Hôpitaux montréalais: deux solitudes
Une nouvelle ombre plane sur les projets de construction des deux hôpitaux universitaires, alors que les tentatives de rapprochement entre l'Université de Montréal et l'université McGill dérapent. Rien ne va plus depuis que Québec a annoncé son intention de repartager les spécialités, notamment entre l'Hôpital de Montréal pour enfants et l'hôpital Sainte-Justine.
Les dirigeants de l'université McGill et du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) viennent même de voter en bloc une résolution demandant à Québec de faire marche arrière et de préserver l'intégralité de leurs institutions.
«Nous n'accepterons aucune mesure de restructuration imposée par le ministère [...], de fusions forcées, ni de services restreints ou abolis, ni non plus de limiter nos activités aux "niveaux actuels"», affirment-ils dans une résolution conjointe adoptée lundi soir par le conseil des gouverneurs de McGill et les dirigeants du CUSM.
Jusqu'en novembre, les discussions difficiles sur la complémentarité souhaitée entre le futur CHUM et le futur CUSM se poursuivaient toujours en coulisses. Mais tout a capoté quand Québec a fait connaître son intention de concentrer certains soins de l'Hôpital de Montréal pour enfants à Sainte-Justine, comme le dévoilait Le Devoir la semaine dernière.
Aujourd'hui, le CUSM affirme que le repartage des spécialités suggéré entre les deux hôpitaux universitaires, et surtout entre l'Hôpital de Montréal pour enfants (HME) et l'hôpital Sainte-Justine, est inacceptable.
«Notre message au gouvernement du Québec est très clair: l'intégration de l'enseignement, de la recherche et des soins aux enfants est au coeur de notre mission et nous ne ferons aucun compromis par rapport à notre raison d'être», a déclaré hier le président du conseil des gouverneurs de McGill, Robert Rabinovitch.
McGill, dont la faculté de médecine est classée parmi les 25 meilleures au monde, estime qu'il n'est pas question de commencer à tailler en pièces sa réputation et ses programmes universitaires.
À l'automne, le repartage des spécialités proposé par le ministère ciblait le CHUM et son réseau comme site de développement futur pour les transplantations d'organe, de la chirurgie neuro-vasculaire et de la cardiologie tertiaire, alors que le CUSM héritait de la chirurgie bariatrique et de certaines chirurgies en neurologie et en oncologie.
Pour les enfants, il est notamment question de transférer toutes les chirurgies cardiaques de pointe et les traumatisés graves à Sainte-Justine, alors que les chirurgies orthopédiques complexes et la neuro-chirurgie iraient à l'Hôpital de Montréal pour enfants.
Le fossé est dorénavant tellement grand entre les deux universités que l'Université de Montréal, qui appuie entièrement le plan Couillard, estime que les discussions entre les deux facultés ne mènent plus à rien. Pourtant, le ministre Couillard et son chargé de projet dans le dossier des CHU, Clermont Gignac, ont fait de la complémentarité des soins entre les deux hôpitaux universitaires une condition essentielle pour donner le coup d'envoi à la construction des deux CHU.
Hier encore, l'Université de Montréal défendait une vision diamétralement opposée à celle de l'université McGill.
En entrevue au Devoir, le doyen de la faculté de médecine de l'Université de Montréal, Jean Rouleau, a soutenu que la concentration de certaines spécialités à un emplacement était bénéfique et incontournable, car elle permettra — contrairement à ce que dit McGill — d'améliorer les soins donnés aux patients.
Selon le Dr Rouleau, le regroupement des soins hyper-spécialisés dans un seul hôpital universitaire est même nécessaire pour assurer de meilleurs taux de survie. À l'heure actuelle, dit-il, les taux de survie pour des interventions cardiaques à haut risque varient grandement d'un hôpital à l'autre, en raison des faibles volumes de patients traités dans certains sites.
«En Ontario et en Alberta, où les chirurgies cardiaques à haut risque ont été concentrées dans un seul hôpital, les taux de survie sont parfois trois ou quatre fois plus élevés qu'ils ne l'étaient dans les autres hôpitaux en raison de l'expertise qui s'y est développée», a-t-il indiqué.
