Santé: La douleur
8 janvier 2005
Santé
Elle est physique, on s'en plaint. Elle est psychologique, on la cache. On y résiste, toujours — et nous savons que nous réagissons tous différemment devant cette vilaine, cette sans-coeur, cette... douleur.
Son compagnon est le stress, on les dit souvent synonymes. La douleur est un stress, et en temps de grand stress, on se retranche. Le grand stress nous ronge, cette angoisse devant l'inconnu, que vais-je devenir, que va-t-il m'arriver... On retourne à des attitudes ou à des émotions qui sont profondes, liées à notre passé, nos origines, le lieu intérieur où l'on pourra se régénérer. Une copine impliquée dans un procès douloureux m'a déjà dit qu'elle avait pris du poids pendant cette période parce qu'elle était revenue à l'alimentation de sa jeunesse, des aliments sucrés, salés. La nourriture qu'elle avait consciemment écartée de son ordinaire refaisait irruption, la réconfortant dans ce qu'elle avait été au temps de la sécurité.
L'irruption de la douleur des rescapés des tsunamis pendant la période des fêtes a télescopé les sourires et les joies de circonstance de ce côté-ci de l'Atlantique, si confortablement installés que nous étions dans notre cocon ouaté — vous ne trouvez pas qu'on est dans de la ouate? Tout de même, après s'être souhaité la bonne année, l'un d'entre nous finissait invariablement par parler de ces morts, de ces lieux de catastrophe... et pendant un moment, nous avions le sentiment de partager une douleur. Car si je ne connais pas de ressortissants de ces pays dévastés, je peux néanmoins deviner leur douleur. Je lis ou regarde des reportages. Comme vous, je prends la mesure du drame. Et je réalise que, si l'on cache généralement la douleur psychologique, en état de choc, elle explose. En période de crise, elle s'exprime sans retenue.
Je ne sais pas si vous êtes amateurs de science-fiction. Il y a quelque part dans cet univers un imaginaire où l'argent n'existe plus, où l'entraide est une seconde nature, où tous travaillent pour le bien commun. Utopie de la SF, je veux bien, mais si vraiment la réalité se nourrit de nos idées, de nos idéaux, ceux-ci prennent en compte la douleur et tendent à l'éradiquer. Et ce n'est pas si fictif que cela, finalement: saviez-vous que le gouvernement français a fait de la lutte contre la douleur un objectif prioritaire? Avec un carnet que l'on donne au client du système pour évaluer le niveau de la douleur, de manière à ce que le soignant puisse évaluer avec autre chose que des arguments rationnels ou des préjugés. En prenant aussi en compte les enfants, même les tout-petits.
On revient ici à de la douleur physique, bien entendu. La douleur psychologique, elle, est une souffrance encore trop souvent ignorée des pouvoirs. Et pour conclure sur l'aspect psychologique de la douleur, un dernier mot sur la dépression: vous avez vu cette nouvelle montrant que les fabricants de Prozac avaient depuis 1988 un rapport interne traitant d'un effet «secondaire» du médicament — le suicide? C'est le British Medical Journal qui en a fait la révélation au tout début de l'année (consultez le site www.lefigaro.fr/sciences/20050104.FIG0120.html si ça vous intéresse, les détails y sont). On ne peut s'empêcher de penser qu'on fait aussi un commerce douteux de la douleur...
