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Les vertus cachées du Botox

Louise-Maude Rioux Soucy   13 septembre 2005  Santé
Bien connu pour ses visées esthétiques, le Botox cache également des trésors de vertus thérapeutiques, estiment un nombre grandissant de médecins québécois qui n'hésitent plus à utiliser la toxine pour soigner des maux comme les spasmes musculaires, l'hypersalivation ou même le syndrome de la vessie hyperactive. Pour un petit bonhomme de 39 jours à peine, le Botox a même réussi à faire la différence entre la vie... et la mort.

Ce petit miracle, piloté par un oto-rhino-laryngologiste de l'Hôpital de Montréal pour enfants, ne s'est pas fait sans risque. Au Québec, le Botox n'est autorisé qu'à des fins esthétiques. Mais le Dr Sam Daniel avait la ferme conviction que la toxine botulinique pouvait aussi sauver son petit patient atteint du syndrome de Charge, dont les parents ont demandé l'anonymat. «Le traitement est encore hors protocole, mais je l'offre maintenant en mesure de compassion en attendant qu'il soit autorisé», précise l'ORL.

Et ça marche. Confiné aux soins intensifs depuis sa naissance, le petit garçon avait même dû être placé sous respirateur tant ses sécrétions s'accumulaient dans ses poumons. Plusieurs tentatives de retirer le respirateur s'étant révélées infructueuses, les parents avaient alors été placés devant un dilemme cornélien.

Trois avenues s'ouvraient à eux. D'abord, un tube permanent pouvait être placé dans la trachée. Sinon, une ouverture pouvait être pratiquée sur le côté du pharynx pour permettre à la salive de s'écouler. Finalement, les médecins ont pensé à séparer les cordes vocales de l'oesophage, condamnant alors l'enfant à ne jamais pouvoir parler ou avaler.

Mais toutes ces options signifiaient des soins constants et un lourd appareillage, sans compter des risques réels de mortalité. C'est alors que le Dr Daniel a proposé l'essai du Botox. Estimant que leur enfant n'avait rien à perdre, les parents ont donné leur feu vert. «Au bout de dix jours, l'enfant était extubé. Depuis, il respire normalement», raconte avec fierté son médecin, qui a bien l'intention de faire en sorte que sa découverte soit bientôt reconnue.

À 360 $ le traitement, la toxine est une véritable aubaine pour le système de santé. Et pas seulement pour les tout-petits. À l'hôpital général juif de Montréal, le Botox fait partie de l'arsenal thérapeutique expérimental pour traiter l'incontinence d'urgence et le syndrome de la vessie hyperactive qui affectent souvent les plus âgées.

Au département d'urologie, une cinquantaine de patientes reçoivent des petites doses de Botox. L'injection se fait sous anesthésie locale et son effet dure de six à neuf mois. Le traitement aurait permis des améliorations notables chez 65 % des patientes qui ne répondaient pas aux avenues médicamenteuses plus classiques.

Devant ces avenues prometteuses — et bien d'autres dont le traitement de la migraine ou des troubles neurologiques pour ne nommer que ceux-là —, le gouvernement québécois a récemment mandaté un comité chargé de faire le point sur l'utilisation du Botox dans une optique thérapeutique.

Le Dr Daniel, qui suit ces travaux de près, entend faire valoir son point de vue quant aux possibilités que présente le Botox pour le traitement de l'hypersalivation, un problème qui «touche, selon lui, 1200 jeunes enfants québécois».

L'hypersalivation peut être associée à d'innombrables conditions médicales, la plupart en lien avec des déficiences neurologiques comme la paralysie cérébrale, l'épilepsie et la déficience mentale.

Les troubles de contrôle salivaire chez les enfants peuvent se manifester sous différentes formes comme une sécrétion excessive de salive, de piètres habiletés orales-motrices, une posture inappropriée, un faible réflexe de déglutition ou une sensibilité limitée à ce qui est sec et mouillé.






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