâle de féconder de nombreuses femelles s'il n'y a pas assez à manger sur son territoire pour toutes ces femelles et leur progéniture. Ce mâle risque ainsi de ne produire aucun descendant. L'intérêt est nul. Il a plutôt intérêt à ne féconder qu'une femelle ou deux et à s'assurer que sa progéniture aura assez de nourriture pour se développer. On comprend donc le poids de la contrainte économique. Chez l'humain, c'est la même chose. Vous pensez vraiment qu'à Montréal, un homme pourrait entretenir six à huit femmes?

«Il faut bien faire la différence entre le comportement sexuel et la manière dont on s'organise socialement pour la reproduction, souligne par ailleurs Frank Cézilly. Les humains sont socialement et économiquement monogames. Mais, au cours de l'évolution, ils ont développé un certain goût pour le plaisir sexuel qui, chez certaines personnes, passe par la diversité tandis que, chez d'autres, il se savoure à travers la fidélité. Est-ce que l'un est mieux que l'autre?» Frank Cézilly ne croit pas que l'on puisse trancher. Le fait que l'on ait institutionnalisé la monogamie par le mariage n'a pas mis fin au comportement adultérin, fait-il valoir.

Chez les animaux

La monogamie est plutôt l'exception que la règle dans le monde animal. Et les espèces animales qui ont opté pour la monogamie présentent souvent un taux élevé de divorce. Dans la nature, le mode d'appariement le plus fréquent est de loin la polygynie: un mâle simultanément apparié à plus d'une femelle.

L'inverse, la polyandrie où une femelle s'accouple à plus d'un mâle, est par contre très rare. On l'observe notamment chez les jacanas, une espèce d'oiseaux tropicaux, où les femelles sont plus grandes que les mâles et possèdent sur leurs ailes des ergots bien plus développés, qu'elles utilisent lors des conflits les opposant à leurs rivales pour accaparer les mâles qui prodiguent les soins aux petits.

Les oiseaux sont en grande majorité monogames probablement parce que le mâle peut difficilement se dérober, sinon il perdra son investissement, soutient Frank Cézilly. «Après l'accouplement, l'assistance du mâle est importante. Il couve les oeufs avec la femelle ou va chercher la nourriture pour cette dernière et les petits. S'il déserte, toute la famille y perd. Par contre, chez les mammifères, une fois que la femelle a été fécondée, elle est équipée pour allaiter son jeune.» Chez 85 % des espèces d'oiseaux, autant le mâle que la femelle participent aux soins donnés à la progéniture.

Selon une étude mondiale comparant les variations sur le chromosome Y (qui n'est hérité que par la voie paternelle) à celles observée dans l'ADN mitochondrial (qui ne se transmet que par la voie maternelle), les populations humaines auraient été principalement polygynes jusqu'à un passé récent. Les chercheurs situent le passage de la polygynie à la monogamie au moment où la diversité du chromosome Y s'est grandement accrue, il y a de cela environ cinq à dix mille ans.

Une évolution vers la démocratie

L'avènement de la monogamie découle d'une évolution des sociétés humaines vers la démocratie, fait remarquer Frank Cézilly. D'abord, le partage des tâches au sein des groupes a engendré la disparition des comportements despotiques où un chef de clan avait l'emprise sur toutes les femelles du groupe.

Les sociétés où chaque individu dépend des autres représentent une situation plus équilibrée. «À partir du moment où les sociétés se sont démocratisées, les données économiques ont changé. Il devenait intenable de réserver l'accès aux femmes à une poignée d'hommes. La monogamie s'est alors répandue», indique le chercheur.

Dans les sociétés traditionnelles, comme il s'en trouve encore en Afrique, notamment, où les femmes sont très dépendantes des hommes parce que ceux-ci possèdent les terres et les ressources, la polygynie demeure fréquente. «Dans ce cas-là, une femme qui désire des descendants préférera effectivement être la seconde ou la troisième épouse d'un homme qui a beaucoup de ressources, dont ses enfants vont bénéficier, plutôt que d'être l'unique femme d'un homme détenant peu de ressources. Il y a là un choix qui s'explique [encore une fois] économiquement.»

À partir du moment où les femmes, par l'éducation, ont eu accès au marché du travail, elles se sont émancipées et sont devenues moins dépendantes des hommes. La monogamie s'est raffermie, pourrait-on dire, devenant un pacte négocié. «Aujourd'hui, ce sont plutôt des alliances que l'on fait. La monogamie ne fait plus référence uniquement au rapport sexuel. Il s'agit d'un lien social qui s'organise dans le temps», indique Frank Cézilly.

Aujourd'hui, les couples se défont et les partenaires se réapparient, ce qui fait dire aux spécialistes que les humains pratiquent une monogamie «sérielle». «Il n'y a pas grand-monde qui ait vécu toute sa vie avec la même personne, qui n'ait eu des rapports sexuels qu'avec la première personne connue», dit Frank Cézilly.

«L'adolescence et le début de la vie adulte constituent, au moins dans les sociétés occidentales, une période d'apprentissage par essais et erreurs, marquée par une succession de relations émotionnelles ou de liaisons plus ou moins éphémères avant de se fixer et de se marier. La monogamie n'est pas figée. On vit une relation monogame parce que c'est ce qui est le plus pratique à vivre, mais pas forcément avec la même personne tout le temps. Ruptures et divorces cadencent le pas de la monogamie humaine.»

L'idéal romantique, un fantasme?

L'idéal romantique n'est-il donc qu'un fantasme? «Il est vrai qu'il est très difficile de trouver la personne avec laquelle je serais bien sexuellement, avec qui je pourrais vivre au jour le jour sans jamais m'ennuyer et me fatiguer. Qui serait une complice, une amie, une maîtresse, confie Frank Cézilly. On sait très bien que la nouveauté compte dans la sexualité. Nous sommes une des rares espèces animales pour lesquelles la sexualité a dépassé la fonction de procréation et qui prennent du plaisir dans la sexualité.»

