lundi 28 mai 2012 Dernière mise à jour 01h00
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Des vaccins pour guérir le cancer (suite)

Pauline Gravel   13 janvier 2007  Science et technologie
Pour ses patients hormonorésistants mais asymptomatiques, le Dr Fradet fonde de grands espoirs sur cette formule d'hormonothérapie qui a déjà donné de bons résultats avec un autre antigène — l'acide phosphatase —, présent à la surface des cellules de plusieurs cancers de la prostate métastatiques.

Mise au point par la société américaine Dendreon, la vaccination Provenge à base de cellules dendritiques chargées d'acide phosphatase réussit à prolonger la vie des patients. D'autres chercheurs préfèrent quant à eux éduquer et entraîner les lymphocytes T à reconnaître l'antigène tumoral à l'extérieur de l'organisme du patient afin de leur éviter d'être exposés aux molécules inhibitrices qui paralysent le système immunitaire dans le cancer. Claude Perreault préconise cette stratégie qui consiste à prélever à la fois les cellules dendritiques et les lymphocytes T du patient pour les cultiver ensemble dans le laboratoire après avoir inséré l'antigène tumoral dans les cellules dendritiques, qui le présenteront à leurs comparses. On injecte ensuite au patient les milliers de lymphocytes qui ont proliféré en apprenant à reconnaître l'antigène tumoral.

Le Dr Steven Rosenberg, directeur du département de chirurgie au National Cancer Institute des États-Unis, use d'une tactique comparable qui a donné de grands espoirs à quelques patients atteints de mélanomes métastatiques. Lors d'essais cliniques, il a prélevé chez ces patients mal en point les quelques lymphocytes T qui étaient présents au sein de leur tumeur. Il a ensuite induit la multiplication de ces cellules en laboratoire avant de les réinjecter en grand nombre aux patients, dont il avait entre-temps détruit tous les autres composants du système immunitaire à l'aide de fortes doses de composés chimiques extrêmement toxiques. Les résultats spectaculaires obtenus par le Dr Rosenberg sont toutefois assombris par les dangereux effets secondaires que la thérapie occasionne, souligne Jonathan Bramson, de l'université McMaster.

Les chercheurs espèrent bien sûr que les lymphocytes T activés pour reconnaître l'antigène tumoral migreront vers le site de la tumeur afin de l'éliminer. Au cours d'expériences menées sur des souris, l'équipe de Claude Perreault a observé que les lymphocytes T — préalablement entraînés in vitro à combattre l'antigène tumoral — qu'on injectait aux animaux atteints d'un mélanome ou d'une leucémie étaient immédiatement attirés par la tumeur, dans laquelle ils s'accumulaient. «On a alors compris que le système immunitaire voyait la tumeur comme un site d'inflammation ou une plaie qui ne guérit pas, et ce, probablement parce que les tumeurs cancéreuses qui sont en expansion développent sans cesse, comme dans les sites d'infection, de nouveaux vaisseaux sanguins qui servent à les approvisionner en nutriments et en oxygène, explique le chercheur de l'IRIC. Or, quand les lymphocytes T, principaux fantassins du système immunitaire, voient des néo-vaisseaux, ils croient reconnaître un site d'infection et ils y sont attirés.»

Succès et échecs de l'immunothérapie

«Mieux on comprend le système immunitaire, plus notre approche thérapeutique se raffine», lance le Dr Gerald Baptist, directeur du Centre de cancer Segal. Nos connaissances devraient nous aider à sélectionner les bonnes cellules dendritiques, ajoute Rafick-Pierre Sékaly, expliquant qu'il existe plusieurs catégories de cellules dendritiques. «Certaines activent très bien les lymphocytes T cytotoxiques tandis que d'autres mobilisent surtout les cellules T régulatrices, qui ont pour fonction de freiner la réponse immunitaire», précise M. Sékaly.

Néanmoins, l'immunothérapie a déjà connu quelques succès retentissants en cancérologie. La greffe de moelle osseuse chez certains leucémiques en est le premier exemple. Le vaccin BCG habituellement utilisé pour prévenir la tuberculose est devenu le traitement standard pour guérir le cancer de la vessie, affirme le Dr Yves Fradet, du CHUQ. «Ce vaccin induit une réaction immunologique dans la vessie qui n'est pas dirigée spécifiquement contre les cellules cancéreuses de la vessie mais qui, néanmoins, élimine les cellules tumorales», précise le chercheur.

