Santé et services sociaux - La mission sociale de l'État québécois est en perte de vitesse
Les travailleurs sociaux lancent un cri d'alarme
Alors que le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, en a plein les bras avec les travaux du futur CHUM et les efforts de réduction des délais d'attente dans les hôpitaux, l'amélioration de l'accès aux services sociaux est reléguée à l'arrière-plan. Après avoir analysé l'ensemble des projets de loi et les orientations politiques du gouvernement du Québec depuis l'automne 2004, l'Ordre professionnel des travailleurs sociaux du Québec constate que la mission sociale de l'État québécois est en perte de vitesse, accentuant ainsi la pression sur le système de santé.
Il y a un déséquilibre alarmant entre les deux fonctions du ministère de la Santé et des Services sociaux, remarque le président de l'Ordre professionnel des travailleurs sociaux du Québec (OPTSQ), Claude Leblond. «Ce constat est lourd de conséquences puisque la situation de vulnérabilité dans laquelle se retrouvent des dizaines de milliers de Québécois risque de se détériorer. De plus, lorsque l'accès aux services sociaux est problématique, les gens risquent de se retrouver davantage en situation de détresse et de requérir des soins de santé à moyen terme», explique-t-il.
Des politiques insatisfaisantes
L'OPTSQ croit que le recul de l'État, tant au niveau de la défense des droits sociaux et économiques qu'au chapitre de la promotion de la justice sociale, est le fil conducteur des principales politiques élaborées par le gouvernement actuel. Le projet de loi 57 concernant l'aide aux personnes et aux familles en est un bon exemple. «Il n'assure même pas aux prestataires de l'aide sociale un niveau de vie décent, comme le stipule la Charte québécoise des droits et libertés de la personne. Avec 533 $ par mois, qui peut couvrir ses besoins essentiels de logement, de nourriture, de vêtements et de médicaments?», s'interroge M. Leblond.
La politique du médicament élaborée par Philippe Couillard est également décevante pour l'OPTSQ puisque, lors de la dernière campagne électorale, le Parti libéral du Québec s'était engagé à rétablir la gratuité des médicaments prescrits pour les personnes âgées recevant le supplément de revenu garanti et pour les personnes assistées sociales. Le document de consultation publique présenté en décembre dernier propose comme promis la gratuité des médicaments pour les aînés, mais il remet à plus tard le cas des prestataires de l'aide sociale, dénonce le président de l'OPTSQ, un organisme comprenant près de 6000 membres, incluant les thérapeutes familiaux et conjugaux.
«Finalement, une famille bénéficiaire de l'aide sociale se retrouve à devoir faire des choix inhumains comme acheter des antibiotiques pour le bébé ou de la nourriture. La pauvreté est un déterminant social majeur de la santé. En n'assurant pas la gratuité des médicaments prescrits aux personnes assistées sociales, on ne fait qu'aggraver leur situation puisque plus elles sont pauvres, plus elles sont malades, et plus elles sont malades, plus elles sont pauvres! C'est un cercle vicieux», affirme M. Leblond.
Prévenir ou guérir
Le projet de loi 83 modifiant la Loi sur la santé et les services sociaux est également problématique pour l'OPTSQ puisque l'aspect médical semble y occuper tout l'espace, au détriment du social. «Devant la Commission des affaires sociales chargée d'étudier le projet de loi, nous avons demandé au ministre Philippe Couillard d'améliorer le système des services sociaux comme il améliore celui des soins de santé. Selon nous, négliger le social dans une perspective de santé nationale, c'est se résigner à faire seulement la moitié du travail», déplore M. Leblond.
L'OPTSQ a donc suggéré entre autres que la présence d'un représentant du domaine social soit assurée dans les conseils d'administration des établissements publics de santé, que le réseau de services communautaires et les organismes privés se dotent d'un code d'éthique comme le feront les établissements publics, et qu'un conseil des travailleurs sociaux soit mis sur pied pour assurer la qualité et la quantité des services.
La tendance à négliger les services sociaux au profit des soins médicaux se retrouve aussi dans le Plan d'action en santé mentale 2005-08. «Il traite de la médication et de l'organisation des soins. Il parle peu de la prévention, du soutien aux familles et de la réadaptation sociale, alors que ce sont des volets très importants se rattachant à la santé mentale», affirme M. Leblond.
Finalement, le président de l'OPTSQ dénonce le Plan d'action 2005-10 concernant les services aux aînés en perte d'autonomie. «On y retrouve la même problématique. Le plan prévoit un programme de détection rapide de l'hypertension artérielle, ce qui est très bien, mais il n'inclut pas de programme de prévention de la surconsommation de médicaments ou de la violence conjugale.»
Investir pour le bien de tous
Les urgences bondées font beaucoup plus souvent les manchettes que la longue liste d'attente pour rencontrer un travailleur social à la Direction de la protection de la jeunesse. «Le volet social est beaucoup moins frappant que le médical, mais pourtant, ils sont liés. Plus nous investirons dans la prévention de la délinquance et dans les services de soutien aux jeunes et à leurs familles, plus les jeunes auront la chance de s'en sortir. Ainsi, nous en retrouverons moins à l'urgence pour consommation de drogue ou tentative de suicide», croit M. Leblond.
Il garde donc espoir que le prochain plan d'action du gouvernement pour les jeunes en grande détresse soit centré sur les services sociaux.
