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Santé: Le pouvoir des pensées

5 février 2005  Santé
On a tout faux. Les médias qui ne montrent que l'aspect négatif du système de santé. Les docteurs qui annoncent le pire à leurs patients. Les gens qui paniquent devant la maladie ou l'accident. C'est l'effet placébo qui nous l'enseigne: on a tout faux. Si nous étions positifs, si nous étions rassurants, si nous étions confiance en nous, nous ne vivrions pas la maladie de la même manière.

L'effet placébo, tout le monde connaît: un naïf avale du sucre et guérit en pensant qu'il a pris le remède. Mais ç'a tellement inquiété les scientifiques que, pour valider un nouveau médicament, pas une recherche n'est conduite de nos jours sans un groupe placébo qui s'ignore. On a trouvé de tout: des gens qui ressentent les effets secondaires alors qu'ils prennent le placébo, des gens dont la situation ne s'améliore pas alors qu'ils avalent le médicament, des gens qui sont guéris alors qu'ils ne sont même pas soignés. Méchant casse-tête!

Il y a donc des chercheurs qui ont commencé à s'intéresser à ce qui se passe dans la tête. Danielle Fecteau les a lus, compilés, résumés: au moins 500 recherches, m'a-t-elle dit, et, là-dedans, des recherches qui faisaient la synthèse d'années de recherches. Elle avait déjà rédigé une thèse de doctorat sur l'impact des émotions et des pensées sur le corps; ici, elle a ciblé le placébo, et ça donne un petit livre: L'Effet Placebo, le pouvoir de guérir, qu'elle vient de publier cette semaine aux Éditions de l'Homme.

Quand je l'ai lu, j'ai eu envie de pousser, de faire ma tordue. Je lui ai demandé: mais alors, au bout du compte, on n'aurait pas besoin de médicaments? «On en prendrait moins», m'a-t-elle répondu. J'ai dit: c'est formidable, l'effet placébo, mais comment reprendre ce pouvoir et le diriger soi-même pour sa propre guérison?

On en a parlé pendant une heure! Écoutez-la: «Il semble y avoir depuis toujours un rituel associé à la guérison. On a besoin d'un rituel, il implique la confiance. Il y a des thérapeutes qui rassurent, et ça compte pour la guérison. C'est donc important de trouver un thérapeute qu'on aime, en qui on a confiance; les recherches sur l'effet placébo nous disent que nous aurons de deux à dix fois plus de résultats si la confiance est là.»

«La clef, c'est la réaction émotionnelle face à notre état. La peur, l'anxiété abaissent la réaction du système immunitaire, inhibent les hormones de guérison. Les émotions négatives nous sont nuisibles — et ça, c'est tout de même de notre ressort...»

«On peut tuer quelqu'un par la peur! À l'inverse, un geste de gentillesse a un effet physiologique. On sait aussi que les moins anxieux ont moins besoin d'antidouleurs. On sait que le rire, le plaisir ont des effets antidépresseurs. On sait tout ça d'un point de vue scientifique. J'aurai l'air ésotérique, mais je vais aller plus loin encore: la clef ultime, ce sont les états de conscience altérée.»

Parle-t-elle de drogues? Mais non: «Les états de conscience altérée sont tous les états de conscience autres que l'éveil: méditation, relaxation, sous hypnose, ou encore la transe induite par la prière, voire la création artistique: on a accès à d'autres régions de notre cerveau. Ce ne sont pas les mêmes zones ni les mêmes ondes qui sont actives. Lors d'expériences, on a montré qu'il n'y a pas de douleurs si on vous blesse; si on fait une incision sur la peau, elle guérira plus vite... La science ne comprend pas tout ça, mais elle le constate.»

«Donc, ce qui est important, c'est d'habituer votre cerveau à baigner dans ces états de conscience altérée. Si, pour vous, c'est le sentiment de communier avec la nature en marchant, en répétant l'expérience, vous pourrez accéder à ces états de bien-être quand vous devenez malades et, en général, vous allez guérir mieux. C'est un conditionnement: pour reprendre notre pouvoir sur notre corps, il faut choisir les conditionnements qui nous font du bien et les répéter le plus souvent possible. Ça nous aide à rester en santé et, dans les moments de maladie, en se replaçant dans ces situations entraînant des états de conscience altérée, quelque chose de bien se passera dans notre corps. On aide à déclencher le mécanisme de guérison.»

Ça vous souffle? Vous saviez déjà tout ça? Alors, vous dites-vous qu'une pilule de sucre pourrait faire fondre une tumeur? Je n'allais pas manquer d'en faire la suggestion à Danielle Fecteau, qui croit qu'il n'y a pas de limites à l'effet placébo, pas de limites à notre potentiel de guérison! Elle a cependant affirmé tout de suite voir là un terrain bien glissant... «C'est vrai qu'on a des histoires de guérisons spectaculaires. Mais on ne peut pas faire de généralisations. Il y a des gens qui ont confiance et le traitement ne marche pas. Comment se fait-il qu'une personne guérisse, et une autre, non?»

