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Le satellite Corot à la chasse aux exoplanètes

Illustration montrant le satellite français Corot, lancé hier, dont le rôle consistera notamment à repérer dans l’immensité galactique des planètes gravitant autour de lointaines étoiles.
Photo : Agence Reuters
Illustration montrant le satellite français Corot, lancé hier, dont le rôle consistera notamment à repérer dans l’immensité galactique des planètes gravitant autour de lointaines étoiles.
Lancé hier de Baïkonour, au Kazakhstan, par une fusée russe, le satellite français Corot s'est posté avec succès sur son orbite définitive, à environ 900 kilomètres de la Terre. Voué à de nobles desseins, il aura pour mission de déterminer l'âge des étoiles et de contribuer à la quête de nouvelles exoplanètes. Et s'il y avait un clone de la Terre à quelques pas de notre système solaire?

Depuis la découverte, en 1995, de 51 Pégase b, la première planète autour d'une autre étoile que le Soleil, la chasse aux exoplanètes est une discipline florissante. Les Français ont voulu y prendre part et ont travaillé une dizaine d'années, en partenariat notamment avec le Brésil, à l'élaboration d'un télescope spatial qui permettra de faire faire des pas de géant à la recherche en astrophysique. Durant les deux années et demie de sa mission, le satellite sondera des champs d'étoiles dans l'épaisseur du disque de la Voie lactée. Et, pour une des premières fois, il étudiera des étoiles beaucoup plus lointaines, soit à des dizaines, voire des centaines d'années-lumière.

L'idée initiale de Corot (convection, rotations et transits planétaires de son vrai nom!) consistait à permettre l'étude en profondeur de la composition des astres, qui se limite souvent à l'analyse en superficie de leur lumière. «La physique des étoiles n'est pas très bien connue, à part celle du Soleil. Si on veut comprendre pourquoi les étoiles brillent et pourquoi elles se comportent de telle ou telle façon, il faut pouvoir décrypter leur structure en détail», explique Anthony Moffat, professeur titulaire au département de physique de l'Université de Montréal.

Plutôt que de se limiter à la «pelure», Corot permettra d'obtenir des données sur les diverses couches internes des étoiles. Comment? En analysant les vibrations de la lumière d'une étoile, de l'ordre du millionième de la brillance de cette étoile sur de lointaines planètes. Tout comme on étudie la structure interne de la Terre à travers les séismes et les mouvements des plaques tectoniques, la sismologie stellaire consiste en l'étude de l'intérieur d'un astre. «Imaginez une sphère dont vous ignorez si elle est vide ou pleine. En tapant dessus avec votre doigt, vous la ferez résonner et les particularités de ce son vous permettront de déterminer ce qu'il y a à l'intérieur. C'est la même chose pour les astres, sauf qu'on parle de variations de luminosité de leur brillance», souligne François Wesemael, professeur et chercheur en astronomie et en astrophysique à l'Université de Montréal.

Ainsi, ces statistiques que Corot promet de récolter permettront d'avancer des hypothèses, certaines touchant directement la vie sur Terre. «En comprenant le comportement des autres étoiles, on va pouvoir imaginer des scénarios en ce qui concerne notre propre planète. Par exemple, comment le Soleil va-t-il se comporter et combien de temps mettra-t-il pour suffisamment grossir et nous brûler?», explique Anthony Moffat. Plus encore, les données obtenues sur la composition des étoiles permettront de déterminer leur âge et, par extension, celui de l'Univers.

À la quête d'exoplanètes

Même si ce n'était pas sa vocation de départ, Corot s'intéressera désormais aux exoplanètes. Le satellite possédait déjà tous les atouts pour servir à cette noble mission, alors pourquoi ne pas s'en servir? «Les exoplanètes, ça frappe l'imagination des gens, ça les intéresse beaucoup plus», constate M. Wesemael. Le télescope Hubble nous permettait déjà d'observer ces planètes dites extrasolaires. Corot, lui, nous permettra de faire des observations ne se limitant pas à des «Jupiter chauds», c'est-à-dire de très grosses planètes bouillantes situées trop près de leur étoile et ne possédant en rien les caractéristiques de la Terre.

