Santé - La fête du pissenlit
28 mai 2005
Santé
Il a mauvaise réputation auprès des amateurs de pelouse. Le pissenlit, avant de nous montrer son bouton jaune, a pourtant des vertus digestives éprouvées pour qui sait cueillir sa racine, à l'automne, ou ses feuilles, au printemps, avant que n'apparaisse la fleur. Il devient cette année l'emblème de la Journée de la plante, que célèbre demain la Guilde des herboristes.
Une guilde n'est pas un ordre professionnel, c'est plutôt une association qui défend les intérêts communs à ses membres. La Guide des herboristes (www.guildedesherboristes.org) compte 300 membres, dont une cinquantaine d'herboristeries réparties un peu partout sur notre vaste territoire québécois. C'est quand même étonnant de se dire qu'à Ham-Nord, Val-David, Cap-Saint-Ignace ou Eastman, il y a des boutiques où on peut se procurer des herbes pour soigner nos malaises... Les herboristes qui s'inscrivent ainsi dans l'économie locale ont en général une toute petite entreprise avec deux ou trois employées qui cultivent et transforment une trentaine ou une quarantaine de plantes.
Elles disent qu'elles pratiquent l'herboristerie traditionnelle. Qu'est-ce? Sarah-Maria LeBlanc, qui parle au nom de la guilde, m'explique: «L'herboristerie traditionnelle se définit par l'utilisation de solvants nobles — vinaigre, alcool, miel — par opposition à des solvants dérivés, composés ou artificiels. Nous utilisons des méthodes simples d'extraction des plantes, c'est-à-dire sans mécanisation, et nous utilisons des plantes facilement accessibles.» D'où le choix du pissenlit pour cette première journée de la plante médicinale.
La guilde, qui aimerait que nous nous préparions une salade en allant chercher les pissenlits dans notre jardin, veut partager avec nous les qualités de cette herbe qui, entre autres choses, aide le travail du foie, régularise la glycémie, équilibre les surrénales et nettoie les reins! Évidemment, si vous avez déjà arrosé de pesticides le pauvre carré de verdure placé sous votre autorité, n'allez pas cuisiner un ragoût de racines de pissenlit: vous risqueriez de vous intoxiquer! Allez plutôt faire un tour à Coaticook, où on vous offrira... du vin de pissenlit!
Les soins par les herbes existent depuis la nuit des temps. Ils ont mené des femmes sur les bûchers du pouvoir catholique et ont trouvé refuge dans la clandestinité pour renaître périodiquement. Depuis dix ans, au Québec, les passionnées des plantes ont entrepris de s'autodiscipliner. Elles organisent des visites de leurs jardins tout l'été ainsi que des rencontres ouvertes au public les 4 et 5 juin, au cégep de Maisonneuve, des conférences sur divers sujets allant du traitement des inflammations aux soins cosmétiques par les plantes. Pour la première fois, donc, la guilde qui les regroupe propose une journée de la plante médicinale. Pourquoi? «Nous voulons nous faire connaître et faire évoluer l'herboristerie dans notre monde contemporain tout en restant ancrées dans des valeurs qui nous sont propres», me dit Mme LeBlanc. Je lui demande: quelles valeurs? Elle répond: «Il s'agit de voir les plantes comme des alliées, de reconnaître que la plante est un tout qui agit à tous les niveaux de notre être.»
Cette journée de la plante médicinale vise aussi à nous sensibiliser. Le contexte politique est celui d'une réglementation des produits naturels, et les nouvelles exigences de Santé Canada font peur aux herboristes. Tout n'est pas connu, mais elles savent qu'elles n'y couperont pas. Les herboristeries devront se professionnaliser, intégrer le système de gré ou de force pour survivre, et, parfois, rien que l'idée d'avoir à demander un permis quand on a longtemps été ignoré, sans soutien des gouvernements qui demandent maintenant des comptes, c'est difficile à avaler.
