Internet, la planche de salut que le cinéma indépendant attend
Les courts métrages meurent habituellement après une brève existence de quelques festivals. Les étudiants et les amants du cinéma indépendant entendent bien leur donner une deuxième vie grâce à Internet, le tout dernier cri en matière de diffusion. Image du nouvel Eldorado?
«On veut secouer le cocotier! Montrer qu'il y a des talents de cinéaste qui dorment au Québec. Frédéric Desproges, de la compagnie de production Cinélande, a organisé le Concours de mini-métrages 120 secondes qui a été diffusé sur la Toile à la fin septembre 2001, le premier du genre au Québec. Il entendait ainsi saisir les nombreuses occasions offertes par la multiplication des abonnés d'Internet à haute vitesse. Car même si le Québec est plus branché que bien des endroits de la planète, la diffusion de films sur Internet sort à peine de l'ombre.
Loin d'être évident
Le constat est unanime chez les cinastes qui tentent de percer le marché et se faire connaître: les endroits où projeter leur matériel demeurent rares au Québec. Sandie Valiquette entame sa troisième année en cinéma à Concordia. Même s'il lui reste plusieurs mois avant d'être diplômée, elle produit déjà et le même problème se pose sans cesse. «Une fois le film réalisé, il faut le faire voir, explique l'étudiante de 21 ans, ce qui est loin d'être évident.» Pour sa part, Jason Arsenault, étudiant à l'Université de Montréal et l'un des
coordonnateurs de Proje(c)t Y, un festival itinérant de films étudiants, croit qu'il faut s'organiser seul pour diffuser des films indépendants. «Les universités ne font aucun effort pour t'aider à montrer tes productions.» Pour espérer être vus par les grandes compagnies, les jeunes talents courent alors les festivals de courts métrages, avec l'ambition de récolter au passage quelques prix qui pourront garnir leur curriculum vitae.
Nicolas Côté et Geoffroi Garon entendent remédier à la situation et mettre en ligne le premier portail de la province destiné à la diffusion de films. «Nous voulons créer une synergie et rassembler en un même endroit tout ce qui se fait dans le domaine», soutient Geoffroi Garon. Son comparse ajoute qu'il est temps que les réalisateurs commencent à émerger. «Chaque entreprise alloue une partie de ses budgets à la découverte des talents prometteurs, croit Nicolas Côté. Le Web sera une façon de plus de recruter.»
Pourtant, la compagnie Cinélande affirme que l'industrie ne cherche pas de nouveaux talents au moyen d'Internet, même si l'entreprise se donne la peine d'organiser un concours en ce sens. «C'est trop nouveau, les gens ne sont pas encore habitués, explique Frédéric Desproges. Mais ce n'est qu'une question de temps: le Web est déjà entré dans les moeurs des professionnels.»
Las d'attendre que le milieu s'intéresse au phénomène, Gilles de Selva a mis lui-même en place un centre de diffusion sur le Web. Depuis octobre 2000, Kali-tv.com regroupe de jeunes réalisateurs qui veulent se faire connaître. «Nous faisons le tour des programmes de cinéma, du Mexique à la France en passant par le Québec, pour convaincre les étudiants d'adhérer à notre projet», souligne le jeune homme de 22 ans qui étudie à la maîtrise en arts visuels à l'UQAM.
Prêt, pas prêt...
Vouloir donner une nouvelle avenue au court métrage est une chose, encore faut-il qu'il y ait du matériel à diffuser. «Ce n'est pas instinctif de penser à Internet pour être vu», souligne Sandie Valiquette. Xavier Constant avoue que l'idée de projeter ses oeuvres sur la Toile lui a traversé l'esprit, mais passer de la théorie à la pratique est plus complexe, étant donné qu'il travaille avec de la pellicule. «Si on avait affaire à des supports bien adaptés, comme le numérique, il n'y aurait pas de problème», pense l'étudiant en cinéma à l'Université Concordia. En location, le matériel pour le transfert d'un support à l'autre coûte environ 250 $. «Nous n'avons ni le temps ni l'argent pour ça, lance Sandie Valiquette. Il faudrait que ça vaille vraiment la peine.»
En plus de la facture, il y a la volonté des réalisateurs de la relève qui semble chancelante, eux qui oeuvrent à un film pendant des mois. «On met beaucoup de temps sur la qualité de chaque image, alors perdre cette qualité sur Internet parce que le réseau est mal adapté, ça ne m'emballe pas», commente l'étudiante. Les petits hauts-parleurs, les gros pixels et les images en taille réduite dérangent ces étudiants.
