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Santé: Pomme, pomme pomme!

14 septembre 2002  Santé
L'homme d'État anglais Winston Churchill était bien connu pour son humour... britannique. On lui attribue cette jolie phrase: «Une pomme par jour éloigne le médecin, pourvu que l'on vise bien.» Il avait un tir très adroit et devait rire dans sa barbe quand il est mortÉ à 90 ans!

Irez-vous aux pommes? Les pomiculteurs sont un peu catastrophés par les temps qui courent, car l'été ne les a pas gâtés. Beaucoup de pommes sont piquées — à cause de la sécheresse — et la pluie (vous souvenez-vous de la pluie?) a nourri ses ennemis. Alors, entre la tavelure — un champignon — du trop d'eau et le charançon de la prune — un insecte qui s'est exporté vers la pomme! — du trop sec, les pomiculteurs prévoient que la conservation sera un problème, et leur récolte a mauvaise mine. Mais consolez-vous: si elle est petite, la pomme sera très sucrée, merci au soleil.

Chez les pomiculteurs bio, certains vergers ont perdu toutes leurs pommes. On va survivre quand même, me dit Bernard Alonzo qui est à Saint-Jean-Baptiste depuis dix ans. Dans le bio, il y a des années qui sont bonnes et des années qui le sont moins. Cette année, c'est une année moins bonne. Et quand il dit moins bonne, il ne plaisante pas. Ce sera pour lui quatre ou cinq coffres de pommes pour mille arbres, alors qu'il peut se rendre à cent coffres certaines années!

Il organise tout de même ses visites aux enfants — il reçoit jusqu'à dix mille écoliers à l'automne — et il tiendra sa fête des récoltes, fin octobre, en mettant tous ses légumes de longue conservation, ses agneaux bio et le reste dans le grand panier de la moisson annuelle. Comme ses compères écolos, il laisse la monoculture aux autres. Eux, ils ont des oies ou des moutons qui mangent les insectes au sol: ils appellent ça la lutte biologique.

Alors, si vous cherchez un verger bio, attelez-vous, d'autant qu'ils ne sont pas légion: il y en seulement cinq et ils font surtout de la transformation, car ils ont des pommes qui ne sont pas joliment rondes, ce qui ne paraît pas dans le jus!

Notre solution de rechange? C'est de demander au pomiculteur s'il pratique un arrosage minimum, ce qui s'appelle la lutte intégrée — on pulvérise seulement quand l'insecte est présent. Tous les pomiculteurs devraient au moins faire ça, mais pensez-vous! La pomme peut être «arrosée» jusqu'à vingt fois par saisonÉ C'est une mentalité rétrograde, et c'est une minorité de producteurs, mais demandez toujoursÉ

Vous avez lu comme moi cet été cette étude montrant que les fruits nous nourrissent d'insecticides et de fongicidesÉ Les autorités ont crié à l'alarmisme de mauvais aloi, mais qui les croit encore inconditionnellement? On se décide à interdire quand on a des preuves irréfutables, mais la complexité est telle, les liens de cause à effet sont si difficiles à établirÉ Si, en plus, ce sont les industries qui font les études, c'est comme demander au renard de surveiller le poulailler! Pendant ce temps, on observe la déchéance du système immunitaire et du système endocrinienÉ. Les couples stériles, les enfants allergiquesÉ ce n'est pas tant que les gens vont mourir, c'est la misère de leur vie personnelle, c'est ce qui se vit chacun pour soi et qu'on appelle la santé...

Pour la pomme, Gérald Chouinard, qui coordonne un groupe d'experts en protection du pommier à l'Institut de recherche et de développement de l'agriculture à Saint-Hyacinthe, m'assure que, depuis quatre ans, il n'a pas vu de résidus supérieurs aux normes. Ils appellent ça la dose minimale sans effet clinique et c'est pour lui le meilleur outil, actuellement. Ce sont des institutions publiques qui font les tests, à partir de données fournies par l'industrie. Notre joli renard...

Mais admettons qu'il suffise de bien laver sa pomme avant de la manger pour penser qu'on garde le docteur éloigné. Qu'y trouvera-t-on? Ah! J'entends le mot magique: antioxydant... Eh! oui, la pomme, en plus de ses fibres, de son eau et de son sucre, nous donne des vitamines (surtout A et C, 10 % de notre besoin quotidien en acide ascorbique) et des minéraux tels calcium, phosphore, magnésium, mais surtout du potassium, d'où sa qualité diurétique. Mais sait-on que la pommade tire son nom de la pomme, qu'on mettait en charpie sur une blessure... sans doute au temps de Louis Hébert, qu'on dit être le premier pomiculteur du Québec?

En pensant à Félix qui écrivit que chaque pomme est une fleur qui a connu l'amour, ce week-end, j'irai aux pommes. Dans la belle région de Rougemont, j'irai me promener. La Lobo, je mangerai. À votre santé.
 
 
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