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Centre hospitalier universitaire de Québec - La résonance magnétique au secours des opérés

Une première chirurgicale réalisée avec l'aide d'un physicien!

Geneviève Otis-Dionne   20 novembre 2004  Santé
Depuis 1998, le Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ) effectue des recherches afin de développer des interventions chirurgicales guidées par un équipement en imagerie par résonance magnétique d'intervention (IRMi). Le CHUQ a été le troisième centre hospitalier dans le monde — et le seul de toute la francophonie — à se doter de cette technologie de pointe.

Le système IRM permet aux cliniciens de détecter facilement des cellules pathologiques dans le métabolisme, qui pourront par la suite être traitées par la cryothérapie. La précision de cette technologie permet d'effectuer des interventions chirurgicales locales, ce qui diminue grandement le choc opératoire des patients.

Il a six ans, le CHUQ faisait appel à Christian Moisan, un physicien spécialisé dans les appareils à imagerie médicale, pour développer des interventions chirurgicales réalisables grâce à la technologie IRM. Les machines utilisées pour l'imagerie par résonance magnétique permettent aux cliniciens d'imager les structures anatomiques du corps et de localiser les tissus dont la densité diffère de la structure environnante. Mais en plus de détecter ces tissus anormaux, l'IRM permet de dire si ceux-ci sont pathologiques.

«L'IRM est à la fois une machine qui est sensible et spécifique. En plus de pouvoir détecter s'il y a quelque chose de différent dans les tissus du patient, elle va pouvoir nous indiquer si cette différence est maligne ou non», explique M. Moisan.

Au cours des premières années de recherche, M. Moisan, en compagnie du Dr Jean-François Roy, a effectué des recherches afin que la machine IRM devienne interventionnelle, c'est-à-dire que les médecins puissent exploiter la sensibilité et la spécificité de diagnostic de l'IRM comme outil de guidage pour des interventions opératoires. «Nous avons fait au Québec une évolution de plus avec la machine IRM: nous sommes passés de la modalité d'imagerie à un outil de guidage pour opérer», affirme M. Moisan.

L'équipe de M. Moisan et du Dr Roy a travaillé pour trouver les interventions qui étaient techniquement réalisables sur un humain en toute sécurité pour celui-ci. «Nous avons décidé de combiner la modalité de guidage du système IRM avec une technologie d'ablation des tissus cancéreux, ou des nerfs inflammatoires, par le froid intense — la cryochirurgie», relate M. Moisan.

Vers un système ambulatoire

La modalité de guidage des machines IRM permet de diminuer grandement le choc opératoire des patients. Au lieu d'effectuer une grande incision dans l'abdomen ou dans le dos pour aller traiter une pathologie, le médecin n'a qu'à faire un point d'insertion de trois à cinq millimètres pour laisser pénétrer une sonde. Le patient n'a donc pas besoin d'être complètement anesthésié, ce qui fait en sorte qu'il récupère plus rapidement.

L'intervention chirurgicale est en effet guidée par les images de résonance magnétique qui sont diffusées par deux moniteurs installés sur les côtés de la table d'opération. Les images anatomiques et percutanées sont obtenues toutes les cinq secondes en moyenne et guident les cliniciens tout au long de l'intervention chirurgicale.

«Cette spécificité cadre tout à fait dans les nouvelles modalités d'intervention qui devraient nous permettre d'être de plus en plus dans un régime ambulatoire. Par exemple, nous pouvons remplacer, dans un bloc opératoire, des chirurgies ouvertes qui nécessitent plusieurs heures d'intervention et qui demandent au patient plusieurs semaines pour récupérer, par une intervention qui dure 30 minutes sous anesthésie locale. Le patient retourne chez lui la journée même. Cette réalité a bien entendu été l'un des motifs d'introduction de la technologie», souligne M. Moisan.

L'IRM interventionnel (IRMi), c'est-à-dire la technique de localisation des tissus malades au moyen de la machine de résonance magnétique combinée à la cryothérapie pour traiter les patients, offre la possibilité d'intervenir sur une gamme étendue de pathologies. À long terme, cette table d'opération pourrait remplacer les interventions lourdes par des chirurgies d'un jour beaucoup moins invalidantes pour le patient.

Des problèmes de dos au cancer du sein

Le Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ) se distingue des autres centres hospitaliers universitaires qui utilisent l'IMRi par son équipe, qui a concentré ses efforts de recherche sur des secteurs où l'on trouve un grand volume de patients.

La chirurgie orthopédique est d'ailleurs le secteur le plus actif de la clinique. L'équipe chirurgicale du CHUQ effectue désormais régulièrement des interventions pour des maux de la colonne cervicale et lombaire. De plus, la cryothérapie, par l'application de froid intense, procure un soulagement de plusieurs mois aux personnes qui souffrent de douleurs chroniques au dos occasionnées par les joints facettaires. L'équipement d'imagerie en résonance magnétique d'intervention par la cryothérapie permet de détruire les nerfs qui provoquent de la douleur chez le patient.

«Aujourd'hui, c'est de l'ordre de 500 patients par année qui bénéficient de ce traitement. Cette procédure-là a émergé car l'intégration clinique du traitement était facile. C'est une procédure ambulatoire d'une journée réalisée par un seul intervenant spécialiste», souligne M. Moisan. Devant la réussite de ce traitement, les cliniciens chercheurs du CHUQ veulent maintenant augmenter sa durée curative ou palliative, ce qui pourrait éviter au patient une chirurgie ouverte de la colonne vertébrale. Ils effectuent également d'autres recherches pour développer des opérations visant les hernies discales ou cervicales.

La chirurgie générale par l'IRMi est un autre secteur clinique en développement au CHUQ. Plusieurs interventions chirurgicales expérimentales ont été pratiquées sur des patients volontaires pour le traitement de tumeurs du sein et du foie. En ce qui concerne le cancer du sein, le traitement consiste à dévitaliser le tissu tumoral par la congélation au moyen d'une sonde de cryochirurgie introduite à travers une petite incision de six millimètres. Cette intervention dure environ trois heures et après 24 heures de suivi médical, toutes les patientes ne présentaient aucune douleur ou complication grave.

Le CHUQ a été en 1998 le premier centre hospitalier au Canada à proposer un traitement palliatif ou curatif, selon les patients, des tumeurs du foie par l'application de froid intense. Cette technique a été appliquée avec succès auprès de quatre patients qui étaient inopérables avec les techniques chirurgicales habituelles.

Les recherches sur l'imagerie de résonance magnétique d'intervention (par cryochirurgie) sont encore jeunes et les machines n'en sont qu'à la première génération. Mais, déjà, des résultats intéressants émergent des traitements effectués grâce à cette technologie, que ce soit pour les maux de dos ou le traitement du cancer du sein. D'autres équipes du CHUQ se penchent aujourd'hui sur de nouveaux traitements qui pourraient voir le jour grâce à l'IRMi, comme ceux visant l'endométriose ou les tumeurs de la prostate.
 
 
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