Pas tout à fait au point
Vincy Thomas, le président du Festival international du film de l'Internet (FIFI) qui diffuse des créations conçues spécialement pour le Web, avoue qu'Internet n'est pas tout à fait au point. «Il n'y a pas suffisamment de gens branchés à haute vitesse pour que la masse critique soit là», estime celui qui a lancé le festival, il y a trois ans à Paris. Nicolas Côté estime que contrairement à la population de la France, celle du Québec est plus branchée à haute vitesse, et que le réseau québécois sera bientôt prêt à recevoir de plus importants volumes: «Il ne manque que le contenu.»
Pour cette raison, Gilles de Selva est heureux d'étudier à Montréal et affirme que le potentiel est bien présent. «La ville bouge beaucoup grâce à ses universités, constate l'étudiant d'origine française. En plus, le branchement à haut débit est l'un des moins chers au monde: il faut en profiter.»
Les spectateurs de la diffusion en ligne restent néanmoins rares. «Pour l'instant, ce sont davantage les personnes très impliquées dans les nouvelles technologies qui s'intéressent au phénomène, avoue Gilles de Selva. Mais, petit à petit, le bouche à oreille fera son effet.»
D'après Vincy Thomas, le cinéma n'a rien à craindre de la percée d'Internet. «Aucun art n'en a fait disparaître un autre, soutient-il. Et les gens auront toujours besoin de se regrouper pour voir un film sur grand écran. C'est humain de chercher des sensations fortes.» En revanche, le traditionnel club vidéo du coin n'y survivra pas, selon Frédéric Desproges. «C'est la mort des vidéocassettes à moyen terme. Bientôt, tout sera disponible sur le Web, comme un centre à la maison.»
La facilité d'accès à Internet a récemment causé des maux de tête aux dirigeants musicaux à l'occasion de la saga Napster. Si certains croient que l'industrie du cinéma a moins à craindre que sa consoeur, plusieurs pensent que le problème reviendra inévitablement. «Les grands studios parlent déjà de diffusion en ligne, même si nous ne sommes pas prêts au plan technologique, affirme Vincy Thomas. Ils ont tellement peur qu'ils se lancent dans la course sans trop savoir où ils s'en vont!» Selon lui, il s'agit d'être patient et de faire évoluer le média à sa vitesse, sans brûler les étapes. «Ça va changer bien des choses, mais il faut laisser le temps faire son oeuvre. Rome ne s'est pas construite en un jour.»
«On veut secouer le cocotier! Montrer qu'il y a des talents de cinéaste qui dorment au Québec. Frédéric Desproges, de la compagnie de production Cinélande, a organisé le Concours de mini-métrages 120 secondes qui a été diffusé sur la Toile à la fin septembre 2001, le premier du genre au Québec. Il entendait ainsi saisir les nombreuses occasions offertes par la multiplication des abonnés d'Internet à haute vitesse. Car même si le Québec est plus branché que bien des endroits de la planète, la diffusion de films sur Internet sort à peine de l'ombre.
Loin d'être évident
Le constat est unanime chez les cinastes qui tentent de percer le marché et se faire connaître: les endroits où projeter leur matériel demeurent rares au Québec. Sandie Valiquette entame sa troisième année en cinéma à Concordia. Même s'il lui reste plusieurs mois avant d'être diplômée, elle produit déjà et le même problème se pose sans cesse. «Une fois le film réalisé, il faut le faire voir, explique l'étudiante de 21 ans, ce qui est loin d'être évident.» Pour sa part, Jason Arsenault, étudiant à l'Université de Montréal et l'un des
coordonnateurs de Proje(c)t Y, un festival itinérant de films étudiants, croit qu'il faut s'organiser seul pour diffuser des films indépendants. «Les universités ne font aucun effort pour t'aider à montrer tes productions.» Pour espérer être vus par les grandes compagnies, les jeunes talents courent alors les festivals de courts métrages, avec l'ambition de récolter au passage quelques prix qui pourront garnir leur curriculum vitae.
Nicolas Côté et Geoffroi Garon entendent remédier à la situation et mettre en ligne le premier portail de la province destiné à la diffusion de films. «Nous voulons créer une synergie et rassembler en un même endroit tout ce qui se fait dans le domaine», soutient Geoffroi Garon. Son comparse ajoute qu'il est temps que les réalisateurs commencent à émerger. «Chaque entreprise alloue une partie de ses budgets à la découverte des talents prometteurs, croit Nicolas Côté. Le Web sera une façon de plus de recruter.»
