Santé - Bien vivre les Fêtes... avec des allergies alimentaires
Avec le temps des Fêtes qui approche, on planifie les soirées en famille et, bien sûr, les repas. Qu'en est-il des familles dont l'un des membres, bien souvent un enfant, est aux prises avec des allergies pouvant être mortelles? Comment vivre des célébrations où plaisir et sécurité sont au menu?
Mère d'une fille âgée de 11 ans allergique au sésame, aux pistaches, noix et amandes, et d'un fils de 13 ans allergique aussi, mais à des aliments différents, Véronique Pelletier connaît bien le défi de sensibiliser l'entourage aux allergies alimentaires. D'autant plus, en cette période de réjouissances de fin d'année... S'assurer que le menu est sans danger pour ses enfants fait, pour elle, partie des rituels. «Je ne veux rien imposer à personne, mais cela va de soi. Les gens comprennent très bien que, pour avoir un souper agréable pour tout le monde, pour ne pas stresser, c'est préférable de s'abstenir de servir des produits auxquels mes enfants sont allergiques.» Aussi, elle propose d'apporter quelques mets exempts d'aliments allergènes qui seront réservés aux enfants, ce qui permet de mettre la parenté plus à l'aise.
Deux précautions plutôt qu'une
Hélène Gayraud, nutritionniste à l'Association québécoise des allergies alimentaires, va plus loin: en plus d'informer l'entourage des allergies exactes des enfants, d'insister sur l'importance d'y faire attention et sur les conséquences si l'enfant est mis en contact avec l'aliment allergène, elle propose, si l'hôte est réceptif, de fournir une liste de mots clés qui pourront être détectés dans les ingrédients ou sur les étiquettes de produits. Suggérer une recette ou des façons de cuisiner sans oeufs, par exemple, peut aussi, selon elle, contribuer à rendre les repas plus sécuritaires et... relaxants.
«Il s'agit aussi de donner des conseils par rapport à la séquence de préparation, explique la nutritionniste, si on a un enfant allergique au poisson et que l'on compte faire des petits sandwichs au thon, il vaut mieux les faire en dernier pour ne pas risquer de contaminer tous les autres sandwichs au jambon.» Ces risques de contamination sont particulièrement présents sur la surface de travail ainsi qu'avec les ustensiles utilisés pour la préparation des repas et le service, c'est-à-dire que l'on veillera à bien nettoyer le couteau ayant servi à étendre du beurre d'arachides avant de le plonger dans le pot de confiture.
En dernier lieu, afin de ne rien tenir pour acquis, Véronique Pelletier se rendra quant à elle dans la cuisine «pour voir si tout va bien; je fais ma petite enquête et vérifie les étiquettes. Et j'aime mieux répondre dix fois aux mêmes questions pour que, autour de la table, on puisse manger sans stress».
Dans le cas d'un repas communautaire, si on ne peut certifier que les mets ont été préparés sans contamination avec un ingrédient allergène, il vaut mieux les mettre hors de la portée des enfants allergiques et aviser ces derniers de ne pas y goûter. «Les plats sécuritaires se retrouveront tous dans le même coin, explique Véronique Pelletier. Mes enfants n'iront pas y goûter sans que nous soyons au courant de ce qu'ils mangent. Même s'ils sont grands, il m'arrive encore de préparer leur assiette; comme ça je suis certaine qu'il n'y a pas de danger. Et je procure de petits rappels à la famille; par exemple, si tu as mangé des crevettes, n'embrasse pas mon gars!»
Vivre au jour le jour
Pour des parents d'enfants allergiques, les Fêtes contiennent leur lot de stress, mais aussi l'Halloween, Pâques, en fait toutes les réunions de famille ou les sorties au restaurant. D'après une étude effectuée par des chercheurs de l'hôpital Sainte-Justine auprès des familles où l'un des membres est allergique aux arachides, le degré de stress est aussi important que pour une maladie chronique comme la polyarthrite rhumatoïde et affecte grandement la qualité de vie sociale, notamment parce que les familles doivent exercer une vigilance constante par rapport à l'alimentation.