Plus fine, la méthode de Corot est plus efficace. Tout comme on peut observer, à partir de la Terre, le transit de Vénus et Mercure sur le disque solaire, la captation continue des variations de la lumière des étoiles permettra de détecter des transits, en fait de minuscules éclipses, qui permettront de conclure à la présence d'une planète. Dès lors, à la suite de calculs complexes, il sera possible de déterminer les caractéristiques fondamentales de cette planète, sa masse, sa taille et sa distance par rapport à l'astre, notamment, ce qui permettra ultimement d'explorer l'atmosphère de ces nouvelles planètes et d'y chercher des traces de vie, en particulier sur celles qui sont semblables à la Terre. «Jusqu'à présent, les techniques utilisées étaient beaucoup plus sensibles aux grosses planètes, les géantes gazeuses comme Jupiter ou Saturne. Corot s'intéressera aux planètes telluriques comme la Terre», précise M. Wesemael. Est-il possible que des êtres semblables à nous soient en train d'évoluer sur une autre planète similaire à la Terre? «Demandez à mille astronomes et vous aurez mille réponses différentes. On peut conjecturer à l'infini», croit-il. «Tout dépend de l'approche, si vous croyez que la Terre est le fruit d'une conjoncture exceptionnelle et que ses formes de vie sont uniques ou si vous croyez que tout cela est assez courant et peut exister ailleurs en même temps», poursuit-il.

Une chose est sûre: Corot découvrira plus d'une exoplanète. En tout, une cinquantaine d'étoiles seront étudiées du point de vue de la sismologie stellaire et 60 000 étoiles en ce qui concerne les recherches sur les exoplanètes. D'après les calculs des probabilités des chercheurs du Centre national d'études spatiales en France (CNES), de 300 à 400 nouvelles planètes seront trouvées, parmi lesquelles une cinquantaine susceptibles de développer des formes de vie.

Chef-d'oeuvre d'ingénierie ayant sollicité beaucoup de matière grise, Corot n'est pas le seul satellite du genre à avoir été envoyé dans l'espace. Il y a quelques années, l'Agence spatiale canadienne lançait Most, un minuscule télescope spatial effectuant des observations du même type que celles de Corot et qui allait lui aussi contribuer à percer certains des mystères de l'Univers. Comparativement à ceux du télescope français, les miroirs de cette création toute canadienne étaient de diamètre beaucoup plus petit et donc moins performants. «Most a néanmoins tracé la voie de ce type d'exploration à faible coût», souligne M. Wesemael. Les partenaires étrangers financeront 40 % de l'instrument, le CNES assurant le financement de 85 % des 160 millions d'euros (245 millions $CAN) que coûtera Corot au total. N'empêche que la France et ses partenaires sont fiers de cette belle «récupération» d'un instrument qui, au départ, avait une tout autre vocation. Ils sont d'autant plus fiers qu'ils auront été les premiers à lancer Corot, avant que les États-Uniens ne puissent lancer leur dernier-né, Kepler, dont le lancement est prévu en 2008.

Découvrirons-nous d'autres systèmes solaires un jour? Même s'il nous a fallu 4000 ans pour connaître la Terre, Anthony Moffat, professeur et également membre de l'équipe de Most, est optimiste. «C'est un pas de géant dans la recherche. Ce projet de grande envergure va donner un sérieux coup de pouce dans le domaine. Il faut bien commencer quelque part», soutient-il.
 
 
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  • François Thivierge
    Inscrit
    jeudi 28 décembre 2006 05h55
    Nous sentons ce que nous savons
    Bien sûr nous savons qu'il y a d'autres "Terres", d'autres vies dans l'univers. Sous quelles formes ? Pour le moment, mystères et perlimpinpin. N'empêche que depuis toujours, nous sentons cette vie d'ailleurs, nous la flairons en tant qu'animal à la mémoire remontant à des centaines de milliers d'années, remontant avant même la cellule : l'instinct. Puis, notre instinct de bête parvenant à réfléchir nous a poussé à vérifier si notre flaire était juste. Oui, nous sentions qu'il y avait de la vie au-delà notre caverne, au-delà les tribus voisines, au-delà les montagnes ou au-delà les océans. Notre flaire avait raison.