À Toronto, dit-il, on a abaissé de 12 % à 4 % les taux de mortalité pour des chirurgies thoraciques complexes en réalisant toutes ces opérations au même endroit.
Le Dr Guy Breton, vice-doyen de la faculté de médecine, estime que McGill ne peut scientifiquement prétendre que la concentration nuira aux patients. «Ils [McGill] se refusent à faire ce que tous les grands hôpitaux universitaires américains ont fait», dit-il.
Plus encore, la concentration proposée est somme toute marginale puisqu'elle ne touchera que 5 % des patients des deux CHU, admis pour des interventions très spécialisées et à haut risque. Concrètement, cela touchera tout au plus 4000 patients sur 75 000 hospitalisations par année.
Selon le Dr Breton, il y a déjà une cinquantaine d'étudiants de McGill qui, avec l'aval de leur faculté, sont formés dans des programmes très pointus de médecine de l'Université de Montréal, sans que cela nuise à la formation.
Ce dernier rappelle que le partage des spécialités «ne fait pas que des heureux» non plus à l'Université de Montréal, mais que la tendance générale est d'accepter ces changements pour faire aboutir une fois pour toutes le projet de construction du CHUM 2010.
Le doyen déplore que le dossier prenne désormais une tournure politique, alors que McGill agite le spectre du déménagement de l'hôpital Shriner's si jamais l'Hôpital de Montréal pour enfants est dépouillé de certains soins ultra-spécialisés.
«C'est un faux argument, puisqu'il est prévu que l'Hôpital pour enfants hérite de tous les cas d'orthopédie complexes. Ils [McGill] jouent le tout pour le tout en avançant cet enjeu, mais ce n'est pas correct», déplore le doyen.
L'Université de Montréal n'espère donc plus de rapprochement spontané entre les deux hôpitaux et demande maintenant au ministre Couillard de trancher. Au plus vite. «Il faut que quelqu'un tranche si on veut que les projets aillent de l'avant. Il faut regrouper nos forces vives. Ça fait des années que ça se discute et que ça tourne en rond», conclut le Dr Breton.
Les dirigeants de l'université McGill et du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) viennent même de voter en bloc une résolution demandant à Québec de faire marche arrière et de préserver l'intégralité de leurs institutions.
«Nous n'accepterons aucune mesure de restructuration imposée par le ministère [...], de fusions forcées, ni de services restreints ou abolis, ni non plus de limiter nos activités aux "niveaux actuels"», affirment-ils dans une résolution conjointe adoptée lundi soir par le conseil des gouverneurs de McGill et les dirigeants du CUSM.
Jusqu'en novembre, les discussions difficiles sur la complémentarité souhaitée entre le futur CHUM et le futur CUSM se poursuivaient toujours en coulisses. Mais tout a capoté quand Québec a fait connaître son intention de concentrer certains soins de l'Hôpital de Montréal pour enfants à Sainte-Justine, comme le dévoilait Le Devoir la semaine dernière.
Aujourd'hui, le CUSM affirme que le repartage des spécialités suggéré entre les deux hôpitaux universitaires, et surtout entre l'Hôpital de Montréal pour enfants (HME) et l'hôpital Sainte-Justine, est inacceptable.
«Notre message au gouvernement du Québec est très clair: l'intégration de l'enseignement, de la recherche et des soins aux enfants est au coeur de notre mission et nous ne ferons aucun compromis par rapport à notre raison d'être», a déclaré hier le président du conseil des gouverneurs de McGill, Robert Rabinovitch.
McGill, dont la faculté de médecine est classée parmi les 25 meilleures au monde, estime qu'il n'est pas question de commencer à tailler en pièces sa réputation et ses programmes universitaires.
À l'automne, le repartage des spécialités proposé par le ministère ciblait le CHUM et son réseau comme site de développement futur pour les transplantations d'organe, de la chirurgie neuro-vasculaire et de la cardiologie tertiaire, alors que le CUSM héritait de la chirurgie bariatrique et de certaines chirurgies en neurologie et en oncologie.
