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Un entretien avec Nancy Dumais - Le ciel entrouvert

24 août 2002  Santé
«Le corps et le mental sont tellement liés! Je pense qu’on a une grande capacité à se guérir soi-même. C’est une chose que j’ai comprise avec le temps. Le corps a un pouvoir de se guérir… et de se détruire aussi.»
Photo : Jacques Grenier
«Le corps et le mental sont tellement liés! Je pense qu’on a une grande capacité à se guérir soi-même. C’est une chose que j’ai comprise avec le temps. Le corps a un pouvoir de se guérir… et de se détruire aussi.»
Elle chante qu'elle fera trembler le monde par amour. Elle veut parler aux angesÉ et nous fait voyager dans son corps via le nombrilÉ Une jeune femme pas banale, Nancy Dumais. Si vous l'avez déjà vue en spectacle, imaginez la même simplicité aux grands yeux assise devant vous, candeur attablée, générosité servie sobrement.

Nancy Dumais. En 98, j'ai attrapé la mononucléose en même temps que le premier album est sorti, je suis tombée enceinte pendant la tournée, j'ai perdu le bébé, et je suis retombée enceinte tout de suite. Je suis en train d'en sortir! L'an passé j'ai perdu presque tous mes cheveux, peux-tu imaginer la panique? J'avais des plaques, j'avais peur d'être chauve! Aujourd'hui je me regarde et je me dis que je suis quasiment rescapée des morts!

Le Devoir. Que disait le médecin?

N. D. Que je n'avais rien. Mais je ne dormais pas, j'avais des chaleursÉ et je tenais tous mes engagements. C'était horrible!

Le Devoir. Était-ce aussi une dépression post-partum?

N. D. Peut-être, le médecin y a pensé, j'ai pris des médicaments qui me donnaient des effets secondaires incroyables, j'ai tout arrêté. Ça fera! On veut tout réussir, bonne blonde, bonne carrière, bonne mèreÉ et t'as l'impression que t'as pas tout ce qu'il fautÉ

Le Devoir. Et la psychothérapie?

N. D. J'étais trop fatiguée pour entrer là-dedans. J'étais si fatiguée, ça ne s'imagine pas! Je n'avais pas l'énergie. Je suis allée en acupuncture, en massothérapie, et c'est l'ostéopathie qui m'a fait le plus de bien, curieusement. Mon bébé a commencé à aller à la garderie au début de l'année, et lui qui avait toujours été en santé, ça a pris une semaine, il est redevenu maladeÉ et j'ai tout attrapé! Émile prend des antibiotiques, moi je prends des vitamines, de l'échinacéeÉ Je pense que pour bien des malaises, la nature a tout ce qu'il faut.

Le Devoir. Quand as-tu senti que tu remontais la pente?

N. D. Ça a commencé à aller bien quand j'ai changé d'équipe, c'est fou, pour moi ça a signifié de lâcher prise. J'avais vécu l'impuissance et même des fois la rage, puis je me suis dit: je ne peux pas être parfaite, et si ça me prend trois ans, et si la carrière en souffre, et si mon chum m'aime il sera patient, et mon bébé va s'adapterÉ Aujourd'hui je suis en bien meilleure forme, même si j'ai encore des problèmes de sommeil et des chaleurs, mais je prends le temps. Quand je suis retournée en studio pour Le Nombril, mon deuxième album, Émile n'avait pas deux mois. Après un accouchement difficile, j'avais recommencé à m'entraîner à six heures le matin, avec le stress de l'albumÉ c'était trop. Mais j'avais comme pas le choixÉ il fallait que je continue, on était en studioÉ

Le Devoir. C'est difficile, dans le métier, de mettre le pied à terre et de dire: je suis malade, on reporte ça d'un an?

N. D. C'est qu'il y a beaucoup de personnes qui dépendent de toi, beaucoup d'argent aussi. On se met beaucoup plus de pression que ce que les autres nous demandent. Je pense que maintenant ça serait autre chose. Il faut être très malade pour se rendre compte que la santé, c'est tellement précieux.

Le Devoir. Vous, les artistes, on vous admire, vous inspirez les gensÉ et vous devez performerÉ

N. D. Moi en général, quand je ne suis pas en forme, je vais le dire. S'il m'arrive de me tromper dans les parolesÉ c'est la vie! Bon, désolée, vaut mieux en rireÉ Au début, quand je faisais des concours, si je ne gagnais pas je perdais l'appétit! Je sais maintenant que c'était une forme de punition que je m'infligeais. Le corps et le mental sont tellement liés! Je pense qu'on a une grande capacité à se guérir soi-même. C'est une chose que j'ai comprise avec le temps. Le corps a un pouvoir de se guérirÉ et de se détruire aussi. Mais il faut faire confiance. J'ai tendance à me faire confiance en général, je fais confiance à mon conjoint, qui est physiothérapeute, c'est un homme sensé, qui est à l'écoute.

C'est très important de bien choisir les gens qui vont nous aider. Un bon ostéo peut n'arriver à rien avec toi, un autre fera des miraclesÉ mais j'ai tout le temps eu ce don d'aller vers les bonnes personnes, celles qui ont des antennes. C'est peut-être pour ça que j'ai plus de difficulté avec les médecins, je ne suis pas fidèle à un médecin! On dirait qu'ils ont moins de facilité à avoir de l'intuition, leurs études sont tellement cérébralesÉ Leur besoin de prouverÉ je les comprends, mais c'est aussi une limite.

Depuis le printemps, Nancy a sorti son vélo — siège de bébé inclus! — et elle recommence à s'entraîner.

«Je n'ai pas de difficulté à me remettre en forme. J'ai une bonne alimentationÉ j'ai suivi la méthode Montignac, j'ai gardé quelques notions. Je ne mange plus de pain blanc, je mange beaucoup de légumes, pas de gras ni de sucre... HeuÉ sauf le chocolat! J'ai des rages de chocolatÉ et pas le noir recommandé!!»

Au fil de notre discussion, j'ai compris que notre chanteuse avait traversé une crise, ce feu d'artifice des difficultés existentielles qui arrivent toutes en même temps. La crise se résorbe, l'introspection de l'écriture étant une façon de faire la paix avec toute cette turbulence.

Nancy Dumais écrit tout l'été, choisit les mélodies pour son prochain albumÉ «Pour moi, écrire, c'est des vacances!» Ce seront donc les vacances de notre auteure, cette année! Je l'ai raccompagnée à son vélo, le ciel s'est entrouvert. Il fait si beau, si chaudÉ

- Pour en savoir plus: http://www.nancydumais.com/

La semaine prochaine:

Des nouvelles de MichelÉ Tremblay
 
 
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