Le quadragénaire Frank Cézilly considère la sexualité comme «un moyen de communication, un moyen de connaître autrui, de créer un lien plus intime, presque de confiance avec autrui». «Et donc, c'est toujours tentant de prolonger les relations que l'on a avec les gens par un contact sexuel sauf qu'on est aussi jaloux de l'exclusivité qu'on a dans la relation avec quelqu'un.

«Dès qu'on voit son partenaire s'aventurer dans une relation extérieure, on se rend compte que notre relation avec cette personne-là va être diminuée; le temps ne se partage pas. De plus, ce n'est pas très facile à organiser économiquement. Ça tombe sous le sens qu'à partir du moment où on est engagé avec quelqu'un, on a envie de réciprocité. Toute relation est une affaire de coopération», conclut le chercheur






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  • Claude Stordeur
    Abonné
    lundi 22 janvier 2007 10h15
    La fidélité n'est pas l'exclusivité sexuelle.
    « Extrait de la famille et l homme à délivrer du pouvoir du psychologue Maurice Champagne-Gilbert.
    Du chapitre : La fidélité n'est pas l'exclusivité sexuelle
    « Une » façon d'envisager les relations extra-conjugales.

    La Théorie et la pratique

    Quelles que soient les convictions que l'on ait comme individus et comme couples sur le bien-fondé des relations extra-conjugales, l'affirmation des principes est une chose, le vécu une autre, surtout lorsqu'on essaie de la façon la plus authentique possible d'ajuster ses besoins à ceux de son partenaire, à ceux du couple et à ceux des autres personnes impliquées.
    Situons dans ce contexte quelques principes et certaines dimensions bien concrète du vécu, EN AYANT SURTOUT À L'ESPRIT LE CAS DES PERSONNES VIVANT UNE RELATION DE COUPLE QU'IL VEULENT DURABLE DANS LE CADRE D'UNE FAMILLE.

    Les relations extra-conjugales peuvent être justifiées et valorisées à partir de nombreux principes.
    ....--....
    L'un des premier principes est fréquemment formulé comme suit :
    « Le développement d'un amour privilégié pour un couple qui forme également une famille, ne devrait pas signifier que les 2 individus renoncent du même coup, POUR TOUTE LA DURÉE DE LEUR UNION, à vivre des relations significatives et importantes pour eux avec d'autres que leur partenaire dans le couple ».
    OU autre formulation :
    « On ne peut pas penser que deux êtres vivant ensemble pendant des années, quelle que soit la plénitude des liens qui les unissent, vont seul répondre, en tout temps, à tout leurs besoins, à travers tous les langages de l'amour et de la communication avec autrui »
    Dans la même perspective ne faut il pas aussi se délivrer du mythe du partenaire trop idéale à qui l'on demande en exclusivité d'être tout pour soi. On détruit facilement l'autre à trop attendre de lui ou d'elle, ou a vouloir changer sa personnalité pour le ou la mouler à la sienne (ou au rêve que nous avons du partenaire idéal). Et l'on s'ampute aussi soi-même à refouler des besoins et des goûts que son partenaire ne peut pas ( ou plus) satisfaire.
    Il est clair à cet égard que l'exclusivité traditionnelle régissant la fameuse « vie à deux »
    a amené une foule d'individus à vivre repliés sur eux-mêmes et sur leurs conjoints, en se privant de la richesse et de la vie qui sont attachées à une certaine pluralité de contacts humains.
    La possessivité, la mesquinerie, la jalousie, l'instinct de propriété qui ont dominé des couples et les ont conduit autant à assiéger leurs enfants qu'a s'envahir eux mêmes, ne sont pas étrangers à ce repliement du couple sur lui même. On en vient autant à se détruire et à ne plus pouvoir partager ni échanger, quand on est trop proche ou que lorsqu'on est trop éloigner.
    ...--...
    Si l'on tient compte que la fidélité embrasse infiniment plus que les échanges sexuels, la question suivante fait appel a un principe difficilement contestable;
    « Au nom de quoi l'un ou l'autre des individus composant le couple peut il interdire à son partenaire d'avoir des relations sexuelles avec d'autres? » (Il est sûrement possible que durant certaines périodes de la vie commune , de commun accord, le couple y renonce, mais de la à généraliser pour toute la vie active des partenaires il y a un pas à ne pas franchir sans tomber dans le contrôlant qui en fait met les individus en prison non volontaire)
    Dans un couple il faut savoir se ménager des temps « d'aération, de ventilation, de changement ». Être capable de prendre congé l'un de l autre etc.....

    (Il est clair que ces principes ne sont pas coupés au couteaux, mais qu'ils méritent qu'on s'y attarde avant qu'ils nous rattrapent sans nous prévenir. La crise de la quarantaine chez la femme et le démon du midi chez l'homme, se passeront sans trop de heurt, si nous en acceptons les principes en changeant notre morale judéo-chrétiennes pour une morale de couple qui est de notre temps.)

    MON COMMENTAIRE

    Le défi est de concilier la vie de couple nécessaire a l'accompagnement des enfants engendrés jusqu'à leur majorité et la vie individuelle de chacun des compagnons de vie.
    De plus il faut de comprendre qu'une conversation sexuelle extérieur au couple n'est pas nécessairement une rupture de la relation, mais bien compris, un renforcement de celui-ci par la compréhension que ce n'est pas que le sexuel qui tient un couple unis. Tout cela naturellement dans une grande franchise qui aide a vivre ce que les livres n'enseigne pas. »

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