Pourtant, la compagnie Cinélande affirme que l'industrie ne cherche pas de nouveaux talents au moyen d'Internet, même si l'entreprise se donne la peine d'organiser un concours en ce sens. «C'est trop nouveau, les gens ne sont pas encore habitués, explique Frédéric Desproges. Mais ce n'est qu'une question de temps: le Web est déjà entré dans les moeurs des professionnels.»
Las d'attendre que le milieu s'intéresse au phénomène, Gilles de Selva a mis lui-même en place un centre de diffusion sur le Web. Depuis octobre 2000, Kali-tv.com regroupe de jeunes réalisateurs qui veulent se faire connaître. «Nous faisons le tour des programmes de cinéma, du Mexique à la France en passant par le Québec, pour convaincre les étudiants d'adhérer à notre projet», souligne le jeune homme de 22 ans qui étudie à la maîtrise en arts visuels à l'UQAM.
Prêt, pas prêt...
Vouloir donner une nouvelle avenue au court métrage est une chose, encore faut-il qu'il y ait du matériel à diffuser. «Ce n'est pas instinctif de penser à Internet pour être vu», souligne Sandie Valiquette. Xavier Constant avoue que l'idée de projeter ses oeuvres sur la Toile lui a traversé l'esprit, mais passer de la théorie à la pratique est plus complexe, étant donné qu'il travaille avec de la pellicule. «Si on avait affaire à des supports bien adaptés, comme le numérique, il n'y aurait pas de problème», pense l'étudiant en cinéma à l'Université Concordia. En location, le matériel pour le transfert d'un support à l'autre coûte environ 250 $. «Nous n'avons ni le temps ni l'argent pour ça, lance Sandie Valiquette. Il faudrait que ça vaille vraiment la peine.»
En plus de la facture, il y a la volonté des réalisateurs de la relève qui semble chancelante, eux qui oeuvrent à un film pendant des mois. «On met beaucoup de temps sur la qualité de chaque image, alors perdre cette qualité sur Internet parce que le réseau est mal adapté, ça ne m'emballe pas», commente l'étudiante. Les petits hauts-parleurs, les gros pixels et les images en taille réduite dérangent ces étudiants.
Pas tout à fait au point
Vincy Thomas, le président du Festival international du film de l'Internet (FIFI) qui diffuse des créations conçues spécialement pour le Web, avoue qu'Internet n'est pas tout à fait au point. «Il n'y a pas suffisamment de gens branchés à haute vitesse pour que la masse critique soit là», estime celui qui a lancé le festival, il y a trois ans à Paris. Nicolas Côté estime que contrairement à la population de la France, celle du Québec est plus branchée à haute vitesse, et que le réseau québécois sera bientôt prêt à recevoir de plus importants volumes: «Il ne manque que le contenu.»
Pour cette raison, Gilles de Selva est heureux d'étudier à Montréal et affirme que le potentiel est bien présent. «La ville bouge beaucoup grâce à ses universités, constate l'étudiant d'origine française. En plus, le branchement à haut débit est l'un des moins chers au monde: il faut en profiter.»
Les spectateurs de la diffusion en ligne restent néanmoins rares. «Pour l'instant, ce sont davantage les personnes très impliquées dans les nouvelles technologies qui s'intéressent au phénomène, avoue Gilles de Selva. Mais, petit à petit, le bouche à oreille fera son effet.»
D'après Vincy Thomas, le cinéma n'a rien à craindre de la percée d'Internet. «Aucun art n'en a fait disparaître un autre, soutient-il. Et les gens auront toujours besoin de se regrouper pour voir un film sur grand écran. C'est humain de chercher des sensations fortes.» En revanche, le traditionnel club vidéo du coin n'y survivra pas, selon Frédéric Desproges. «C'est la mort des vidéocassettes à moyen terme. Bientôt, tout sera disponible sur le Web, comme un centre à la maison.»
La facilité d'accès à Internet a récemment causé des maux de tête aux dirigeants musicaux à l'occasion de la saga Napster. Si certains croient que l'industrie du cinéma a moins à craindre que sa consoeur, plusieurs pensent que le problème reviendra inévitablement. «Les grands studios parlent déjà de diffusion en ligne, même si nous ne sommes pas prêts au plan technologique, affirme Vincy Thomas. Ils ont tellement peur qu'ils se lancent dans la course sans trop savoir où ils s'en vont!» Selon lui, il s'agit d'être patient et de faire évoluer le média à sa vitesse, sans brûler les étapes. «Ça va changer bien des choses, mais il faut laisser le temps faire son oeuvre. Rome ne s'est pas construite en un jour.»
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