    Et bientôt, "Corot", "Most" et autres outils du genre nous donneront raison : il y a de la vie qui pense au-delà notre village global. Et nous voudrons aller la voir en personne.

    Petit détail, il faudra absolument atteindre une harmonie globale pour arriver à avoir les moyens financiers et autres d'une telle entreprise. Peut-être ce fantastique projet global sera-t-il enfin la raison qui nous mènera à faire autre chose que de nous taper sur la gueule comme nous le faisons aussi depuis toujours, hélas ? Et vive la science !

  • jean jablonski
    Inscrit
    jeudi 28 décembre 2006 06h55
    Pas de géant
    c'est un pas de géant pour ceux qui s'intéressent à l'univer

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    jeudi 28 décembre 2006 06h56
    Sommes-nous seuls dans l'Univers?
    C'est le 6 octobre 1995 que Michel Mayor et Didier Queloz, deux astrophysiciens suisses, annoncent une découverte qui fait sensation dans le monde de l'astrophysique: à l'observatoire de Haute-Provence, ils ont découvert la première planète extérieure au système solaire! Onze ans se sont écoulés et l'on compte actuellement nombre de planètes extrasolaires ou exoplanètes et ce nombre augmente sans cesse. Avec ces découvertes ressurgit une question aussi ancienne que la pensée humaine, celle de la pluralité de la vie dans l'Univers.

    En effet, s'il est une préoccupation commune à l'humanité, depuis ses origines jusqu'à nos jours, c'est bien celle de situer les humains dans l'Univers. Si les réponses ont varié au fil du temps, elles répondent toutes à ce besoin, des innombrables gravures rupestres jusqu'aux produits de la science-fiction.

    Le trait commun, des croyances ou de l'imagination, est la quasi-certitude que nous ne sommes pas seuls dans l'Univers. Les mythologies, mésopotamienne, scandinave, grecque et autres ont peuplé l'univers d'un deuxième monde, habité d'êtres fantasmagoriques, dieux, déesses, demi-dieux.

    «Ces mythologies permettaient d'expliquer les phénomènes naturels tels que les tempêtes et les saisons, de même que les origines du monde et notre destinée. Elles répondaient de la sorte aux interrogations existentielles de nos ancêtres», explique Claude Lafleur dans « Comment savoir si nous sommes seuls dans l'Univers? »

    Mais les connaissances astronomiques (ou astrologiques) se développaient en même temps. Les Mésopotamiens connaissaient Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne, mais les divinisaient, comme Vénus identifiée à la déesse Ishta. Les Grecs prendront le relais en plaçant la Terre au centre du monde, à l'exception d'Aristarque de Samos (250 ans avant notre ère) qui propose de placer le Soleil au centre, avec la Terre, Vénus et Mars tournant autour de celui-ci. Pas question de monde habité en dehors de la Terre, même si, pour Épicure (341-270), «rien ne s'oppose au nombre illimité des mondes» (Lettre à Hérodote).

    L'Église catholique affirmera que c'est le soleil qui tourne autour de la Terre, créée pour les hommes. Le ciel, parfait, est réservé à Dieu. Il ne peut y avoir d'autre monde habité. Giordano Bruno, qui prétendra le contraire, finira sur le bûcher en 1600.

    En 1543, Copernic avait pourtant replacé le soleil au centre de l'univers. Le système de Copernic sera condamné en 1616 et Galilée, qui confirme la théorie copernicienne par ses observations, sera condamné par un tribunal ecclésiastique en 1633. Cependant, les choses évoluent lentement et l'on se fait à l'idée de planètes semblables à la nôtre.

