Ordonnances par Internet - Quatre médecins punis sévèrement
Trois des quatres fautifs ont reçu des milliers de dollars pour remplir des ordonnances sans jamais avoir vu les malades
Les médicaments d’ordonnance doivent être prescrits par un médecin qui a d’abord examiné le patient, chose que semblaient ignorer les médecins fautifs.
C'est une première au Québec: quatre omnipraticiens viennent d'être sévèrement punis par le Collège des médecins du Québec pour avoir contresigné des ordonnances de médicaments acheminées par Internet par des patients américains. Ceux-ci profitaient du faible coût des médicaments au Canada, et les médecins empochaient de l'argent de leur côté sans faire d'examen. Le syndic du Collège a tranché: l'activité est illégale et vaudra six mois de radiation ainsi que des amendes aux fautifs.
Après les pharmaciens, les médecins. Quatre omnipraticiens de la région de Montréal sont devenus les premiers médecins québécois à être punis et réprimés par le comité de discipline du Collège des médecins pour avoir contresigné par Internet des ordonnances de médicaments faites au bénéfice de patients américains. Le coeur du crime? Ils n'ont jamais examiné ces patients, se contentant de recopier la prescription faite aux États-Unis.
Le syndic a voulu en faire des cas-types: six mois de radiation pour les docteurs Jean-Vincent Desroches, Pierre Benjamin, Michel Leduc et Hong-Sen Ly, et des amendes allant de 5000 à 25 000 $. M. Desroches, qui affirme ne pas avoir été payé pour ses services, reçoit la peine la plus légère. L'ex-maire de Lasalle, M. Leduc, écope pour sa part de la plus lourde: il a perçu 70 000 $ d'honoraires dans l'opération.
Le modus operandi était le même pour tous. En 2002, ils ont reçu séparément des coups de fil des administrateurs de trois sites web (myPrescription.com, Lepharmacy.com et Rx 4US) qui distribuent aux États-Unis des médicaments achetés au Canada. Ces compagnies profitent du fait que les médicaments sont environ 33 % moins chers au Canada, selon le Collège des médecins. Tant aux États-Unis qu'au Canada, une prescription doit être remplie par un médecin «local» pour être valide.
Les patients intéressés n'ont qu'à envoyer aux fournisseurs Internet leur ordonnance obtenue aux États-Unis, ainsi qu'un court résumé de leur état de santé. Les compagnies acheminent alors électroniquement les documents aux médecins québécois. Ceux-ci réécrivent et contresignent les ordonnances, qui sont ensuite transférées à des pharmacies québécoises. Là, on remplit la commande qui est envoyée par la poste aux États-Unis.
En 2003, deux pharmaciens avaient déjà été radiés provisoirement par leur Ordre pour avoir participé à ce stratagème. Serge Lelouche et André Elkaim avaient tout de même déjà vendu alors pour 500 000 et 1,5 million $ de médicaments.
C'est d'ailleurs par l'Ordre des pharmaciens du Québec que le Collège des médecins a eu vent de l'affaire, il y a trois ans. Selon les deux organismes, le problème serait maintenant circonscrit, les membres étant dûment avisés. «Du moins c'est ce qu'on espère, indique le président directeur-général du Collège, Yves Lamontagne. On ne peut pas garantir que ça n'existe plus ou que ça n'arrivera plus. Mais on lance avec ces sanctions un message clair à ceux qui seraient tentés de participer à ça.»
Le Collège n'a pas le choix, dit-il: en 2004, une enquête du Civil Society Institute montrait que le tiers des Américains avait déjà entrepris des démarches pour acheter leurs médicaments au Canada. «On a prévenu nos médecins de la problématique dès 2002, rappelle M. Lamontagne. On savait que les compagnies américaines s'en venaient avec ça. Est-ce que les quatre médecins étaient au courant? Sinon, ils n'avaient qu'à nous passer un coup de fil.»
«Ils se sont mis dans la situation de prescrire des médicaments à des patients inconnus référés par des médecins inconnus. De la bonne médecine, au départ, c'est de voir le malade, faire un examen physique, poser un diagnostic, etc. Il faut savoir si le patient souffre d'effets secondaires, s'il prend d'autres médicaments, s'il y a des complications, des risques de polymédicamentation ou de surdose... Ce qu'ils ont fait, ce n'est certainement pas de la médecine.»
