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À l'écoute des autres

Jamais la recherche n'aura été aussi près des gens. À voir les réalisations qui ont permis aux chercheuses et chercheurs d'obtenir une de ces récompenses de haut vol que distribue l'Association francophone pour le savoir, l'Acfas, il devient facile de déduire que la science québécoise a l'oeil braqué sur le monde réel et que l'ésotérique cède devant l'utilitaire. Il serait toutefois faux de conclure que l'acquis est chose facile.

À Tout le monde en parle, l'invité doit «puncher». À 110 %, le panéliste a à faire la preuve qu'il peut crier plus fort qu'un autre. Partout, dans ces émission vouées au culte des images et à la fabrication (ou la démolition) instantanée de vedettes, il faut savoir non seulement faire rire, mais aussi déposer des citations ou banaliser tout ce qui est complexe: aux grandes questions, de petites réponses!

Jeudi soir dernier, à l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec, sur la rue Saint-Denis à Montréal, la fête avait un autre ton. Qui était célébré ce soir-là se devait d'être humble, de savoir partager avec d'autres l'hommage rendu. La réussite était présentée comme le résultat d'une aventure collective plutôt que le fait d'une initiative purement individuelle. Le «nous», plus que le «je», était le pronom utilisé pour décrire les parcours.

Premiers contacts

En recherche, si les intuitions sont le fait d'un seul, les résultats s'obtiennent par le travail d'équipe. Et souvent les carrières s'expliquent par des rencontres qui transforment une vie.

Si un Daniel Weinstock rappelle à quel point les enseignements de Charles Taylor à McGill ont été marquants dans l'établissement de sa pensée, pour un Michel Bouvier, c'est l'enthousiasme de deux enseignants du secondaire qui explique son choix de carrière. Plus tard, un troisième lui a permis d'orienter sa recherche: «J'ai fait un doctorat en sciences neurologiques auprès de quelqu'un qui a joué un rôle très important dans ma carrière scientifique, en l'occurrence le docteur Jacques de Champlain, qui fut aussi récipiendaire du prix Léo-Pariseau.»

Actions directes

Comme par un retour de balancier, les étudiants d'hier, comme celles et ceux qui sont toujours à la recherche de l'obtention d'un titre universitaire, ceux devenus les actuels récipiendaires des divers prix remis ce jeudi soir-là, font état de réalisations qui ont des répercussions immédiates dans le fonctionnement des sociétés.

Que la santé soit la préoccupation première des sociétés nord-américaines (à tout le moins dans l'établissement des budgets publics québécois), cela se reflète dans les recherches lauréates: de la gestion des médicaments que proposent les Tamblyn et Huang aux découvertes des Charette et Bouvier, comme dans les études des Mongrain et Ménard, c'est le mieux-être physique des gens qui est souhaité.

Et une Louise Nadeau oeuvre dans un secteur annexe: trouver des moyens d'extirper la personne des dédales de la toxicomanie. Quant à notre philosophe, Daniel Weinstock, ne raconte-t-il pas avoir été amené à ses préoccupations actuelles après un premier cours imposé: un cours d'éthique pour les étudiants de la faculté de médecine de son université?

La recherche est-elle menée dans d'autres secteurs qu'elle vise là aussi l'obtention d'applications fort concrètes. Le biologiste Martin Lechowicz travaille ainsi à la sauvegarde d'une forêt dont Virginie-Arielle Angers se fait l'apôtre, et sommes-nous en génie que le lauréat du prix Adrien-Pouliot fait état d'une expertise dont la nécessité est apparue ces jours-ci bien réelle: Patrick Paultre évalue la solidité des divers ouvrages civils, particulièrement ceux construits en béton!

Efforts constants

L'Acfas remettait donc ses prix. La soirée fut protocolaire, le ton pondéré, et c'était à un porte-parole du ministère québécois du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation qu'il avait été donné, en ouverture, de rappeler à quel point la science, et les scientifiques, jouaient un rôle primordial en ces temps de mondialisation, quand la recherche, plus que les coups de gueule, définit le portrait réel d'une société.

Et le vendredi matin, le temps était revenu de retourner soit en classe, soit au laboratoire, soit au bureau: la gloire d'un soir s'explique par une constance dans le travail, par des années d'efforts consentis.






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