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Crise dans les urgences - Les médecins se buttent à la loi spéciale

La bataille risque de se poursuivre sur le front légal après l'échec des ultimes négociations

Karine Fortin   25 juillet 2002  Santé
Les médecins québécois devront garantir l'ouverture des urgences en tout temps, de gré ou de force. Leurs dernières tentatives d'amadouer le ministre de la Santé, François Legault, ont en effet échoué hier après-midi, et le gouvernement du Québec a annoncé sa ferme intention d'adopter dès aujourd'hui une loi spéciale obligeant les médecins à faire des quarts de travail nocturnes, sous peine d'amendes.

Les présidents de deux fédérations de médecins avaient obtenu hier matin la tenue d'une ultime séance de négociation, en présence du premier ministre, Bernard Landry. Au terme de deux heures de discussion, les deux parties ont cependant dû admettre que l'impasse était complète. «On nous demandait de nous rendre responsables de la couverture de chacune des nuits des urgences d'ici le mois de septembre, a expliqué le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, Renald Dutil. Nous n'avons pas les moyens de le faire, et ce n'est pas notre rôle d'assumer des obligations qui reviennent au ministère.»

Les représentants des médecins ont reconnu que la loi spéciale promise par le ministre François Legault permettrait la réouverture des urgences de Shawinigan et de Jonquière. «Avec les pénalités qu'on prévoit, on sera effectivement en mesure de dresser une liste de garde des médecins. Mais à quel prix? a demandé Yves Dugré, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec. On va causer des problèmes dans d'autres secteurs de la santé et dans les 92 autres salles d'urgence du Québec.»

Même son de cloche du côté des omnipraticiens. De l'avis de M. Dutil, le gouvernement est allé trop loin en modifiant le cadre légal de la pratique. «C'est la première fois qu'un gouvernement adopte une loi spéciale pour forcer un retour au travail alors qu'il n'y a même pas de conflit, a-t-il souligné. C'est une rupture de la confiance entre les fédérations et le gouvernement et cela va entraîner une importante démobilisation des médecins.»

Changement de stratégie

Les médecins doivent se réunir d'urgence ce matin à Québec pour décider de la stratégie à adopter devant l'intransigeance du gouvernement Landry. «Nous ne recommanderons pas à nos membres de ne pas assurer les services essentiels, c'est certain, a souligné M. Dugré. Mais il y a des moyens légaux de voir si la loi est conforme aux chartes.»

Pour François Legault, cette mesure était toutefois devenue inévitable. «La population de Shawinigan est exaspérée et souhaite que le gouvernement prenne ses responsabilités. Il n'y a pas d'autres solutions pour assurer des services adéquats», a-t-il souligné.

Selon lui, la loi sera opérationnelle dès demain en Mauricie, mais son utilisation devrait demeurer exceptionnelle. La loi devrait être en vigueur jusqu'au 31 décembre prochain.

Plus tôt dans la journée, l'Association des hôpitaux du Québec (AHQ) avait donné son appui au ministre, en affirmant que les incitatifs financiers consentis aux médecins travaillant en région avaient leurs limites et ne suffisaient pas à régler les pénuries. Selon le vice-président exécutif de l'association, le gouvernement devrait maintenant songer à imposer la signature de contrats entre les médecins et les établissements hospitaliers pour assurer les services prioritaires.

Avec la Presse canadienne
 
 
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