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Les Canadiens se desserrent la ceinture

Fabien Deglise   7 juillet 2005  Santé
Qu’il s’agisse des enfants, des adolescents ou des adultes, les Canadiens prennent du poids, moins que les Américains, mais tout de même trop.
Photo : Jacques Nadeau
Qu’il s’agisse des enfants, des adolescents ou des adultes, les Canadiens prennent du poids, moins que les Américains, mais tout de même trop.
La tendance se confirme. En près d'un quart de siècle, les cas d'obésité ont presque triplé chez les enfants et les adolescents de 2 à 17 ans au Canada. Sous la pression des mauvaises habitudes alimentaires, de la sédentarité et de la pauvreté, la maladie poursuit également son avancée remarquable ailleurs dans toutes les strates de la société, et ce dans tous les coins du pays, selon une rare analyse fondée sur la mesure réelle de l'obésité et de l'embonpoint rendue publique hier par Statistique Canada.

Les spécialistes des chiffres sont catégoriques: entre 1978 et 2004, le taux d'obésité a augmenté dans la population adulte, passant de 14 % à 23 % (5,5 millions de Canadiens). Jumelés aux 8,6 millions de personnes vivant avec de l'embonpoint, près de 60 % des Canadiens doivent désormais composer avec ces deux fléaux qui rythment désormais le développement des sociétés industrialisées comme celles en train de le devenir.

Ces nouveaux résultats obtenus dans le cadre de l'Enquête sur la santé des collectivités canadiennes viennent par ailleurs quantifier le phénomène de l'obésité chez les enfants qui, comme le veut la perception générale, va lui aussi en grandissant. En 25 ans, ce taux est en effet passé de 3 à 8 % chez les enfants et les adolescents. Chez les 12-17 ans, il a même triplé durant cette même période de temps pour atteindre 9 % en 2004. Le taux combiné d'obésité et d'embonpoint est, lui, de 29 % pour cette tranche d'âge, soit 15 points de pourcentage de plus qu'en 1978.

«Cette hausse observée chez les adolescents est particulièrement préoccupante, écrit d'ailleurs Statistique Canada dans son étude, parce que l'embonpoint et l'obésité à l'adolescence persistent souvent à l'âge adulte.»

Rappelons que l'obésité s'aborde d'un point de vue statistique par l'entremise de l'indice de masse corporelle (IMC), que l'on calcule en divisant le poids exprimé en kilo par le carré de la taille en mètre. Chez les adultes, un IMC égal ou supérieur à 25 témoigne de l'embonpoint. Au-delà de 30, c'est d'obésité qu'il est question. Ces traits de caractère physique, de plus en plus généralisés dans notre société, sont associés depuis belle lurette à tout un éventail de maladies: maladies cardiovasculaires, diabète, etc.

«Ces données étaient attendues avec impatience, a commenté hier Paul Boisvert, de la chaire de recherche sur l'obésité de l'Université Laval. Le portrait dressé par Statistique Canada repose sur des mesures directes de la taille et du poids des répondants. Par le passé, les études que nous avions faisaient plutôt appel à des données autodéclarées»... avec un corollaire difficile à éviter: une sous-estimation générale de la prévalence de l'obésité et de l'embonpoint.

Toisées et pesées entre janvier et décembre 2004, les 35 000 personnes rencontrées par l'agence fédérale viennent donc apporter un éclairage nouveau sur le phénomène en pleine croissance. Une course au gras dans laquelle le Canada n'a pas encore rattrapé les États-Unis, selon cette étude, où 30 % de la population adulte est considérée comme obèse. En avance de sept points de pourcentage sur le Canada.

Par ailleurs, d'un océan à l'autre, l'obésité ne semble pas frapper la population de manière homogène, selon les données de l'agence fédérale. Si les provinces maritimes mais aussi le Manitoba et la Saskatchewan se placent au-dessus de la moyenne nationale, le Québec et la Colombie-Britannique, eux, s'illustrent pour un taux général d'obésité se situant en dessous. «Et ce n'est pas parce qu'on fait plus d'activités physiques ici, dit M. Boisvert. La sédentarité au Québec est pire qu'ailleurs au Canada. L'explication se trouve peut-être dans une meilleure alimentation et une plus grande consommation de fruits et légumes.»

Selon Statistique Canada, ce régime alimentaire est effectivement lié à une baisse de l'obésité dans plusieurs franges de la population. À l'opposé, trop de temps passé devant la télévision (à regarder Virginie ou à jouer) mais aussi un revenu familial faible représentent des facteurs qui expliquent la croissance de ce phénomène qui semble difficile socialement à contenir.






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