Alors, comment vivre avec ce risque au quotidien? Pour Hélène Gayraud, «il y a différentes façons de gérer l'anxiété et de la vivre. Cela exige surtout au départ une adaptation et du sang-froid. Certains parents vont éliminer de la maison les aliments responsables des allergies, d'autres vont conserver le beurre d'arachides, par exemple, mais ils vont faire attention à la façon dont ils l'utilisent». D'ailleurs, certains ne se priveront pas d'aller au restaurant, mais ils prendront toutes les précautions nécessaires, comme appeler à l'avance pour informer le personnel des allergies d'un membre de la famille ou le chef cuisinier de la nature de celles-ci.
Avec le temps, les enfants allergiques deviennent bien sûr des adolescents allergiques. Leur autonomie grandissante, en les plaçant davantage dans des situations susceptibles de causer des réactions, peut alors être une nouvelle source d'anxiété pour les parents. Raison de plus pour responsabiliser l'enfant par rapport à ses allergies. Par exemple, un jeune enfant s'informera auprès d'un parent pour savoir s'il peut manger l'aliment qu'on lui offre, et celui d'âge scolaire pourra demander à vérifier la liste d'ingrédients sur une boîte de barres tendres lorsqu'il est en visite chez un ami. Plus tard, un adolescent, découvrant l'intimité amoureuse, devra peut-être demander à sa copine si elle a mangé un sandwich au beurre d'arachides avant de l'embrasser. Dans le feu de l'action, cela coupe un peu le romantisme...
«Moi, j'essaie de faire comprendre à mes enfants qu'on ne peut pas prendre de risques, illustre Véronique Pelletier. Même quand je ne suis pas là, mon fils a peut-être une attitude un peu plus "relaxe", mais je suis certaine qu'il a toujours à l'esprit cette responsabilité vis-à-vis de sa vie à lui. C'est comme un enfant diabétique qui doit se piquer deux fois par jour: pour lui, cela fait partie de sa vie. Mes enfants ne peuvent pas vivre dans une bulle de verre aseptisée... Pour moi, c'était très important de leur désigner les aliments qui représentent un danger et qu'ils apprennent à vivre avec ça.»
Saviez-vous que...
- Même si aucune statistique officielle n'est disponible quant au pourcentage de personnes allergiques au Canada, on estime que 5 % à 8 % des jeunes Québécois vivent avec des allergies alimentaires.
- D'après une étude publiée en décembre 2003 dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology et effectuée auprès d'écoliers montréalais de 5 à 9 ans par une équipe de chercheurs du Centre de santé McGill, dans une école de 1000 élèves, 15 seraient allergiques aux arachides.
- Principalement, neuf allergènes sont responsables de la plupart des réactions graves: les arachides, les noix, le lait et les protéines bovines, le soja, le blé, le sésame, les fruits de mer, le poisson et les oeufs.
- Le mot «assaisonnement» dans une liste d'ingrédients peut cacher du sésame, des arachides, des noix, du blé et même du soja.
- Les mets préparés, style petites bouchées hors-d'oeuvre, peuvent camoufler des agents émulsifiants à base de soja ou encore des arachides utilisées comme agent collant ou pour donner de la saveur.
- Dans certains cas, l'haleine d'une personne qui a mangé des fruits de mer est suffisante pour déclencher une réaction cutanée — des petites rougeurs — chez une personne allergique. Dans de rares cas, la réaction peut être plus importante.
Pour aller plus loin
- L'Association québécoise des allergies alimentaires offre un service d'écoute pour les parents, des ateliers de formation entre autres dans les CPE, les garderies, les écoles et les camps de jour. Sa prochaine journée annuelle d'information aura lieu le 19 février 2005. Pour renseignements, on peut joindre l'Association au % (514) 990-2575, par courriel au allergiesalimentaires@bellnet.ca ou encore visiter son site Internet, www.aqaa.qc.ca.