Les herboristes dont il est ici question sont des artisanes et non des commerçantes. Elles pourraient presque se donner des appellations du terroir: si la verveine que je bois est bonne pour me calmer les nerfs, la tomate est bonne pour votre prostate, et on ne la met pas dans les médicaments ou les produits naturels, non?
L'autre aspect, bien entendu, est celui de la transformation. Si vous avez une décoction, déjà, ça voudra dire que les herboristes devront fournir une monographie de la plante et faire analyser les proportions des ingrédients... N'est-il pas légitime que Santé Canada s'intéresse à ce qui est vendu? L'organisme protège ma santé, comme chacun sait. Mais pourquoi vouloir limiter le champ de pratique pour certaines plantes? Tut tut, mauvaise pensée, qui associe au gouvernement les lobbys des grandes entreprises qui ne veulent pas céder devant ce petit marché en expansion.
C'est bien pire, à mon sens: Santé Canada doit comprendre qu'il a la mentalité des industries pharmaceutiques, cette idéologie qui trouve logique de considérer que les produits naturels gênent l'efficacité des «vrais» médicaments — ce sont les produits naturels qui sont associés aux contre-indications, pas l'inverse! Si on se mettait plutôt à parler d'interactions, déjà...
Sarah-Maria LeBlanc me dit: «Les monographies que fournit Santé Canada sont parfois erronées, les contre-indications n'ayant pas lieu d'être alors que d'autres interactions connues ne sont pas indiquées... » On comprend ici que les herboristes veulent être prises au sérieux et entendues, elles qui se sont donné un comité scientifique et qui font maintenant de la formation continue.
Peut-être aimez-vous les plantes médicinales? Dans ce cas, vous voulez faire confiance à la personne qui, en vous vendant une teinture-mère, vous indique comment vous en servir. La Guilde des herboristes peut vous aider: (514) 990-7168. Et si, demain, vous trouvez un pissenlit, décorez-en vos cheveux ou votre boutonnière, ce sera dans l'esprit de la fête!
***
Reçu
Le Guide complet des pesticides à faible impact, Micheline Lévesque, Éditions Isabelle Quentin. Un excellent ouvrage illustré qui indique les méthodes de contrôle écologique.
vallieca@hotmail.com
Une guilde n'est pas un ordre professionnel, c'est plutôt une association qui défend les intérêts communs à ses membres. La Guide des herboristes (www.guildedesherboristes.org) compte 300 membres, dont une cinquantaine d'herboristeries réparties un peu partout sur notre vaste territoire québécois. C'est quand même étonnant de se dire qu'à Ham-Nord, Val-David, Cap-Saint-Ignace ou Eastman, il y a des boutiques où on peut se procurer des herbes pour soigner nos malaises... Les herboristes qui s'inscrivent ainsi dans l'économie locale ont en général une toute petite entreprise avec deux ou trois employées qui cultivent et transforment une trentaine ou une quarantaine de plantes.
Elles disent qu'elles pratiquent l'herboristerie traditionnelle. Qu'est-ce? Sarah-Maria LeBlanc, qui parle au nom de la guilde, m'explique: «L'herboristerie traditionnelle se définit par l'utilisation de solvants nobles — vinaigre, alcool, miel — par opposition à des solvants dérivés, composés ou artificiels. Nous utilisons des méthodes simples d'extraction des plantes, c'est-à-dire sans mécanisation, et nous utilisons des plantes facilement accessibles.» D'où le choix du pissenlit pour cette première journée de la plante médicinale.
La guilde, qui aimerait que nous nous préparions une salade en allant chercher les pissenlits dans notre jardin, veut partager avec nous les qualités de cette herbe qui, entre autres choses, aide le travail du foie, régularise la glycémie, équilibre les surrénales et nettoie les reins! Évidemment, si vous avez déjà arrosé de pesticides le pauvre carré de verdure placé sous votre autorité, n'allez pas cuisiner un ragoût de racines de pissenlit: vous risqueriez de vous intoxiquer! Allez plutôt faire un tour à Coaticook, où on vous offrira... du vin de pissenlit!