Mais revenons pour conclure à la douleur physique, vaste domaine de la médecine, et parlons encore un instant de médicaments. Quatre anti-inflammatoires retirés en quelques mois. La nouvelle étude sur le Vioxx lui attribuant, aux États-Unis, 140 000 décès selon la FDA (secondaires, les effets?). Les gens souffrant de polyarthrite devront se tourner vers d'autres moyens pour calmer leurs douleurs. Peut-être la mari pour tous? Mais là aussi, on commence à voir apparaître des études sur les effets secondaires (commencez par www.acmed.org/french/patients-use.htm#pain si ça vous intéresse). Fera-t-on un jour des recherches scientifiques sur le fameux Lakota? — actuellement le plus grand vendeur, selon leurs dires. Ou bien la glucosamine devra-t-elle être administrée en mégadoses? Évidemment, les administrateurs conventionnels des soins sont sceptiques, malgré des études encourageantes — qui tardent cependant à se poursuivre depuis 2000-01: c'est que l'industrie pharmaceutique n'est pas dans le portrait, peut-être (infos utiles à l'adresse suivante: www.allerg.qc.ca/glucosamine.html). Autant parler de la racine de griffe du diable: on la dit, elle aussi, utile pour atténuer les douleurs de l'arthrite. Comme le vinaigre de cidre. Tout ça étant bien expérimental... mais bientôt les gens n'auront plus d'autre choix que de décider par eux-mêmes s'ils veulent être les cobayes de l'industrie pharmaceutique — avec ses études cliniques dont on apprend qu'on ne connaît que les bons côtés — ou des plantes ignorées des essais cliniques mais dont la rumeur dit tant de bien...
La douleur physique, on doit la comprendre et l'atténuer, voire l'éliminer. Il y a encore trop de préjugés dans le monde médical, trop d'hésitations qui chaque fois nous font dire, à voix haute ou tout bas: ça paraît que ce n'est pas vous qui avez mal! Chaque fois, on se dit que le «doc» devrait être client de sa propre médecine... Mais chaque fois, on se dit que, tout de même, personne ne mérite ça... Car celui qui a mal veut surtout que ça cesse.
Quant à la douleur de l'âme, on ne peut y couper. Elle est inhérente à notre expérience de vie, elle doit être absorbée émotionnellement, lentement, comme on recueille un petit oiseau tombé du nid. En pensant aux victimes des tsunamis, je me rappelle que la pauvreté est aussi un lieu de solidarité. La nôtre, notre solidarité, viendra en renfort... pour un peu plus de réconfort.
Pour signaler un effet indésirable à Santé Canada: 1 866 234-2345 ou cadrmp@hc-sc.gc.ca
vallieca@hotmail.com
Son compagnon est le stress, on les dit souvent synonymes. La douleur est un stress, et en temps de grand stress, on se retranche. Le grand stress nous ronge, cette angoisse devant l'inconnu, que vais-je devenir, que va-t-il m'arriver... On retourne à des attitudes ou à des émotions qui sont profondes, liées à notre passé, nos origines, le lieu intérieur où l'on pourra se régénérer. Une copine impliquée dans un procès douloureux m'a déjà dit qu'elle avait pris du poids pendant cette période parce qu'elle était revenue à l'alimentation de sa jeunesse, des aliments sucrés, salés. La nourriture qu'elle avait consciemment écartée de son ordinaire refaisait irruption, la réconfortant dans ce qu'elle avait été au temps de la sécurité.
L'irruption de la douleur des rescapés des tsunamis pendant la période des fêtes a télescopé les sourires et les joies de circonstance de ce côté-ci de l'Atlantique, si confortablement installés que nous étions dans notre cocon ouaté — vous ne trouvez pas qu'on est dans de la ouate? Tout de même, après s'être souhaité la bonne année, l'un d'entre nous finissait invariablement par parler de ces morts, de ces lieux de catastrophe... et pendant un moment, nous avions le sentiment de partager une douleur. Car si je ne connais pas de ressortissants de ces pays dévastés, je peux néanmoins deviner leur douleur. Je lis ou regarde des reportages. Comme vous, je prends la mesure du drame. Et je réalise que, si l'on cache généralement la douleur psychologique, en état de choc, elle explose. En période de crise, elle s'exprime sans retenue.
