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La souche québécoise du C. difficile est 20 fois plus toxique que d'autres

La découverte du Center for Disease Control d'Atlanta a été faite à partir d'échantillons prélevés sur des patients de Sherbrooke

11 avril 2005  Santé
Toronto — La souche à l'origine de l'épidémie mortelle de Clostridium difficile (C. difficile) qui a frappé certains hôpitaux au Québec générerait 20 fois plus de toxines que plusieurs autres souches de cette bactérie, selon les conclusions des scientifiques américains et canadiens qui seront révélées aujourd'hui à l'occasion d'un congrès d'épidémiologistes.

À partir d'échantillons prélevés sur des patients de Sherbrooke, les chercheurs du U.S. Center for Disease Control d'Atlanta ont découvert le terrifiant potentiel de production de toxines de la souche de C. difficile qui aurait causé plus de 200 morts au Québec au cours des dernières années.

Les auteurs de l'étude précisent toutefois qu'ils n'ont pas prouvé que l'hypervirulence de la souche était reliée à l'augmentation de la production de toxines. Mais ils estiment que ce dernier facteur influe sur le grand nombre de cas de maladies graves associées à cette souche particulière de C. difficile. «Je n'ai aucune donnée qui prouve cette hypothèse, a expliqué l'auteur principal de l'étude, le Dr Michel Warny, un des directeurs d'une firme de biotechnologie, Acambis Inc., de Cambridge (Massachusetts). Toutefois, il est très significatif que cette souche produise 20 fois plus de toxines que la plupart des autres souches.»

«Oui, les toxines sont très hautes», a ajouté le coauteur, le Dr Jacques Pepin, spécialiste des maladies infectieuses au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS). Le CHUS a été un des établissements les plus durement frappés par l'épidémie.

«Je pense que le laboratoire confirme en quelque sorte ce que nous avons pu voir dans les salles.»

L'étude sera présentée à l'assemblée annuelle de la Society for Healthcare Epidemiology of America, à Los Angeles.

Seul le Québec est touché

La bactérie Clostridium difficile peut se loger dans le colon sans causer de problèmes. Cependant, si les porteurs ingèrent certains types d'antibiotiques, alors l'équilibre bactériel intestinal peut être rompu et favoriser la progression du C. difficile.

De même, les personnes admises à l'hôpital et traitées aux antibiotiques sont susceptibles d'être infectées au contact de la spore du C. difficile et de développer une diarrhée grave et récurrente, plutôt ardue à soigner. Cela peut entraîner une inflammation ou une détérioration du colon et la mort, dans les pires cas.

Pas moins de 82 % des isolats envoyés par le Dr Pepin au Centers for Disease Control étaient identiques à une autre souche qui a migré à travers l'Amérique du Nord en 2001, frappant dans sept hôpitaux américains et à Montréal. On l'a aussi relevé dans au moins un établissement torontois. Il semblerait que la mutation du gène ne serait pas responsable, car les mutations d'autres souches n'ont pas résulté en autant de toxines.

Puisque seul le Québec a été touché, des facteurs autres que la configuration moléculaire pourraient être en cause, notamment les pratiques d'ordonnance d'antibiotiques, a expliqué le Dr Scott Weese, vétérinaire qui étudie les cas humains et animaux de C. difficile au Collège vétérinaire de l'Ontario, à Guelph.

Traitements coûteux

Les traitements contre les maladies associées à la bactérie sont limités et coûteux, mais Acambis amorcera bientôt un test de vaccin contre le C. difficile.

À Sherbrooke, les médecins ont réduit de façon importante l'usage de certains antibiotiques associés aux infections de C. difficile. Entre 33 et 50 % de cas de moins ont été rapportés l'hiver dernier dans cet hôpital.
 
 
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