L'herceptin, couramment utilisé de nos jours pour traiter certaines formes de cancer du sein, est constitué d'anticorps — produits en laboratoire — qu'on dirige contre les récepteurs HER-2 présents en grand nombre à la surface de plusieurs tumeurs mammaires. En bloquant les récepteurs HER-2, ces anticorps empêchent les facteurs de croissance de s'y fixer et d'induire la division des cellules cancéreuses. De même, le rituximab, composé d'anticorps qui reconnaissent un antigène nommé CD20 qui bourgeonne à la surface des cellules de plusieurs lymphomes, est devenu le traitement par excellence en association avec la chimiothérapie pour guérir ces types de cancers.

Certains problèmes freinent toutefois l'efficacité de plusieurs immunothérapies récemment mises au point pour éliminer certains cancers. «Le système immunitaire ne s'attaque jamais aux molécules du soi, à tout ce qui compose notre organisme», rappelle Jonathan Bramson, professeur d'immunologie à l'université McMaster. «Or les tumeurs cancéreuses proviennent de cellules normales [qui se sont transformées], ce qui fait qu'elles sont très souvent reconnues comme faisant partie du soi par le système immunitaire. De plus, les éléments des cellules cancéreuses qu'on vise avec les vaccins thérapeutiques sont souvent présents, bien qu'en quantité moindre, dans les tissus sains.»

«Notre défi consiste donc à briser cette tolérance qui se manifeste quand on travaille avec des molécules du soi», ajoute Rafick-Pierre Sékaly à propos du pouvoir qu'a la tumeur de neutraliser la réponse immunitaire dirigée contre elle. «Il nous faut outrepasser les mécanismes qui régulent la réponse immunitaire contre le soi afin d'induire une réponse vigoureuse contre la tumeur.»

Pour contrecarrer ce problème, le Dr Gerald Baptist, en collaboration avec Rafick-Pierre Sékaly et Jonathan Bramson, a décidé de substituer — comme antigène tumoral — la protéine HER-2 du rat à celle d'origine humaine, qui n'induisait qu'une trop faible réponse immunitaire contre le cancer du sein. Bien que l'antigène HER 2 humain ne se distingue de celui du rat que par 2 % de sa composition, les chercheurs espèrent que cette petite différence sera perçue par le système immunitaire comme étant suffisante pour provoquer une réponse plus intense contre les cellules cancéreuses.

L'équipe de Claude Perreault, en collaboration avec le chimiste Pierre Thibault, a pour sa part lancé une étude détaillée de toutes les protéines composant les cellules cancéreuses dans l'espoir d'identifier des molécules immunogènes qui seraient présentes sur toutes ces cellules tout en étant totalement absentes des cellules normales. «Spécifiques aux cellules cancéreuses, ces molécules constitueront de bonnes cibles pour induire une réponse immunitaire contre les tumeurs», estime M. Perreault, qui croit que la faiblesse de l'immunothérapie actuelle réside dans le manque de spécificité des antigènes tumoraux utilisés.

Également, la modestie succès obtenus jusqu'à maintenant lors d'essais cliniques visant à tester certains vaccins thérapeutiques découle en partie du fait que le système immunitaire des patients qui les reçoivent est souvent très affaibli par la chimiothérapie qu'ils ont reçue ou par les molécules immunosuppressives sécrétées par leur tumeur, font remarquer MM. Sékaly et Bramson. «Il faudrait d'abord restaurer la fonction immunitaire globale de ces individus avant de les immuniser, sinon le système immunitaire n'aura pas la capacité de répondre à ces vaccins, propose M. Sékaly. C'est une grande leçon qu'on a tirée des pseudo-échecs que nous avons connus au cours des dernières années et qui devrait nous permettre de faire de plus grandes avancées.»

Les scientifiques croient de plus en plus au pouvoir de l'immunothérapie pour gagner la bataille contre le cancer. MM. Bramson et Sékaly citent à l'appui deux publications récentes indiquant que les patients dont les tumeurs cancéreuses étaient truffées de lymphocytes T actifs voyaient leur cancer progresser beaucoup moins rapidement que ceux dont les tissus cancéreux en étaient dépourvus. Les personnes atteintes d'un lymphome infiltré par des cellules T pouvaient survivre jusqu'à dix ans de plus que celles atteintes d'un cancer exempt de lymphocytes T. Maintes études ont également montré que les humains et les animaux dont le système immunitaire est déficient sont plus souvent victimes d'un cancer que ceux qui sont armés d'une bonne immunité. Voilà autant d'observations qui montrent l'importance du rôle joué par le système immunitaire dans la guerre contre le cancer.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Articles
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012