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Santé - Les internes en psychologie demandent un salaire

Louise-Maude Rioux Soucy   31 août 2004  Santé
Les résidents en médecine obtiennent 45 000 $ par année, les internes en psychologie ne reçoivent absolument rien.
Les résidents en médecine obtiennent 45 000 $ par année, les internes en psychologie ne reçoivent absolument rien.
L'introduction en janvier dernier d'un internat clinique non rémunéré d'un an au doctorat en psychologie devra faire l'objet d'une réflexion, croit la Fédération inter-universitaire des doctorants en psychologie (FIDEP). Dans un document dont Le Devoir a obtenu copie, des membres de la fédération demandent à Québec de faire le nécessaire pour que ses internes soient rémunérés pour leur travail. «Une demande très légitime», a jugé hier l'Ordre des psychologues du Québec (OPQ).

Dans cet article à paraître en novembre dans la Revue québécoise de psychologie, la FIDEP dénonce avant tout une charge de travail en mal de reconnaissance. «Ce qu'on reproche aux conditions présentes, c'est qu'on ne soit pas rémunérés alors qu'on effectue un travail semblable à celui d'un résident en médecine qui, lui, est rémunéré 45 000 $ par année pour un nombre d'années d'études équivalent avec un degré de responsabilité équivalent à assumer», explique l'une de ses signataires, Julie Vadeboncoeur, étudiante au troisième cycle en psychologie à l'Université de Montréal.

À la remorque des États-Unis et des autres provinces canadiennes — à l'exception du Nouveau-Brunswick qui lui aussi tarde à réagir — l'OPQ a choisi en 1999 de faire du doctorat de troisième cycle la condition pour accéder à sa profession. Un changement complexe que l'Ordre des professions devrait ratifier sous peu.

Le hic, c'est qu'en précédant son désir, c'est-à-dire en n'offrant plus que le doctorat à leurs élèves, les universités ont fragilisé l'équilibre financier déjà précaire de leurs étudiants qui ont vu leurs heures de pratique grimper à 2300 heures, des heures à exécuter en majorité à l'occasion d'un internat clinique.

Pendant cet internat, les doctorants du Québec exercent les huit compétences décrites par l'OPQ, et ce, de manière quasi autonome. Seule une supervision de 200 heures est prévue dans les hôpitaux et les cliniques privées, universitaires ou publiques qui accueilleront les 90 à 120 internes à former chaque année. Ce faisant, ces élèves contribueront de manière significative aux services offerts aux patients.

En dépit de cela, les internes québécois ne sont pas rémunérés en échange de leurs services. «Le problème actuel, c'est que tous les intervenants se renvoient la balle. Les universités disent que c'est au gouvernement de payer, alors que le gouvernement prétend que c'est aux universités de faire en sorte que ces stages soient rémunérés», explique Julie Vadeboncoeur.

Pour la présidente de l'OPQ, Rose-Marie Charest, la demande des internes est pourtant «tout à fait légitime». «L'ordre va soutenir toutes les demandes de rémunération pour deux raisons: d'abord parce que cela va permettre aux internes de se concentrer sur leur formation et donc d'en augmenter la qualité, mais aussi pour être en mesure de garder nos meilleurs étudiants ici plutôt que de les voir aller faire leur internat dans des provinces plus généreuses ou aux États-Unis et y rester.»

Quant à l'argument faisant en sorte que, pour être rémunéré un psychologue doit forcément avoir obtenu son permis, il ne tient pas la route estime Mme Charest. «Les institutions ne peuvent pas invoquer le fait que les internes n'ont pas de permis pour ne pas les rémunérer puisque la psychologie, contrairement à la médecine, n'est pas une profession à actes réservés, mais une profession à titre réservé, pour le moment du moins.»

Disparité

Ailleurs au Canada, les internes en psychologie connaissent un bien meilleur sort. Dans les années 70, les internes manitobains ont même obtenu la parité avec les résidents en médecine. Les autres provinces canadiennes rémunèrent aussi leurs internes, dans des proportions moindres.

Au Québec cependant, la situation est d'autant plus difficile que les politiques du gouvernement Charest en matière de financement étudiant ont sensiblement changé la donne. «Avec le gouvernement Charest, le montant d'argent accordé pour une année reste le même, mais ces 12 000 $ sont partagés différemment. Avant, je pouvais compter sur un prêt de 3255 $ et une bourse d'un peu plus de 8000 $. Maintenant, j'ai 8000 $ de prêt et 4000 $ de bourse», explique la doctorante au troisième cycle à l'UQTR, Myriam Soucy, qui fera son internat cette année.

Forte de l'appui de l'OPQ, la cause des internes pourrait bien prendre un tournant décisif cet automne avec la création prochaine d'un OSBL réunissant toutes les universités québécoises pour défendre leurs intérêts.

«Il y a déjà beaucoup de professeurs qui sont dans nos comités, note Mme Soucy. Il est difficile pour le moment de juger le travail de l'interne parce que c'est encore trop récent. Mais on pense que, à l'usage, des tuteurs, en voyant le travail abattu par leurs stagiaires, vont probablement appuyer notre cause.»

Leur voix pourrait d'autant mieux être entendue que les internes restent somme toute peu gourmands dans leurs revendications salariales. S'ils disent qu'ils ne dédaigneraient pas les 45 000 $ des résidents, ils se contenteraient volontiers de 20 000 $ à 25 000 $ par année, ce qui leur apparaît comme étant le minimum pour qu'un étudiant puisse assurer son internat.






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