Maladie de Parkinson - Le pape a-t-il encore toute sa «flexibilité mentale»?
Photo : Agence Reuters
Seuls son médecin et son neuropsychologue, secret médical oblige, savent si le pape est bel et bien apte à gouverner.
La maladie de Parkinson peut-elle conduire un dirigeant à la catastrophe? Absolument, affirment les neurologues Abraham Lieberman et Tom Hutton, qui citent l'exemple d'Hitler, chez qui les symptômes de la maladie ont eu un effet certain sur sa manière de commander. Reprise ces jours-ci dans Forum par Jean-François Gagnon, un chercheur montréalais féru d'histoire, cette thèse lève le voile sur une réalité méconnue qui trouve un écho... jusqu'au Vatican.
Avant même d'entrer dans le vif du sujet, le chercheur rattaché à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal, un établissement affilié à l'Université de Montréal, tient à tempérer la portée de cette thèse. Prétendre que le pape, parce qu'il souffre lui aussi de cette maladie dégénérative, est par conséquent incapable de diriger son Église est un pas que le neuropsychologue de formation ne franchira pas.
En effet, la maladie de Parkinson ne rend pas tous les dirigeants inaptes à diriger, loin s'en faut. Seuls son médecin et son neuropsychologue, secret médical oblige, savent donc si le pape est bel et bien apte à gouverner, croit M. Gagnon. Et même si Jean-Paul II éprouvait des problèmes cognitifs affectant son jugement, une médication adéquate et une équipe solide sont capables de lui éviter la majorité des écueils.
Il en va tout autrement d'Adolf Hitler, qui a vu ses capacités être influencées par le parkinson au point où la maladie lui aurait même coûté la Seconde Guerre mondiale, prétend M. Gagnon. Si peu d'historiens se sont penchés sur cet aspect, bien des neurologues s'y sont consacrés avec délectation. C'est que l'exemple du Führer est idéal quand il s'agit de montrer la perte de «flexibilité mentale» qui peut survenir à cause de cette maladie.
Normalement, le tiers des patients souffrant du parkinson ne développent pas de problèmes cognitifs. Au contraire, un autre tiers d'entre eux auront des problèmes de cognition si lourds qu'ils seront incapables de fonctionner normalement. À mi-chemin entre les deux, le dernier tiers de ces patients subiront des problèmes cognitifs légers qui feront en sorte que la résolution des problèmes deviendra extrêmement complexe.
C'est dans cette dernière catégorie que le Führer se retrouve. Sur les plans politique et militaire, la feuille de route d'Hitler est presque impeccable de 1933 à 1941, année où les premiers symptômes apparaissent. Albert Speer, son ministre de l'Armement, en témoigne dans Inside the Third Reich: «Après 1941, il était frappant d'observer comment Hitler était peu enclin à saisir les idées. Son esprit évoluait dans une seule direction. Il n'avait pas la flexibilité mentale d'antan et il n'avait plus la capacité de voir les choses dans leur ensemble.»
Pour illustrer cette inflexibilité, Jean-François Gagnon rappelle la décision d'Hitler de ne pas tenir compte de la menace des Alliés, débarqués le 6 juin 1944 sur les plages françaises de Normandie, pour plutôt garder ses blindés résolument fixés sur Calais.
Pour le chercheur, il est évident qu'Hitler était obnubilé par son idée initiale. «C'est moins une question d'intransigeance — Hitler a toujours été quelqu'un de très rigide — qu'une question de problèmes cognitifs. Ce n'est pas tant qu'il ne tenait pas compte des informations qu'on lui transmettait, mais qu'il n'arrivait plus à les départager et à les évaluer.»
Dans sa pratique, le psychologue voit souvent des patients qui ont le même réflexe. «On a beau leur proposer des solutions, ils vont continuer à refaire les mêmes erreurs. Cela prend un encadrement extérieur serré et une médication adéquate pour espérer briser ce cercle», explique M. Gagnon.
Décrite pour la première fois en 1817, la maladie de Parkinson est un trouble neurologique dégénératif dont la cause demeure encore inconnue. Ses principaux symptômes sont une rigidité musculaire, un tremblement au repos, un ralentissement des gestes volontaires et des difficultés d'élocution. La maladie apparaît d'un seul côté du corps et se généralise au cours de sa progression.
Bien que les problèmes moteurs soient les plus apparents, la maladie de Parkinson touche également la cognition. Ceux qui en souffrent demeurent «fixés» sur une idée qui les entraîne fréquemment dans une impasse. Le diagnostic se fait généralement de concert avec le médecin et le neurologue, mais aussi parfois avec un ergothérapeute ou un travailleur social.
Gardée secrète — seuls sa garde rapprochée et son médecin personnel étaient au courant —, la maladie d'Hitler a été documentée par Abraham Lieberman, qui a analysé des séquences vidéo d'Hitler allant de 1929 à 1945. Selon lui, les premiers signes sont apparus de façon discrète en 1933, mais ce n'est qu'en 1941 que les symptômes sont devenus visibles.
Dès 1942, toutefois, Hitler présentait un dos courbé, une posture rigide et une main gauche tremblotante, des facteurs qui expliqueraient que le Führer se soit fait de plus en plus rare et ait caché sa main gauche dans sa veste ou dans son dos à partir de cette période.