Quand on pourra répondre à cette question, on comprendra bien des choses sur nos besoins psychologiques et physiologiques! Pour le moment, on retiendra que vivre des émotions positives est générateur de guérison. Que la confiance en son médecin traitant est importante. Mais comment notre système de santé pourrait-il utiliser les connaissances de l'effet placébo pour nous soigner plus vite et plus efficacement?

«Par la formation, d'abord. Les étudiants en médecine ont des éléments par la bande, mais l'aspect psychologique est trop peu développé dans les cours. Ensuite, les médecins doivent comprendre l'importance de prendre du temps avec les patients. Il faut apprendre à présenter les éléments positifs; le discours du pire est la première chose à enlever. Ce qui est important, c'est le discours du meilleur!» Combien de temps pariez-vous que ça va prendre pour changer cette mentalité?

J'allais dire au revoir à Danielle Fecteau quand elle a ajouté: «Je ne veux pas partir en guerre contre la médecine ou les médicaments. Mon but, c'est de regarder ce qu'on peut faire pour aller mieux.» Je n'ai pas osé lui demander de commenter la maxime «Civis pacem para bellum»...

vallieca@hotmail.com






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  • louise breton
    Inscrite
    samedi 5 février 2005 13h39
    Placebo... parce que nous sommes des êtres sensoriels.
    « Je n'ai pas lu L'Effet Placebo, mais ce que vous nous en communiquez dans cet article ne me surprend pas. Mon expérience personnelle le confirme. J'ajoute que l'altération de la conscience, qui n'a rien d'ésotérique, n'est pas tout. Je considère cela comme un outil d'un niveau supérieur qui doit être appuyé d'abord par l'intellect, les idées que l'on se fait et qui dictent nos actes, nos décisions, nos comportements en regard de la santé, de la maladie, et du système. Il faut un certain sens critique, une autonomie non seulement de pensée mais de gestes vis-à-vis des ressources extérieures à notre disposition; thérapies, alimentation, médication... en commençant par l'autoéducation; se documenter le plus possible sur son propre état, et sur les connaissances générales de base ( métabolisme, système digestif, respiration...) pour être en mesure de collaborer, et non dépendre. Et peut-être aussi faut-il hausser notre seuil de tolérance par rapport aux inconforts, aux malaises, à la douleur même. Malgré toute la bonne volonté et la bienveillance des soignants, le système médical déborde aussi de par l'ignorance et la dépendance et il n'y a pas de temps pour la prévention, ni pour approfondir tous les aspects d'un problème de santé, à commencer par le mode de vie de la personne intéressée. Et parce que nous sommes des êtres sensoriels, nos modes de vie, notre habitat, influencent notre santé non seulement de façon mécanique, comme par exemple l'éclairage artificiel qui affecte à la longue la vision, ou les matériaux composites qui dégagent des vapeurs nocives, mais aussi de façon émotionnelle. Les émotions immédiates engendrées par un repas aux chandelles, préparé en famille, avec une musique en sourdine, sont plus bénéfiques à la santé qu'un repas réchauffé au micro-ondes avec jeu vidéo en bruit de fond. Question de discipline ! Les effets secondaires des environnements domestiques et professionnels, bureau et usine, etc... sur nos émotions, au quotidien, ne sont pas à négliger, loin de là. Nos sens s'en imprègnent à notre insu, parce que nous possédons une faculté d'adaptation hors du commun parmi les espèces animales, parce que nous sommes des créatures sensorielles. La méditation transcendantale la plus réussie ne sert à rien si elle n'est pas supportée par un mode de vie qui nourrit nos sens, ce que nous voyons, entendons, mangeons... de manière à générer des émotions bénéfiques, pacifiques, reposantes. La santé ce n'est ni une affaire d'État, ni une affaire tout court, c'est une responsabilité et un devoir individuel, et familial. De ce point de vue, quelles sont les émotions immédiates que nous autorisons nos enfants à vivre, sursaturés de sons et d'images artificiels ? De messages insistants de la société de surconsommaton ? Le système doit être un outil de connaissance et non de dépendance, et il faut être conscient qu'avec l'arrivée prochaine, et certaine, de grandes épidémies, de nouveaux virus, la recherche de solutions concernant les maladies chroniques et génétiques, les urgences, etc... le Système aura suffisamment à faire. Le mot placebo vient du latin... traduction ; je plairai... Et si la santé commençait par le fait de plaire à nos sens ?
    louise breton Armagh »

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