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Libre-Opinion: Recherchés : indispensables techniciens

Christian Demers - Associé de recherche à l'hôpital Saint-Luc  1 novembre 2006  Science et technologie
Dans Le Devoir du samedi 21 octobre dernier, un article de Pauline Gravel intitulé «Les chercheurs inquiets» portait sur la difficulté des nouveaux chercheurs à obtenir des fonds de recherche de la part des organismes subventionnaires tels les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) ou le Fonds de recherche en santé du Québec (FRSQ). Il y était fait état des nombreuses charges financières que doivent assumer ces nouveaux chercheurs en mentionnant que ces fonds «servent à payer techniciens, animaux de laboratoire, cultures de cellules... ».

Travaillant depuis plus de 15 ans comme biologiste moléculaire, je suis toujours aussi surpris de voir que le travail technique et professionnel est encore considéré comme une charge financière, au même titre que les animaux ou le matériel de laboratoire. Pourtant, sans l'aide de tous ces gens qui collaborent chaque jour à la recherche, il est peu probable que tous ces chercheurs, aussi talentueux soient-ils, pourraient poursuivre leurs travaux de recherche.

Comme une grande usine

Je travaille depuis plus de 15 ans avec la même chercheuse au département de pharmacologie de la faculté de médecine de l'Université de Montréal (UdeM), durée exceptionnelle car la rareté des fonds fait en sorte que le personnel de recherche est généralement plus mobile que j'ai pu l'être. Seulement à l'UdeM, plus de 500 personnes travaillent comme professionnels de recherche; ajoutez à cela le personnel technique et vous atteignez facilement le nombre de 1300 personnes qui travaillent activement à la recherche. Multipliez ceci par le nombre d'universités seulement au Québec et vous avez l'équivalent d'une grande usine dont l'ensemble des travailleurs auraient un DEC, un bac ou même, pour la majorité, une maîtrise.

Ces gens acceptent souvent des conditions de travail (salaire, sécurité d'emploi, etc.) en deçà de ce qui est versé aux catégories d'employés rémunérés sur les fonds courants de l'université.

Lorsqu'on demande à ces gens pour qui ils travaillent, ils répondent spontanément pour tel ou tel chercheur mais rarement pour telle ou telle université. Si ce n'est pas ce qu'on appelle de la fidélité! En outre, plusieurs d'entre nous participons de manière active à la formation d'étudiants qui complètent leurs études diplômées dans ces laboratoires.

Fonctionnement à assurer

Dans l'article de Mme Gravel, la journaliste évoque les fonds de la Fondation canadienne à l'innovation (FCI). Sans en diminuer l'importance, sachez que ces fonds, répartis à parts égales entre le fédéral et le provincial (40 % chacun) en plus d'une part de 20 % souvent consentie sous forme de rabais par le fabricant d'appareils, servent à équiper les laboratoires sans apport pour leur fonctionnement à proprement parler. Autrement dit, un chercheur peut avoir un laboratoire à la fine pointe de la technologie mais ne pas avoir les fonds nécessaires pour en assurer le fonctionnement.

La recherche universitaire est un secteur important de l'économie québécoise, ne serait-ce qu'en raison du nombre de personnes qui y oeuvrent et de la formation hautement spécialisée de ces gens. De plus, les résultats des recherches menées dans les universités québécoises sont à l'origine de grandes découvertes et sont le fruit d'une collaboration étroite entre chercheurs de talent et personnel technique et professionnel dévoué et fidèle.

Christian Demers
Associé de recherche à l'hôpital Saint-Luc
 
 
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