En demandant des investissements massifs et continus dans le travail social, le président de l'OPTSQ souhaite que l'équilibre soit rétabli dans le système de santé québécois. «Les établissements doivent avoir les moyens d'offrir des services sociaux appropriés et la population doit être consciente de l'impact direct que ces investissements auront sur le système de santé et, plus important encore, sur la vie citoyenne», conclut-il.
Il y a un déséquilibre alarmant entre les deux fonctions du ministère de la Santé et des Services sociaux, remarque le président de l'Ordre professionnel des travailleurs sociaux du Québec (OPTSQ), Claude Leblond. «Ce constat est lourd de conséquences puisque la situation de vulnérabilité dans laquelle se retrouvent des dizaines de milliers de Québécois risque de se détériorer. De plus, lorsque l'accès aux services sociaux est problématique, les gens risquent de se retrouver davantage en situation de détresse et de requérir des soins de santé à moyen terme», explique-t-il.
Des politiques insatisfaisantes
L'OPTSQ croit que le recul de l'État, tant au niveau de la défense des droits sociaux et économiques qu'au chapitre de la promotion de la justice sociale, est le fil conducteur des principales politiques élaborées par le gouvernement actuel. Le projet de loi 57 concernant l'aide aux personnes et aux familles en est un bon exemple. «Il n'assure même pas aux prestataires de l'aide sociale un niveau de vie décent, comme le stipule la Charte québécoise des droits et libertés de la personne. Avec 533 $ par mois, qui peut couvrir ses besoins essentiels de logement, de nourriture, de vêtements et de médicaments?», s'interroge M. Leblond.
La politique du médicament élaborée par Philippe Couillard est également décevante pour l'OPTSQ puisque, lors de la dernière campagne électorale, le Parti libéral du Québec s'était engagé à rétablir la gratuité des médicaments prescrits pour les personnes âgées recevant le supplément de revenu garanti et pour les personnes assistées sociales. Le document de consultation publique présenté en décembre dernier propose comme promis la gratuité des médicaments pour les aînés, mais il remet à plus tard le cas des prestataires de l'aide sociale, dénonce le président de l'OPTSQ, un organisme comprenant près de 6000 membres, incluant les thérapeutes familiaux et conjugaux.
«Finalement, une famille bénéficiaire de l'aide sociale se retrouve à devoir faire des choix inhumains comme acheter des antibiotiques pour le bébé ou de la nourriture. La pauvreté est un déterminant social majeur de la santé. En n'assurant pas la gratuité des médicaments prescrits aux personnes assistées sociales, on ne fait qu'aggraver leur situation puisque plus elles sont pauvres, plus elles sont malades, et plus elles sont malades, plus elles sont pauvres! C'est un cercle vicieux», affirme M. Leblond.
Prévenir ou guérir
Le projet de loi 83 modifiant la Loi sur la santé et les services sociaux est également problématique pour l'OPTSQ puisque l'aspect médical semble y occuper tout l'espace, au détriment du social. «Devant la Commission des affaires sociales chargée d'étudier le projet de loi, nous avons demandé au ministre Philippe Couillard d'améliorer le système des services sociaux comme il améliore celui des soins de santé. Selon nous, négliger le social dans une perspective de santé nationale, c'est se résigner à faire seulement la moitié du travail», déplore M. Leblond.
L'OPTSQ a donc suggéré entre autres que la présence d'un représentant du domaine social soit assurée dans les conseils d'administration des établissements publics de santé, que le réseau de services communautaires et les organismes privés se dotent d'un code d'éthique comme le feront les établissements publics, et qu'un conseil des travailleurs sociaux soit mis sur pied pour assurer la qualité et la quantité des services.
La tendance à négliger les services sociaux au profit des soins médicaux se retrouve aussi dans le Plan d'action en santé mentale 2005-08. «Il traite de la médication et de l'organisation des soins. Il parle peu de la prévention, du soutien aux familles et de la réadaptation sociale, alors que ce sont des volets très importants se rattachant à la santé mentale», affirme M. Leblond.
Finalement, le président de l'OPTSQ dénonce le Plan d'action 2005-10 concernant les services aux aînés en perte d'autonomie. «On y retrouve la même problématique. Le plan prévoit un programme de détection rapide de l'hypertension artérielle, ce qui est très bien, mais il n'inclut pas de programme de prévention de la surconsommation de médicaments ou de la violence conjugale.»
Investir pour le bien de tous
Les urgences bondées font beaucoup plus souvent les manchettes que la longue liste d'attente pour rencontrer un travailleur social à la Direction de la protection de la jeunesse. «Le volet social est beaucoup moins frappant que le médical, mais pourtant, ils sont liés. Plus nous investirons dans la prévention de la délinquance et dans les services de soutien aux jeunes et à leurs familles, plus les jeunes auront la chance de s'en sortir. Ainsi, nous en retrouverons moins à l'urgence pour consommation de drogue ou tentative de suicide», croit M. Leblond.
Il garde donc espoir que le prochain plan d'action du gouvernement pour les jeunes en grande détresse soit centré sur les services sociaux.
En demandant des investissements massifs et continus dans le travail social, le président de l'OPTSQ souhaite que l'équilibre soit rétabli dans le système de santé québécois. «Les établissements doivent avoir les moyens d'offrir des services sociaux appropriés et la population doit être consciente de l'impact direct que ces investissements auront sur le système de santé et, plus important encore, sur la vie citoyenne», conclut-il.
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