- De l'allergie aux plaisirs de la table. Coécrit par Martine Carrière, diététiste, et Marie-Chantal Valiquette, mère de deux jeunes enfants aux prises avec des allergies alimentaires, le livre présente des recettes savoureuses et sans danger. Publié chez Flammarion Québec, ISBN: 2-89077-260-8.
Mère d'une fille âgée de 11 ans allergique au sésame, aux pistaches, noix et amandes, et d'un fils de 13 ans allergique aussi, mais à des aliments différents, Véronique Pelletier connaît bien le défi de sensibiliser l'entourage aux allergies alimentaires. D'autant plus, en cette période de réjouissances de fin d'année... S'assurer que le menu est sans danger pour ses enfants fait, pour elle, partie des rituels. «Je ne veux rien imposer à personne, mais cela va de soi. Les gens comprennent très bien que, pour avoir un souper agréable pour tout le monde, pour ne pas stresser, c'est préférable de s'abstenir de servir des produits auxquels mes enfants sont allergiques.» Aussi, elle propose d'apporter quelques mets exempts d'aliments allergènes qui seront réservés aux enfants, ce qui permet de mettre la parenté plus à l'aise.
Deux précautions plutôt qu'une
Hélène Gayraud, nutritionniste à l'Association québécoise des allergies alimentaires, va plus loin: en plus d'informer l'entourage des allergies exactes des enfants, d'insister sur l'importance d'y faire attention et sur les conséquences si l'enfant est mis en contact avec l'aliment allergène, elle propose, si l'hôte est réceptif, de fournir une liste de mots clés qui pourront être détectés dans les ingrédients ou sur les étiquettes de produits. Suggérer une recette ou des façons de cuisiner sans oeufs, par exemple, peut aussi, selon elle, contribuer à rendre les repas plus sécuritaires et... relaxants.
«Il s'agit aussi de donner des conseils par rapport à la séquence de préparation, explique la nutritionniste, si on a un enfant allergique au poisson et que l'on compte faire des petits sandwichs au thon, il vaut mieux les faire en dernier pour ne pas risquer de contaminer tous les autres sandwichs au jambon.» Ces risques de contamination sont particulièrement présents sur la surface de travail ainsi qu'avec les ustensiles utilisés pour la préparation des repas et le service, c'est-à-dire que l'on veillera à bien nettoyer le couteau ayant servi à étendre du beurre d'arachides avant de le plonger dans le pot de confiture.
En dernier lieu, afin de ne rien tenir pour acquis, Véronique Pelletier se rendra quant à elle dans la cuisine «pour voir si tout va bien; je fais ma petite enquête et vérifie les étiquettes. Et j'aime mieux répondre dix fois aux mêmes questions pour que, autour de la table, on puisse manger sans stress».
Dans le cas d'un repas communautaire, si on ne peut certifier que les mets ont été préparés sans contamination avec un ingrédient allergène, il vaut mieux les mettre hors de la portée des enfants allergiques et aviser ces derniers de ne pas y goûter. «Les plats sécuritaires se retrouveront tous dans le même coin, explique Véronique Pelletier. Mes enfants n'iront pas y goûter sans que nous soyons au courant de ce qu'ils mangent. Même s'ils sont grands, il m'arrive encore de préparer leur assiette; comme ça je suis certaine qu'il n'y a pas de danger. Et je procure de petits rappels à la famille; par exemple, si tu as mangé des crevettes, n'embrasse pas mon gars!»
Vivre au jour le jour
Pour des parents d'enfants allergiques, les Fêtes contiennent leur lot de stress, mais aussi l'Halloween, Pâques, en fait toutes les réunions de famille ou les sorties au restaurant. D'après une étude effectuée par des chercheurs de l'hôpital Sainte-Justine auprès des familles où l'un des membres est allergique aux arachides, le degré de stress est aussi important que pour une maladie chronique comme la polyarthrite rhumatoïde et affecte grandement la qualité de vie sociale, notamment parce que les familles doivent exercer une vigilance constante par rapport à l'alimentation.
