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Santé: Un médecin subversif

26 mars 2005  Santé
Il revient faire son tour. On l'aura peut-être attrapé par hasard: il a donné beaucoup d'entrevues tout au long de la semaine. Daniel Dufour a du succès au Québec. Il a la paix en Suisse, ai-je compris, où, après des procès qui ont traîné pendant six ans, et qu'il a gagnés, il peut continuer à exercer sa médecine comme bon lui semble.

Et que lui semble-t-il bon de pratiquer, à ce docteur pas comme les autres? Que nous sommes les seuls capables de nous guérir. Les seuls, vous entendez? Le médecin ne guide pas, ne soigne pas, il accompagne. «Toute la démarche médicale est bien gentille, mais on est dans les recettes de cuisine et on oublie tous un truc parce que c'est vachement compliqué: c'est qu'on est pure énergie», me dit le médecin suisse, qui ajoute ceci: «Quand on dit "énergie", on dit rien et tout. Mais au moins, on reconnaît qu'on est en changement perpétuel, alors que la médecine considère qu'on est figés.»

Le Dr Dufour a un ennemi personnel: le mental. Et le frère du mental, son jumeau non identique, c'est la peur. Celle qui n'est pas une émotion mais une création de ce mental. Il faut qu'on en parle un moment, permettez.

Le mental est ce discours qu'on se tient, tous les mots destructeurs qu'on se répète pour se faire peur. Comment la peur peut-elle ne pas être une émotion?, ai-je demandé, intriguée. Il me répond: «Quand on est dans une circonstance où on doit se défendre d'une agression, on n'a pas peur. Tout est très clair, on se défend. C'est par la suite que le mental intervient: on se crée des scénarios qui font peur. On se raconte des histoires avant un événement ou après, mais pendant, on sauve sa peau.» C'est la censure émotionnelle puis le refoulement qui s'ensuit qui créent la peur. Celui qui vous dit ça sait de quoi il parle: à Genève, un type est venu lui casser la gueule parce qu'il le tenait responsable de son divorce!

Faire taire le mental est tout un contrat. Et c'est le défi de la méditation. Ceux qui méditent peuvent vous expliquer ça longuement. Que le mental soit destructeur, on n'a pas besoin de nous en convaincre: il inhibe l'action, il trouble les relations, il nous fait errer tant et tant. On donne le mauvais rôle aux autres ou à soi-même; tous les scénarios sont possibles. Le résultat est toujours désastreux, déconnecté de la réalité.

«Le mental vous amène dans le futur ou le passé, il vous coupe de vous-même. Ça crée immédiatement une tension dans votre corps», me dit Daniel Dufour. On comprend ici qu'on ne parle pas de visualisation ou d'affirmations positives. C'est lorsqu'on laisse la bride sur le cou au mental que... hi ha! Et c'est parti pour une cavalcade d'enfer!

Par quoi remplace-t-on le mental? Mais par les émotions, c'est tout simple! Ressentons nos émotions et nous serons en santé. En effet, il faut bien revenir à la santé, docteur. Vous êtes là à nous parler d'émotions, de mental, d'abandon et de violence, tous liés à nos diverses maladies... mais n'est-ce pas là le terrain des psychologues, psychiatres et autres psychanalystes?

C'est ici que le doux docteur devient féroce: «Déjà, la formation des psys est hautement rigolote. Il n'y a rien de scientifique ni de prouvé dans ce qu'ils avancent. Je les déteste: ce sont les normalisateurs des émotions déréglées, des flics! C'est la seule secte qui a pavillon sur rue.» Je n'étais pas tellement d'accord, imaginez... Il en remet: «Ces personnes arrivent à faire comprendre à leurs patients pourquoi ils ne vont pas bien. Et puis, on fait quoi? J'ai dans ma clientèle des gens qui ont fait 15 ans de psychiatrie, ils ont leur boîte de médicaments et savent très bien pourquoi ils ne vont pas bien. Mais comment feront-ils pour aller mieux?»

Ah! je vous assure, autant parler d'émotions et de santé est tendance, autant il est de bon ton de tuer symboliquement les psys. Soit par ignorance, soit par utilisation à outrance (la thérapie comme une béquille pour éviter de changer, les antidépresseurs pendant 15 ans pour faire taire les émotions)... Voici qu'on jette le bébé avec l'eau du bain. Bien sûr, on peut s'enivrer de pourquoi et se couper du ressenti. Et ce contact avec les émotions, pour le Dr Dufour, c'est la clé qui ouvre une brèche vers le retour à la santé.