Pour les enfants, il est notamment question de transférer toutes les chirurgies cardiaques de pointe et les traumatisés graves à Sainte-Justine, alors que les chirurgies orthopédiques complexes et la neuro-chirurgie iraient à l'Hôpital de Montréal pour enfants.
Le fossé est dorénavant tellement grand entre les deux universités que l'Université de Montréal, qui appuie entièrement le plan Couillard, estime que les discussions entre les deux facultés ne mènent plus à rien. Pourtant, le ministre Couillard et son chargé de projet dans le dossier des CHU, Clermont Gignac, ont fait de la complémentarité des soins entre les deux hôpitaux universitaires une condition essentielle pour donner le coup d'envoi à la construction des deux CHU.
Hier encore, l'Université de Montréal défendait une vision diamétralement opposée à celle de l'université McGill.
En entrevue au Devoir, le doyen de la faculté de médecine de l'Université de Montréal, Jean Rouleau, a soutenu que la concentration de certaines spécialités à un emplacement était bénéfique et incontournable, car elle permettra — contrairement à ce que dit McGill — d'améliorer les soins donnés aux patients.
Selon le Dr Rouleau, le regroupement des soins hyper-spécialisés dans un seul hôpital universitaire est même nécessaire pour assurer de meilleurs taux de survie. À l'heure actuelle, dit-il, les taux de survie pour des interventions cardiaques à haut risque varient grandement d'un hôpital à l'autre, en raison des faibles volumes de patients traités dans certains sites.
«En Ontario et en Alberta, où les chirurgies cardiaques à haut risque ont été concentrées dans un seul hôpital, les taux de survie sont parfois trois ou quatre fois plus élevés qu'ils ne l'étaient dans les autres hôpitaux en raison de l'expertise qui s'y est développée», a-t-il indiqué.
À Toronto, dit-il, on a abaissé de 12 % à 4 % les taux de mortalité pour des chirurgies thoraciques complexes en réalisant toutes ces opérations au même endroit.
Le Dr Guy Breton, vice-doyen de la faculté de médecine, estime que McGill ne peut scientifiquement prétendre que la concentration nuira aux patients. «Ils [McGill] se refusent à faire ce que tous les grands hôpitaux universitaires américains ont fait», dit-il.
Plus encore, la concentration proposée est somme toute marginale puisqu'elle ne touchera que 5 % des patients des deux CHU, admis pour des interventions très spécialisées et à haut risque. Concrètement, cela touchera tout au plus 4000 patients sur 75 000 hospitalisations par année.
Selon le Dr Breton, il y a déjà une cinquantaine d'étudiants de McGill qui, avec l'aval de leur faculté, sont formés dans des programmes très pointus de médecine de l'Université de Montréal, sans que cela nuise à la formation.
Ce dernier rappelle que le partage des spécialités «ne fait pas que des heureux» non plus à l'Université de Montréal, mais que la tendance générale est d'accepter ces changements pour faire aboutir une fois pour toutes le projet de construction du CHUM 2010.
Le doyen déplore que le dossier prenne désormais une tournure politique, alors que McGill agite le spectre du déménagement de l'hôpital Shriner's si jamais l'Hôpital de Montréal pour enfants est dépouillé de certains soins ultra-spécialisés.
«C'est un faux argument, puisqu'il est prévu que l'Hôpital pour enfants hérite de tous les cas d'orthopédie complexes. Ils [McGill] jouent le tout pour le tout en avançant cet enjeu, mais ce n'est pas correct», déplore le doyen.
L'Université de Montréal n'espère donc plus de rapprochement spontané entre les deux hôpitaux et demande maintenant au ministre Couillard de trancher. Au plus vite. «Il faut que quelqu'un tranche si on veut que les projets aillent de l'avant. Il faut regrouper nos forces vives. Ça fait des années que ça se discute et que ça tourne en rond», conclut le Dr Breton.
- » Centre universitaire de santé McGill (CUSM),
- Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM)
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