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La grippe aviaire aux portes de l'Europe

Louise-Maude Rioux Soucy   24 août 2005  Santé
Les autorités des Pays-Bas ont obligé les éleveurs de poulets à enfermer leurs volailles pour éliminer tout risque de contagion.
Photo : Agence Reuters
Les autorités des Pays-Bas ont obligé les éleveurs de poulets à enfermer leurs volailles pour éliminer tout risque de contagion.
L'éclosion ce mois-ci de plusieurs foyers de grippe aviaire en Russie et au Kazakhstan fait trembler l'Europe au point où les Pays-Bas ont même obligé leurs éleveurs à enfermer leurs volailles afin d'éviter tout risque de contamination avec le terrible virus qui, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), pourrait bien être à l'origine de la prochaine pandémie de grippe.

L'expansion géographique du virus H5N1 est une véritable source d'inquiétude pour l'OMS car elle accroît significativement les risques d'exposition de l'être humain. «Chaque nouveau cas humain donne au virus la possibilité d'améliorer sa transmission, soit par mutation adaptative, soit par réassortiment. L'apparition d'une souche H5N1 facilement transmissible au sein de l'espèce humaine marquerait le début d'une nouvelle pandémie», écrit l'organisme dans sa dernière alerte, datée du 18 août 2005.

Hier, le ministère kazakh de l'Agriculture a confirmé que le virus diagnostiqué dans les sept localités touchées est bien du type H5N1, celui-là même qui est transmissible à l'homme. Sachant que ces éclosions ont été attribuées à des contacts entre des oiseaux domestiques et des oiseaux aquatiques sauvages aux mêmes points d'eau, il n'en fallait pas plus pour que la pression monte d'un cran sur les autorités de l'Union européenne. Mais Bruxelles refuse pour l'instant de céder à la panique.

«On suit la situation de près, mais on n'est pas alarmistes», a dit le porte-parole du commissaire européen à la Santé et à la Protection des consommateurs, Philip Tod. Pour l'instant, l'Union européenne juge que les mesures d'interdiction d'importer tout oiseau vivant et tout produit à base de volaille en provenance de Russie et du Kazakhstan, édictées le 12 août, assurent «une protection suffisante».

«Pour nous, pour le moment, les mesures en vigueur sont les bonnes», a expliqué Philip Tod, rappelant que «les États membres sont tenus de surveiller les oiseaux sauvages sur leur territoire».

Aux Pays-Bas, on a un tout autre point de vue. Lundi, les quelque cinq millions de poulets, canards, dindes et autres oiseaux néerlandais ont quitté l'air libre pour gagner des enclos fermés. Cette mesure draconienne vise à limiter les contacts entre les volailles d'élevage et les oiseaux migrateurs venus de Russie et d'Asie, potentiellement porteurs du virus de la grippe aviaire qui sévit dans ces régions.

«Cette mesure devrait durer jusqu'au début de 2006», a déclaré une porte-parole du ministère de l'Agriculture néerlandais, Nienke van der Zee. «La période migratoire dure en général jusqu'en décembre mais, par temps froid, le virus de la grippe aviaire peut survivre un peu plus longtemps.»

Si les Pays-Bas sont si pointilleux, c'est qu'ils se souviennent de l'épizootie de 2003, lors de laquelle le quart de la population avicole de l'époque avait succombé à la grippe aviaire de type H7N7. Les exportations avaient alors été interdites pendant plusieurs mois.

L'inflexibilité des Pays-Bas à fermer leurs portes au virus sera discutée demain lors d'une réunion des experts sanitaires de l'UE à Bruxelles. C'est qu'en dépit de la menace, une fermeture simultanée des 25 pays membres de l'UE apparaît aujourd'hui impensable à Bruxelles, ne serait-ce que d'un point de vue strictement logistique.

«Tous les États membres ne partagent pas l'analyse du risque faite par le gouvernement néerlandais et nous savons que cette mesure ne serait pas faisable ou souhaitée par tous les États membres [...]. Ce ne serait pas facile d'adopter une mesure d'une telle ampleur», a fait valoir Philip Tod.

N'empêche qu'à l'OMS, l'expansion géographique de la grippe aviaire est accueillie avec la plus grande méfiance. Les flambées de Russie et du Kazakhstan apportent en effet la preuve que le virus s'est propagé au-delà de son foyer initial, en dépit des mesures énergiques mises en place depuis 2003 en Asie.

En effet, l'ennemi est difficile à contenir. Selon l'OMS et l'OIE, il serait même «impossible d'endiguer la grippe aviaire dans les populations d'oiseaux sauvages, et cela ne devrait pas être tenté». Ce qui n'empêche pas leurs scientifiques respectifs de suivre la propagation et l'évolution des virus H5N1 chez les oiseaux et de comparer rapidement les résultats avec les virus déjà caractérisés afin d'évaluer le risque de déclenchement d'une pandémie.

L'agitation de l'OMS est d'autant plus vive aujourd'hui que, déjà, le virus H5N1 a montré sa capacité à franchir la barrière des espèces pour infecter l'être humain, chez qui la maladie a un fort taux de fatalité. Jusqu'à maintenant, 61 personnes sont mortes des suites de cette grippe.

À ce jour, le Cambodge, la Chine, la Corée, Hongkong, l'Indonésie, le Kazakhstan, le Laos, la Malaysia, la Mongolie, les Philippines, la Russie, Taipeh, la Thaïlande et le Vietnam ont été touchés par l'influenza aviaire de type H5, souligne par ailleurs l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE).

Avec l'Agence France-Presse et Reuters






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