Je dis: «Mais alors, qui va me soigner?» «Vous, me répond-il. Tant que la médecine dira aux gens "j'ai la réponse", elle sera dans le pouvoir. Quelqu'un qui est malade est en train de se trahir. L'important, c'est de ramener la confiance en lui.» La démarche du Dr Dufour est racontée dans ses deux livres: celui qui l'amène ici cette semaine, Les Barrages inutiles, et le précédent, Les Tremblements intérieurs, tous deux aux Éditions de l'Homme. Il y raconte aussi des histoires de gens et comment il les accompagne, justement.

Je dis: «Entre-t-on dans le règne de l'émotion?» «C'est très important, les émotions, me dit le Dr Dufour, mais ce qui domine le tout, c'est l'amour. C'est au-dessus de tout et c'est transcendantal. C'est la chose la plus simple au monde et on en a fait quelque chose de très compliqué, parce qu'on vit avec notre mental. Ce ne sont pas nos émotions qui bloquent l'amour, c'est le mental. Le mental vous amène dans le futur ou le passé, il vous coupe de vous-même. Ça crée immédiatement une tension dans votre corps.»

Pour finir cette conversation, on a discuté de la résistance des médecins et des gens malades, qui refusent d'entrer dans le monde des émotions. Je les comprends: où, ailleurs que chez les psys, apprend-on à vivre avec les émotions? Et si on dénonce les psys...

Les émotions, c'est un langage au vocabulaire riche et subtil, tout en nuances. On connaît bien les «grosses» émotions. Elles sont sanctionnées socialement et moralement (la jalousie, c'est laid, la bonté, c'est bien) mais on ne fait généralement pas dans la dentelle, et beaucoup d'entre nous peinent à dire ce qu'ils ressentent. Se permettre de ressentir est souvent déjà un grand changement. Et, peut-être, la voie royale de la santé?

vallieca@hotmail.com
 
 
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  • Micheline Soucy
    Inscrite
    vendredi 27 juillet 2007 09h55
    C'est un livre qui m'interpelle.
    Je commence à lire le livre du dr. Dufour et je ne l'ai pas terminé encore, mais son approche m'interresse quoi que je ne pense pas qu'il faille culpabiliser les gens et les rendre responsable de leurs maladies. C'est un outil de réflexion fort intéressant. je poursuis ma lecture et je reviendrai avec d'autres commentaires.

  • Adeline Mermet
    Inscrit
    samedi 14 mai 2011 11h49
    Suite de contribution à la critique de l'approche émotionnelle
    .......Caricaturalement exprimé c’est un peu ça et cela s’accommode mal de démarches plus subtiles, écoutantes… de ce point de vue les thérapies classiques savent faire à contrario de la méthode Oge qui est assez déroutante. De même Il est nécessaire que des thérapeutes soient capables de prendre en compte la colère d’un patient à leur égard pour la réintégrer dans l’optique d’expression émotionnelle…..

    Daniel Dufour propose des stages de pratique de 3 jours. Il ne recommande pas systématiquement de travailler sur des émotions relatives à des situations cruciales mais d’exercer son expression sur des situations émotionnelles anecdotiques de la vie courante. Le déploiement émotionnel se fera au fil du temps, un peu selon la méthode freudienne de libre association. Une émotion en amenant une autre jusqu’à toucher les émotions princeps.

    L’idée de travailler seul à son auto-guérison en dehors des cabinets psychothérapiques est très intéressante mais ne me semble abordable que si la personne est bien accompagnée dans un premier temps et au final suffisamment solide pour se le permettre.

    Sur la question de la responsabilité de chacun vis-à-vis de sa santé mentale on pourra objecter à Daniel Dufour, qu’elle est limitée au fait que sa méthode, dans son dispositif actuel, fonctionne véritablement avec l’ensemble des personnes, volontaires, qui y auraient recours, et au fait que tout un chacun ait les moyens de se payer 3 jours de stage pratique à 1300 dollars canadiens. Ce qui n’est pas gagné !

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