Alors, comment vivre avec ce risque au quotidien? Pour Hélène Gayraud, «il y a différentes façons de gérer l'anxiété et de la vivre. Cela exige surtout au départ une adaptation et du sang-froid. Certains parents vont éliminer de la maison les aliments responsables des allergies, d'autres vont conserver le beurre d'arachides, par exemple, mais ils vont faire attention à la façon dont ils l'utilisent». D'ailleurs, certains ne se priveront pas d'aller au restaurant, mais ils prendront toutes les précautions nécessaires, comme appeler à l'avance pour informer le personnel des allergies d'un membre de la famille ou le chef cuisinier de la nature de celles-ci.
Avec le temps, les enfants allergiques deviennent bien sûr des adolescents allergiques. Leur autonomie grandissante, en les plaçant davantage dans des situations susceptibles de causer des réactions, peut alors être une nouvelle source d'anxiété pour les parents. Raison de plus pour responsabiliser l'enfant par rapport à ses allergies. Par exemple, un jeune enfant s'informera auprès d'un parent pour savoir s'il peut manger l'aliment qu'on lui offre, et celui d'âge scolaire pourra demander à vérifier la liste d'ingrédients sur une boîte de barres tendres lorsqu'il est en visite chez un ami. Plus tard, un adolescent, découvrant l'intimité amoureuse, devra peut-être demander à sa copine si elle a mangé un sandwich au beurre d'arachides avant de l'embrasser. Dans le feu de l'action, cela coupe un peu le romantisme...
«Moi, j'essaie de faire comprendre à mes enfants qu'on ne peut pas prendre de risques, illustre Véronique Pelletier. Même quand je ne suis pas là, mon fils a peut-être une attitude un peu plus "relaxe", mais je suis certaine qu'il a toujours à l'esprit cette responsabilité vis-à-vis de sa vie à lui. C'est comme un enfant diabétique qui doit se piquer deux fois par jour: pour lui, cela fait partie de sa vie. Mes enfants ne peuvent pas vivre dans une bulle de verre aseptisée... Pour moi, c'était très important de leur désigner les aliments qui représentent un danger et qu'ils apprennent à vivre avec ça.»
Saviez-vous que...
- Même si aucune statistique officielle n'est disponible quant au pourcentage de personnes allergiques au Canada, on estime que 5 % à 8 % des jeunes Québécois vivent avec des allergies alimentaires.
- D'après une étude publiée en décembre 2003 dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology et effectuée auprès d'écoliers montréalais de 5 à 9 ans par une équipe de chercheurs du Centre de santé McGill, dans une école de 1000 élèves, 15 seraient allergiques aux arachides.
- Principalement, neuf allergènes sont responsables de la plupart des réactions graves: les arachides, les noix, le lait et les protéines bovines, le soja, le blé, le sésame, les fruits de mer, le poisson et les oeufs.
- Le mot «assaisonnement» dans une liste d'ingrédients peut cacher du sésame, des arachides, des noix, du blé et même du soja.
- Les mets préparés, style petites bouchées hors-d'oeuvre, peuvent camoufler des agents émulsifiants à base de soja ou encore des arachides utilisées comme agent collant ou pour donner de la saveur.
- Dans certains cas, l'haleine d'une personne qui a mangé des fruits de mer est suffisante pour déclencher une réaction cutanée — des petites rougeurs — chez une personne allergique. Dans de rares cas, la réaction peut être plus importante.
Pour aller plus loin
- L'Association québécoise des allergies alimentaires offre un service d'écoute pour les parents, des ateliers de formation entre autres dans les CPE, les garderies, les écoles et les camps de jour. Sa prochaine journée annuelle d'information aura lieu le 19 février 2005. Pour renseignements, on peut joindre l'Association au % (514) 990-2575, par courriel au allergiesalimentaires@bellnet.ca ou encore visiter son site Internet, www.aqaa.qc.ca.
- De l'allergie aux plaisirs de la table. Coécrit par Martine Carrière, diététiste, et Marie-Chantal Valiquette, mère de deux jeunes enfants aux prises avec des allergies alimentaires, le livre présente des recettes savoureuses et sans danger. Publié chez Flammarion Québec, ISBN: 2-89077-260-8.
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