samedi 21 novembre 2009 Dernière mise à jour 23h40


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Technologie: Quand les blogueurs jouent dans les plates-bandes des communicateurs

J'ai eu l'occasion récemment de m'adresser à un groupe d'experts en relations publiques. Un groupe d'élite, habitué à travailler fort pour faire passer les messages de ses clients à travers le filtre des journalistes. Dans un autre contexte, ma présentation aurait pu sembler presque anecdotique, mais pas pour eux. Je venais leur dire qu'ils devaient se préparer, car, s'ils trouvaient que les journalistes leur faisaient la vie dure, ils allaient trouver le temps long avec les blogueurs.

Ai-je besoin de vous rappeler que la confrérie de la blogosphère compte déjà son lot de victimes. Pensez seulement à l'ex-président Bill Clinton et à son aventure extraconjugale révélée au grand jour par le Drudge Report. Ou au chef d'antenne Dan Rather mis à la retraite prématurément après qu'un carnet Web eut confirmé la fausseté d'un document évoqué par l'animateur-vedette de CBS au sujet du président des États-Unis.

Ici, au pays, pas encore de victime ou de scandale. Beaucoup de discussions et de conjectures autour de procès très médiatisés, de commissions d'enquête, mais pas encore d'histoire générée à partir d'un blogue. Personnellement, j'attends toujours de lire les propos du premier fonctionnaire, à Québec ou Ottawa, qui balancera en ligne une histoire de malversation ou de mauvaise gestion des fonds publics comme la vérificatrice générale les aime.

Entre-temps, les carnetiers du Québec y vont de coups de coeur, de coups de gueule, au gré de l'actualité et de leur quotidien personnel et professionnel. Tantôt pour parler d'un projet de loi, une initiative citoyen, du commerçant du coin ou tout simplement, de son voisin. Avec la notoriété de ce média en croissance au Québec, il sera amusant de voir comment les grands cabinets de communication vont aménager leurs stratégies de communication pour incorporer cette nouvelle race de monde.

Car, contrairement aux journalistes et aux médias qui les emploient chez nous, les carnetiers n'ont pas de code d'éthique, pas de politique de rédaction, pas de Conseil de presse ou d'ombudsman qui les surveillent pour les ramener dans le droit chemin. Seules leurs consciences les guident dans leurs propos. Et comme plusieurs écrivent «en public» pour une première fois, sans nécessairement être conscients des règles de l'art, il arrive que certains carnetiers dérapent dans leurs commentaires. Certains politiciens et commerçants ont déjà commencé à goûter à la sauce de l'opinion des carnetiers.

Mais, de l'autre côté, certains politiciens, dont les deux ténors de la souveraineté Gilles Duceppe et André Boisclair, ont déjà pris le virage et ajouté le blogue à leur arsenal de communication. Il en va de même pour certaines entreprises. La semaine dernière, le Cirque du Soleil a joué la carte du citoyen branché en invitant deux carnetiers à la première de Delirium. On a demandé aux internautes de bloguer en direct pour lancer la rumeur en ligne. L'impact n'était peut-être pas là dès le lendemain, mais le terrain était couvert.

Le pouls

Et c'est l'important pour le moment, car, de plus en plus, les cabinets de communication sondent le monde des blogues pour prendre le pouls de la société. Les mots des carnets se mêlent aux études de marché et aux sondages du matin. Et comme les mots et les impressions voyagent à la vitesse grand V sur Internet, les faiseurs d'images ont de quoi être alertes pour le bénéfice de leurs clients.

Alors comment vont-ils s'y prendre maintenant pour «contrôler» le buzz de la blogosphère? Vont-ils commencer à inviter les blogueurs à des «junkets», ces événements, le plus souvent des voyages, organisés pour la presse? Pourquoi pas? La presse électronique spécialisée sur Internet a bien fait sa place dans le monde réel. Pourquoi pas quelques carnetiers dans les conférences de presse ou les grands lancements pour donner le ton et ajouter aux impressions en ligne. Car, après tout, vaut mieux avoir un bon mot à son sujet lors d'une recherche dans Technorati plutôt qu'aucun mot ou pire, de mauvais commentaires.

Et les exemples ne manquent pas. La Maison-Blanche a autorisé deux carnetiers à participer quotidiennement au point de presse du président Bush. Le Bureau de tourisme des Pays-bas a invité 25 carnetiers en voyage pour découvrir les charmes d'Amsterdam. Et même Microsoft invite des blogueurs influents depuis quelques années.

Nouvelle tendance

Puisque je parle aujourd'hui de carnetier et de journaliste, je termine en soulignant une nouvelle tendance dans le monde des carnets Web qui a récemment trouvé écho dans les pages du New York Times et du Courrier International: l'interviewé qui publie sa version de l'entrevue. Depuis les débuts de la profession, les journalistes ont interviewé des gens pour ensuite reproduire, en partie ou en intégralité, leurs propos. Eh bien aujourd'hui, blogue aidant, des gens qui sont interviewés commencent à publier des notes sur ces interviews. À moins que ce ne soit carrément leur version de l'entrevue, avec enregistrement audio pour agrémenter le récit. Doit-on parler d'un rêve devenu réalité pour le grand club des mal cités de la planète?

***

Bruno Guglielminetti est réalisateur et chroniqueur nouvelles technologies à la Première Chaîne de Radio-Canada. Il est également le rédacteur du Carnet techno (www.radio-canada.ca/techno).






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • bernard bujold
    Inscrit
    lundi 30 janvier 2006 09h31
    Les Blogues et le journalisme
    « Le commentaire par Bruno Guglielminetti à propos des experts en relations publiques qui s'inquiètent des difficultés à contrôler les blogueurs et journalistes conventionnels est intéressant.

    Toutefois le journaliste du Devoir aurait du ajouter que les journalistes eux-mêmes devraient s'interroger devant l'avènement des blogues. Leur domaine est envahi et l'accès au public n'est définitivement plus limité aux médias de masse conventionnels.
    Ici au Québec, les blogues n'ont pas encore atteint l'efficacité et la notorité des blogs
    version américaine mais cela ne saurait tarder. Il suffira qu'un scandale ou une nouvelle importante prennent sa source à partir d'un blogue et le média obtiendra une
    indentité et un rôle bien à lui.

    Peu de journaliste québécois ont accepté les blogues comme un média journalistique réel et seuls quelques uns font de tentatives comme le vétéran Michel Vastel ou certains autres journalistes qui se servent de leur média conventionel pour promouvoir leurs blogues.

    Mais dans l'ensemble, les journalistes québécois de profession considèrent mal les blogues. Je parle en connaissance de cause car sur le site weblog que j'ai créé en compagnie de quelques communicateurs: www.lestudio1.com/Blogues , nous recevons en moyenne 1000 visites par jour. Parmi les commentaires négatifs que sont acheminés, tous proviennent de journalistes mécontents qui considérent le blogue comme un outil amateur. Ce sont les visiteurs ordinaires, et des journalistes en poste à l'extérieur du Québec, qui mentionnent apprécier le site et qui reviennent régulièrement et qui suggèrent des sujets de commentaires ou de textes.

    En conclusion, non seulement les relationnistes doivent s'intéresser à l'avènement des blogues mais les journalistes eux-même doivent reconnaître l'arrivée du... loup dans leur bergerie!

    Bernard Bujold - éditeur
    www.leStudio1.com/Blogues »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
1 réactions
0 votes
 
Pour en savoir plus
Chronique
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009