Les soins par les herbes existent depuis la nuit des temps. Ils ont mené des femmes sur les bûchers du pouvoir catholique et ont trouvé refuge dans la clandestinité pour renaître périodiquement. Depuis dix ans, au Québec, les passionnées des plantes ont entrepris de s'autodiscipliner. Elles organisent des visites de leurs jardins tout l'été ainsi que des rencontres ouvertes au public les 4 et 5 juin, au cégep de Maisonneuve, des conférences sur divers sujets allant du traitement des inflammations aux soins cosmétiques par les plantes. Pour la première fois, donc, la guilde qui les regroupe propose une journée de la plante médicinale. Pourquoi? «Nous voulons nous faire connaître et faire évoluer l'herboristerie dans notre monde contemporain tout en restant ancrées dans des valeurs qui nous sont propres», me dit Mme LeBlanc. Je lui demande: quelles valeurs? Elle répond: «Il s'agit de voir les plantes comme des alliées, de reconnaître que la plante est un tout qui agit à tous les niveaux de notre être.»
Cette journée de la plante médicinale vise aussi à nous sensibiliser. Le contexte politique est celui d'une réglementation des produits naturels, et les nouvelles exigences de Santé Canada font peur aux herboristes. Tout n'est pas connu, mais elles savent qu'elles n'y couperont pas. Les herboristeries devront se professionnaliser, intégrer le système de gré ou de force pour survivre, et, parfois, rien que l'idée d'avoir à demander un permis quand on a longtemps été ignoré, sans soutien des gouvernements qui demandent maintenant des comptes, c'est difficile à avaler.
Les herboristes dont il est ici question sont des artisanes et non des commerçantes. Elles pourraient presque se donner des appellations du terroir: si la verveine que je bois est bonne pour me calmer les nerfs, la tomate est bonne pour votre prostate, et on ne la met pas dans les médicaments ou les produits naturels, non?
L'autre aspect, bien entendu, est celui de la transformation. Si vous avez une décoction, déjà, ça voudra dire que les herboristes devront fournir une monographie de la plante et faire analyser les proportions des ingrédients... N'est-il pas légitime que Santé Canada s'intéresse à ce qui est vendu? L'organisme protège ma santé, comme chacun sait. Mais pourquoi vouloir limiter le champ de pratique pour certaines plantes? Tut tut, mauvaise pensée, qui associe au gouvernement les lobbys des grandes entreprises qui ne veulent pas céder devant ce petit marché en expansion.
C'est bien pire, à mon sens: Santé Canada doit comprendre qu'il a la mentalité des industries pharmaceutiques, cette idéologie qui trouve logique de considérer que les produits naturels gênent l'efficacité des «vrais» médicaments — ce sont les produits naturels qui sont associés aux contre-indications, pas l'inverse! Si on se mettait plutôt à parler d'interactions, déjà...
Sarah-Maria LeBlanc me dit: «Les monographies que fournit Santé Canada sont parfois erronées, les contre-indications n'ayant pas lieu d'être alors que d'autres interactions connues ne sont pas indiquées... » On comprend ici que les herboristes veulent être prises au sérieux et entendues, elles qui se sont donné un comité scientifique et qui font maintenant de la formation continue.
Peut-être aimez-vous les plantes médicinales? Dans ce cas, vous voulez faire confiance à la personne qui, en vous vendant une teinture-mère, vous indique comment vous en servir. La Guilde des herboristes peut vous aider: (514) 990-7168. Et si, demain, vous trouvez un pissenlit, décorez-en vos cheveux ou votre boutonnière, ce sera dans l'esprit de la fête!
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Le Guide complet des pesticides à faible impact, Micheline Lévesque, Éditions Isabelle Quentin. Un excellent ouvrage illustré qui indique les méthodes de contrôle écologique.
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