    En 1698, le mathématicien hollandais Christiaan Huygens envisage la possibilité d'autres formes de vie dans un univers où chaque soleil est un autre monde. L'écrivain français Bernard Fontenelle popularise cette idée en 1686, dans ses Entretiens sur la pluralité des mondes, où il raconte que la Lune est un monde habité, comme les autres planètes.

    Plus tard, il y aura les canaux de Mars, défendus par le millionnaire américain Percival Lowell dans les années 1900, et dont s'inspirera la Guerre des mondes de H.G. Wells, avec ses «Martiens».

    Suivront les OVNI, les sondes Voyager envoyées aux confins de la galaxie, porteuses d'un disque gravé de symboles idiomatiques censés représenter notre civilisation (1977), les projets Phoenix (1992) et SERENDIP d'écoute de signaux d'autres civilisations avec le radiotélescope d'Arecibo, le programme SETI (recherche d'une intelligence extraterrestre) avec l'expérience SETI@home. Mais aucun signal intelligent n'a jamais été identifié.

    Les exoplanètes vont-elles enfin apporter une réponse scientifique à l'existence d'autres mondes habités? Il faut noter que ces planètes ne peuvent être visualisées, mais sont détectées indirectement et constituent des planètes gazeuses de la taille de Jupiter ou de beaucoup supérieure, à de rares exceptions.

    Quelles données va nous apporter le satellite européen Corot, qui vient d'être mis en orbite? Il deviendra possible de déterminer les caractéristiques fondamentales, la masse, la taille, la distance par rapport à son étoile d'exoplanètes de la taille approximative de la Terre. Et alors?

    Alors intervient le paradoxe de Fermi et sa célèbre formule: «Où sont-ils?» qui date de 1950. «Pour résumer le paradoxe en quelques mots, on peut montrer que la Galaxie devrait déjà être entièrement colonisée à l'heure actuelle et donc ''ils'' devraient être ici!», explique Joseph Vedikunnel, en présentant le programme SETI.

    À la naissance du Soleil, une étoile relativement récente, la vie avait eu largement le temps d'éclore ailleurs et d'arriver jusqu'à nous. Si la vie est apparue, une civilisation aurait dû nous atteindre. La durée d'évolution d'une espèce et du développement de la colonisation de l'espace (quelques centaines de millions d'années) est très courte en regard de l'âge du Soleil.

    «La solution la plus simple du paradoxe consiste à assumer notre solitude, comme civilisation technologique, dans la Voie lactée. Où sont-ils? Je pense qu'ils n'existent pas», disait récemment l'astrophysicien Nicolas Prantzos, de l'Institut d'astrophysique de Paris (IAP), faisant écho à de célèbres astronomes et biologistes, dont Alfred Vidal-Madjar, directeur de recherches à l'IAP.

    À la question «alors, tout compte fait, serions-nous seuls dans l'Univers?», il répond: «Hélas, j'en ai bien l'impression. Ou heureusement, qui sait? En tout cas, on a plutôt la sensation qu'il n'y a pas grand monde, là-haut. Disons que si nous n'étions pas seuls, cela se saurait!»

  • Pierre François Gagnon
    Inscrit
    jeudi 28 décembre 2006 17h07
    Sommes-nous si seuls sur Terre?
    Toutes ces tentatives de sonder l'Univers à la recherche de terres jumelles "de secours", je les trouve nécessaires à la prise de conscience ultime et globale que nous ne franchirons jamais dans l'Espace le mur de la lumière pour jeter un pont entre les galaxies, comme ce fut le cas sur Terre pour le mur du son pour enjamber les océans par avion ; que, par conséquent, nous sommes prisonniers à tout jamais de notre paradis terrestre ou ce qu'il en reste faute d'avoir su, jusqu'ici, édifier une civilisation humaine en homéostasie perpétuelle avec son écosystème planétaire. Car voilà le seul véritable défi bien concret et tangible que le Temps nous a toujours lancé sur le très long terme : transcender notre propre condition économique. Nous n'avons jamais eu que le choix d'apprendre à vivre sur Terre, au risque, sinon, de disparaître bien longtemps avant l'expiration expressive de notre génome.

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