Dans leur défense respective, les quatre médecins ont invoqué qu'ils ne savaient pas que c'était illégal et qu'ils pensaient bien faire en aidant des patients présumément pauvres à acheter leurs médicaments moins cher. M. Sen Ly a indiqué qu'il voulait «servir l'humanité souffrante». Lui aurait «traité» quelque 2000 patients, tandis que M. Benjamin a contresigné 1240 ordonnances, M. Desroches environ 400 et M. Leduc plus de 14 000. Aucun n'a vérifié la provenance et la véracité des ordonnances.
Après les pharmaciens, les médecins. Quatre omnipraticiens de la région de Montréal sont devenus les premiers médecins québécois à être punis et réprimés par le comité de discipline du Collège des médecins pour avoir contresigné par Internet des ordonnances de médicaments faites au bénéfice de patients américains. Le coeur du crime? Ils n'ont jamais examiné ces patients, se contentant de recopier la prescription faite aux États-Unis.
Le syndic a voulu en faire des cas-types: six mois de radiation pour les docteurs Jean-Vincent Desroches, Pierre Benjamin, Michel Leduc et Hong-Sen Ly, et des amendes allant de 5000 à 25 000 $. M. Desroches, qui affirme ne pas avoir été payé pour ses services, reçoit la peine la plus légère. L'ex-maire de Lasalle, M. Leduc, écope pour sa part de la plus lourde: il a perçu 70 000 $ d'honoraires dans l'opération.
Le modus operandi était le même pour tous. En 2002, ils ont reçu séparément des coups de fil des administrateurs de trois sites web (myPrescription.com, Lepharmacy.com et Rx 4US) qui distribuent aux États-Unis des médicaments achetés au Canada. Ces compagnies profitent du fait que les médicaments sont environ 33 % moins chers au Canada, selon le Collège des médecins. Tant aux États-Unis qu'au Canada, une prescription doit être remplie par un médecin «local» pour être valide.
Les patients intéressés n'ont qu'à envoyer aux fournisseurs Internet leur ordonnance obtenue aux États-Unis, ainsi qu'un court résumé de leur état de santé. Les compagnies acheminent alors électroniquement les documents aux médecins québécois. Ceux-ci réécrivent et contresignent les ordonnances, qui sont ensuite transférées à des pharmacies québécoises. Là, on remplit la commande qui est envoyée par la poste aux États-Unis.
En 2003, deux pharmaciens avaient déjà été radiés provisoirement par leur Ordre pour avoir participé à ce stratagème. Serge Lelouche et André Elkaim avaient tout de même déjà vendu alors pour 500 000 et 1,5 million $ de médicaments.
C'est d'ailleurs par l'Ordre des pharmaciens du Québec que le Collège des médecins a eu vent de l'affaire, il y a trois ans. Selon les deux organismes, le problème serait maintenant circonscrit, les membres étant dûment avisés. «Du moins c'est ce qu'on espère, indique le président directeur-général du Collège, Yves Lamontagne. On ne peut pas garantir que ça n'existe plus ou que ça n'arrivera plus. Mais on lance avec ces sanctions un message clair à ceux qui seraient tentés de participer à ça.»
Le Collège n'a pas le choix, dit-il: en 2004, une enquête du Civil Society Institute montrait que le tiers des Américains avait déjà entrepris des démarches pour acheter leurs médicaments au Canada. «On a prévenu nos médecins de la problématique dès 2002, rappelle M. Lamontagne. On savait que les compagnies américaines s'en venaient avec ça. Est-ce que les quatre médecins étaient au courant? Sinon, ils n'avaient qu'à nous passer un coup de fil.»
«Ils se sont mis dans la situation de prescrire des médicaments à des patients inconnus référés par des médecins inconnus. De la bonne médecine, au départ, c'est de voir le malade, faire un examen physique, poser un diagnostic, etc. Il faut savoir si le patient souffre d'effets secondaires, s'il prend d'autres médicaments, s'il y a des complications, des risques de polymédicamentation ou de surdose... Ce qu'ils ont fait, ce n'est certainement pas de la médecine.»
Dans leur défense respective, les quatre médecins ont invoqué qu'ils ne savaient pas que c'était illégal et qu'ils pensaient bien faire en aidant des patients présumément pauvres à acheter leurs médicaments moins cher. M. Sen Ly a indiqué qu'il voulait «servir l'humanité souffrante». Lui aurait «traité» quelque 2000 patients, tandis que M. Benjamin a contresigné 1240 ordonnances, M. Desroches environ 400 et M. Leduc plus de 14 000. Aucun n'a vérifié la provenance et la véracité des ordonnances.
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