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Santé: Salut, beauté

29 octobre 2005  Santé
La beauté a des avantages, personne n'en doute. Les études montrent que la beauté favorise l'embauche, l'ascension sociale, etc. Bref, elle rend plus facile la vie en société et donne un sérieux coup de pouce à la réussite professionnelle. C'est un atout incontesté... sauf pour une belle, je me souviens, que j'avais interviewée à la télé et qui ne voyait pas, elle, ce que ça pouvait avoir eu comme effet pour son cheminement. Elle avait été mannequin... Pour ces femmes, la beauté est un préalable.

Viennent ensuite les vrais défis pour faire sa place. Cette semaine, alors que les mannequins prêtaient vie aux vêtements des designers québécois (c'était la Semaine de la mode et le lancement des collections printemps-été 2006, et on a aussi profité des défilés pour recueillir des dons pour la Société québécoise du cancer du sein), on a vu que la beauté est multiple, variée et... objet de discrètes envies et de tant de flatteries! Un pouvoir, donc. Ça donne l'occasion de réfléchir...

La beauté a aussi ses inconvénients: évincer tous ces prétendants, supporter les regards, les mesquineries des jalouses, les sollicitations quand on veut la paix... Sérieusement, j'ai cherché les inconvénients, et j'en ai trouvé quelques-uns, surtout du point de vue de la santé mentale et des relations interpersonnelles. Prenons la vie amoureuse des beautés, par exemple. Elles sont avec un vieux riche? Échange de pouvoir! Elles sont avec un beau? Effet miroir! C'est peut-être la hiérarchie inconsciente des relations, mais est-ce aussi simple?

Qui sont ces hommes attirés par les belles de ce monde? «Généralement des personnes qui aiment la perfection», me dit mon amie Murielle, psychologue. Ils aiment la perfection de la beauté; par conséquent, ils n'admettent généralement pas que la belle à leur bras puisse à l'occasion être moins belle, moins parfaite. L'erreur, le relâchement, la maladie, le laisser-aller ne sont pas bien reçus. Comme l'estime de soi ne vient pas en forfait avec la beauté, il y a des belles qui en bavent.

Parmi sa clientèle, Murielle Forêt a constaté que les beautés sont les personnes qui ont le plus souffert d'attaques de dénigrement. «Pour l'homme qui porte sur elles un regard critique, ces femmes ne sont pas objet de désir mais objet de convoitise. Les hommes aiment avoir ces femmes plutôt qu'être en relation avec elles.» Par conséquent, m'explique-telle, c'est la dynamique de la relation amoureuse qui écope: «On n'est pas dans une zone de relation, on est dans une zone de pouvoir, un rapport de force, une compétition. La faille, c'est la qualité de l'intimité.» L'homme est gentil et amoureux en société, il aime montrer sa belle, la sortir, «mais dans l'intimité, il y a chez cet homme quelque chose qui s'éteint». Alors, si on se sent invisible ou transparente, si on sent qu'il faut saisir toutes les occasions d'être en société plutôt que d'être dans une relation d'intimité, on doit comprendre qu'on a un problème de couple. Et, ai-je demandé à mon amie psy, quand les deux sont des beautés fatales? «Le danger, m'a-t-elle dit, c'est que ça fasse une relation superficielle. Dans ces cas-là, le problème de la relation, c'est la fidélité: les deux ne veulent pas renoncer à leur pouvoir.»

J'aime toujours cet éclairage d'une psychologue perspicace. En rigolant, on se disait qu'au fond, il faut être juste assez belle, ça évite toutes sortes de problèmes! Et je ne parle même pas de vieillir: avoir 30 ans, pour une de ces beautés que j'ai connues, fut un drame personnel aussi grave qu'avoir 50 ans pour d'autres. La première ride peut être une catastrophe menant à la dépression. Sans blague. La beauté peut devenir une obsession, on peut être prisonnière de sa beauté. Ou alors, comme me l'a dit Murielle, la belle peut avoir avec elle-même un report de violence, être perfectionniste à outrance.

En me parlant de son rapport à sa beauté, une copine m'a expliqué que, pour elle, bien vieillir signifie que la beauté intérieure traverse notre corps, le corps étant une façon d'entrer en relation avec les autres. S'accrocher à l'enveloppe corporelle, comme elle dit, peut conduire à la chirurgie. Son cheminement personnel a été d'accepter... ses jambes, qu'elle trouvait maigres: «J'ai compris ma propre réticence à accepter ce côté de ma féminité — mettre des robes! — quand je me suis rendu compte que mon attitude se reflétait sur mes filles. J'ai pensé qu'il fallait que je passe par-dessus ça parce que je leur refilais la phobie d'une partie de mon corps.» Quand je pense à ça, je pense à Cameron Diaz, qui a déjà raconté qu'elle se trouvait trop maigre... avant la célébrité? En effet, le statut de vedette est un baume pour l'ego...

Je suis là à vous parler de belles et de beauté, et je n'ai pas trouvé de beau pour me parler des méandres de la beauté virile... Que vous soyez Cendrillon ou prince charmant, vous ne pouvez pas, pour votre équilibre mental, donner votre 110 % à coeur de jour et de nuit. Sommes-nous, comme le croit Murielle, dans une culture narcissique? C'est le culte de la beauté et, Narcisse étant l'éternelle jeunesse, il ne sait pas comment vieillir. Il y a là matière à bien des chroniques... !

***

Livres reçus

- A. Morris Mriu, Parents d'ados, Éditions de la Martinière. Un livre pratique, branché et plein de bon sens.

- A. Bernstein, Ces gens qui explosent, Éditions de l'Homme. Une synthèse fort intéressante entre science et psychologie, théorie et pratique. Trois sujets: les colères, les dépressions et les peurs.

vallieca@hotmail.com
 
 
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