Je ne sais pas si vous êtes amateurs de science-fiction. Il y a quelque part dans cet univers un imaginaire où l'argent n'existe plus, où l'entraide est une seconde nature, où tous travaillent pour le bien commun. Utopie de la SF, je veux bien, mais si vraiment la réalité se nourrit de nos idées, de nos idéaux, ceux-ci prennent en compte la douleur et tendent à l'éradiquer. Et ce n'est pas si fictif que cela, finalement: saviez-vous que le gouvernement français a fait de la lutte contre la douleur un objectif prioritaire? Avec un carnet que l'on donne au client du système pour évaluer le niveau de la douleur, de manière à ce que le soignant puisse évaluer avec autre chose que des arguments rationnels ou des préjugés. En prenant aussi en compte les enfants, même les tout-petits.
On revient ici à de la douleur physique, bien entendu. La douleur psychologique, elle, est une souffrance encore trop souvent ignorée des pouvoirs. Et pour conclure sur l'aspect psychologique de la douleur, un dernier mot sur la dépression: vous avez vu cette nouvelle montrant que les fabricants de Prozac avaient depuis 1988 un rapport interne traitant d'un effet «secondaire» du médicament — le suicide? C'est le British Medical Journal qui en a fait la révélation au tout début de l'année (consultez le site www.lefigaro.fr/sciences/20050104.FIG0120.html si ça vous intéresse, les détails y sont). On ne peut s'empêcher de penser qu'on fait aussi un commerce douteux de la douleur...
Mais revenons pour conclure à la douleur physique, vaste domaine de la médecine, et parlons encore un instant de médicaments. Quatre anti-inflammatoires retirés en quelques mois. La nouvelle étude sur le Vioxx lui attribuant, aux États-Unis, 140 000 décès selon la FDA (secondaires, les effets?). Les gens souffrant de polyarthrite devront se tourner vers d'autres moyens pour calmer leurs douleurs. Peut-être la mari pour tous? Mais là aussi, on commence à voir apparaître des études sur les effets secondaires (commencez par www.acmed.org/french/patients-use.htm#pain si ça vous intéresse). Fera-t-on un jour des recherches scientifiques sur le fameux Lakota? — actuellement le plus grand vendeur, selon leurs dires. Ou bien la glucosamine devra-t-elle être administrée en mégadoses? Évidemment, les administrateurs conventionnels des soins sont sceptiques, malgré des études encourageantes — qui tardent cependant à se poursuivre depuis 2000-01: c'est que l'industrie pharmaceutique n'est pas dans le portrait, peut-être (infos utiles à l'adresse suivante: www.allerg.qc.ca/glucosamine.html). Autant parler de la racine de griffe du diable: on la dit, elle aussi, utile pour atténuer les douleurs de l'arthrite. Comme le vinaigre de cidre. Tout ça étant bien expérimental... mais bientôt les gens n'auront plus d'autre choix que de décider par eux-mêmes s'ils veulent être les cobayes de l'industrie pharmaceutique — avec ses études cliniques dont on apprend qu'on ne connaît que les bons côtés — ou des plantes ignorées des essais cliniques mais dont la rumeur dit tant de bien...
La douleur physique, on doit la comprendre et l'atténuer, voire l'éliminer. Il y a encore trop de préjugés dans le monde médical, trop d'hésitations qui chaque fois nous font dire, à voix haute ou tout bas: ça paraît que ce n'est pas vous qui avez mal! Chaque fois, on se dit que le «doc» devrait être client de sa propre médecine... Mais chaque fois, on se dit que, tout de même, personne ne mérite ça... Car celui qui a mal veut surtout que ça cesse.
Quant à la douleur de l'âme, on ne peut y couper. Elle est inhérente à notre expérience de vie, elle doit être absorbée émotionnellement, lentement, comme on recueille un petit oiseau tombé du nid. En pensant aux victimes des tsunamis, je me rappelle que la pauvreté est aussi un lieu de solidarité. La nôtre, notre solidarité, viendra en renfort... pour un peu plus de réconfort.
Pour signaler un effet indésirable à Santé Canada: 1 866 234-2345 ou cadrmp@hc-sc.gc.ca
vallieca@hotmail.com
Haut de la page

