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Lutte contre l'obésité - Les industriels de la bouffe font partie de la solution, dit l'OMS

Une autre voix condamne toutefois certaines associations contre-nature

Fabien Deglise   1 juin 2005  Santé
Alors que l'obésité semble en voie de remplacer le tabagisme comme ennemi n° 1 de la santé publique dans les pays développés et désormais dans les pays en développement, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a réitéré hier l'importance d'une lutte intégrée pour mettre un terme à ce fléau. Une guerre à laquelle l'industrie agroalimentaire doit désormais prendre part, «dans son intérêt et celui de ses consommateurs», a commenté Jong-wook Lee, directeur général de l'organisme, de passage à Montréal.

«Dans la lutte contre l'obésité, ce serait une erreur [pour l'OMS] de construire une forteresse pour se battre contre l'industrie», a-t-il expliqué au Devoir en marge du Forum économique international des Amériques, qui se déroule cette semaine dans un hôtel de la métropole. «Nous n'avons jamais senti le besoin d'écouter l'industrie du tabac [en raison de la nocivité démontrée du produit]. Mais pour l'alimentation, les choses sont différentes. L'industrie fait partie du problème mais aussi de la solution.»

Selon lui, le dialogue avec les fabricants de malbouffe est plus que nécessaire afin de trouver ensemble des façons de produire des aliments meilleurs pour la santé. «L'industrie s'intéresse d'ailleurs à ce dossier, a poursuivi M. Lee. Et c'est très bien.»

Les intérêts de ce secteur de l'économie face à l'obésité et à l'embonpoint qui affecte près de 1,5 milliard de personnes de par le monde sont toutefois loin d'être toujours profitables, estime pour sa part Marion Nestle, du département de nutrition et d'étude des aliments de l'université de New York. Surtout lorsque vient le temps de repenser un guide alimentaire, a-t-elle souligné lors d'une conférence sur l'influence des multinationales dans les politiques alimentaires américaines.

«Dans ce contexte, la transparence est nécessaire, a-t-elle plaidé. Le Canada [qui travaille actuellement à une révision de son guide alimentaire] devrait d'ailleurs saisir l'occasion de créer un guide indépendant de l'industrie.»

Évoquant la nouvelle pyramide nutritionnelle américaine (le guide alimentaire des États-Uniens) qui, selon elle, parle plus d'activité physique que de nourriture à cause des pressions de l'industrie, Mme Nestle, devenue la pasionaria de l'antimalbouffe, estime qu'un guide devrait davantage s'inscrire contre les environnements obésogènes plutôt que de composer avec eux. Ce document doit être conçu pour «la santé publique plutôt que pour l'industrie agroalimentaire», a-t-elle expliqué.

N'empêche, la collaboration ne devrait pas toujours être à proscrire. Surtout pour renverser la tendance actuelle qui fait en sorte que le prix des aliments ayant une valeur nutritionnelle recommandée pour la santé est généralement plus élevé que celui des produits contenant des calories vides, a dénoncé Catherine Le Galès-Camus, spécialiste de l'obésité à l'OMS. «C'est un domaine [la fixation des prix] où les gouvernements peuvent agir, a-t-elle indiqué au Devoir. En modifiant les politiques agricoles par exemple, les États pourraient s'assurer que les produits sains soient accessibles à tous, et ce, à des prix abordables», acculant du même coup les aliments trop sucrés, trop salés ou trop gras — qui dominent actuellement le marché — à la marginalité, souhaitent en choeur les pourfendeurs de la surcharge pondérale.
 
 
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