Évidemment, la maladie d'Hitler n'est qu'une composante parmi plusieurs autres servant à expliquer la défaite de l'Allemagne. Dévoilée plusieurs années après la fin du conflit, cette révélation n'est toutefois pas sans conséquences, au grand plaisir de Jean-François Gagnon, qui peut enfin réaliser son rêve: faire le pont entre la neurologie et l'histoire, deux domaines qui ne sont pas naturellement liés, mais dont l'accord peut mener à des thèses pour le moins étonnantes.
Avant même d'entrer dans le vif du sujet, le chercheur rattaché à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal, un établissement affilié à l'Université de Montréal, tient à tempérer la portée de cette thèse. Prétendre que le pape, parce qu'il souffre lui aussi de cette maladie dégénérative, est par conséquent incapable de diriger son Église est un pas que le neuropsychologue de formation ne franchira pas.
En effet, la maladie de Parkinson ne rend pas tous les dirigeants inaptes à diriger, loin s'en faut. Seuls son médecin et son neuropsychologue, secret médical oblige, savent donc si le pape est bel et bien apte à gouverner, croit M. Gagnon. Et même si Jean-Paul II éprouvait des problèmes cognitifs affectant son jugement, une médication adéquate et une équipe solide sont capables de lui éviter la majorité des écueils.
Il en va tout autrement d'Adolf Hitler, qui a vu ses capacités être influencées par le parkinson au point où la maladie lui aurait même coûté la Seconde Guerre mondiale, prétend M. Gagnon. Si peu d'historiens se sont penchés sur cet aspect, bien des neurologues s'y sont consacrés avec délectation. C'est que l'exemple du Führer est idéal quand il s'agit de montrer la perte de «flexibilité mentale» qui peut survenir à cause de cette maladie.
Normalement, le tiers des patients souffrant du parkinson ne développent pas de problèmes cognitifs. Au contraire, un autre tiers d'entre eux auront des problèmes de cognition si lourds qu'ils seront incapables de fonctionner normalement. À mi-chemin entre les deux, le dernier tiers de ces patients subiront des problèmes cognitifs légers qui feront en sorte que la résolution des problèmes deviendra extrêmement complexe.
C'est dans cette dernière catégorie que le Führer se retrouve. Sur les plans politique et militaire, la feuille de route d'Hitler est presque impeccable de 1933 à 1941, année où les premiers symptômes apparaissent. Albert Speer, son ministre de l'Armement, en témoigne dans Inside the Third Reich: «Après 1941, il était frappant d'observer comment Hitler était peu enclin à saisir les idées. Son esprit évoluait dans une seule direction. Il n'avait pas la flexibilité mentale d'antan et il n'avait plus la capacité de voir les choses dans leur ensemble.»
Pour illustrer cette inflexibilité, Jean-François Gagnon rappelle la décision d'Hitler de ne pas tenir compte de la menace des Alliés, débarqués le 6 juin 1944 sur les plages françaises de Normandie, pour plutôt garder ses blindés résolument fixés sur Calais.
Pour le chercheur, il est évident qu'Hitler était obnubilé par son idée initiale. «C'est moins une question d'intransigeance — Hitler a toujours été quelqu'un de très rigide — qu'une question de problèmes cognitifs. Ce n'est pas tant qu'il ne tenait pas compte des informations qu'on lui transmettait, mais qu'il n'arrivait plus à les départager et à les évaluer.»
Dans sa pratique, le psychologue voit souvent des patients qui ont le même réflexe. «On a beau leur proposer des solutions, ils vont continuer à refaire les mêmes erreurs. Cela prend un encadrement extérieur serré et une médication adéquate pour espérer briser ce cercle», explique M. Gagnon.
Décrite pour la première fois en 1817, la maladie de Parkinson est un trouble neurologique dégénératif dont la cause demeure encore inconnue. Ses principaux symptômes sont une rigidité musculaire, un tremblement au repos, un ralentissement des gestes volontaires et des difficultés d'élocution. La maladie apparaît d'un seul côté du corps et se généralise au cours de sa progression.
Bien que les problèmes moteurs soient les plus apparents, la maladie de Parkinson touche également la cognition. Ceux qui en souffrent demeurent «fixés» sur une idée qui les entraîne fréquemment dans une impasse. Le diagnostic se fait généralement de concert avec le médecin et le neurologue, mais aussi parfois avec un ergothérapeute ou un travailleur social.
Gardée secrète — seuls sa garde rapprochée et son médecin personnel étaient au courant —, la maladie d'Hitler a été documentée par Abraham Lieberman, qui a analysé des séquences vidéo d'Hitler allant de 1929 à 1945. Selon lui, les premiers signes sont apparus de façon discrète en 1933, mais ce n'est qu'en 1941 que les symptômes sont devenus visibles.
Dès 1942, toutefois, Hitler présentait un dos courbé, une posture rigide et une main gauche tremblotante, des facteurs qui expliqueraient que le Führer se soit fait de plus en plus rare et ait caché sa main gauche dans sa veste ou dans son dos à partir de cette période.
Évidemment, la maladie d'Hitler n'est qu'une composante parmi plusieurs autres servant à expliquer la défaite de l'Allemagne. Dévoilée plusieurs années après la fin du conflit, cette révélation n'est toutefois pas sans conséquences, au grand plaisir de Jean-François Gagnon, qui peut enfin réaliser son rêve: faire le pont entre la neurologie et l'histoire, deux domaines qui ne sont pas naturellement liés, mais dont l'accord peut mener à des thèses pour le moins étonnantes.
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