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Technologie - Au nom des normes ouvertes

Si aujourd'hui une application comme le courrier électronique est universelle, c'est parce que les concepteurs des normes SMTP et POP les ont mises à la disposition de tous

Michel Dumais   22 juillet 2002  Santé
Si Internet, tel que nous le connaissons aujourd'hui, a pu connaître un tel essor et une telle démocratisation, c'est en grande partie grâce à des normes et des standards bien ouverts et accessibles à tous. L'avenir d'Internet et de l'informatique continue de dépendre de ces normes. Il y a toutefois un immense danger lorsque des sociétés décident de reprendre ces règles pour les habiller d'un emballage propriétaire.

Régulièrement, je reçois des courriels me demandant pourquoi, entre Microsoft et moi, ce n'est pas l'amour fou. Et pourtant. Si vous saviez comment, au contraire, je trouve certains produits de Microsoft quasiment parfaits. J'en ai cependant contre la firme de Redmond en raison de la façon dont elle s'empare des normes ouvertes pour les transformer en des normes propriétaires qui ne fonctionnent que sous une seule plateforme, à savoir, Windows. Et c'est pourquoi j'ai un faible pour les progiciels utilisant des normes ouvertes. Le vrai défi actuellement n'est pas de savoir si on doit utiliser un logiciel à code source ouvert ou à code source propriétaire, mais bien de savoir si ces logiciels vont se conformer à des normes ouvertes et accessibles et non pas uniquement à des normes propriétaires.

Internet, et une grande partie de l'informatique, a été bâtie à partir de normes ouvertes. Si aujourd'hui une application comme le courrier électronique est aussi universelle, c'est parce que les concepteurs des normes SMTP (simple mail transfert protocol) et POP (post office protocol) les ont mises à la disposition de tous. Ce faisant, n'importe quel programmeur ou société éditrice de logiciels pouvait reprendre ces dites normes et offrir aux internautes un logiciel client avec, soit des caractéristiques toutes simplistes, ou encore, d'autres caractéristiques qui transforment ce progiciel en une usine à gaz. Mais, toujours, l'internaute a le choix du progiciel et, quel que soit son choix, il a l'assurance que son logiciel client de courriel pourra communiquer avec un autre sans aucun problème. C'est ainsi que des logiciels aussi différents qu'Outlook et Eudora peuvent se parler et échanger sans quasiment éprouver la moindre difficulté.

Le détournement de Java

Toutefois, un danger guette les internautes et, par le fait même, Internet et l'informatique: c'est l'appropriation de certaines normes par des sociétés qui les adaptent et les rendent propriétaires et utilisables par leurs progiciels uniquement. Le plus bel exemple en cela est le détournement de Java par Microsoft il y a quelques années de cela.

Lorsque la société Sun a lancé le langage Java, l'une de ses grandes qualités était que les applications générées fonctionnaient sous toutes les plateformes: Macintosh, Windows, Unix et les petits systèmes embarqués. Par exemple, lors de la grande folie du tout en Java qui a suivi son lancement, je me souviens que la firme Corel travaillait à adapter son logiciel Word Perfect entièrement en Java. Les premières versions alpha et bêta, bien que lourdes, très lourdes, fonctionnaient indifféremment sous Windows et Macintosh. Universel, le Java.

Cependant, de son côté, Microsoft n'en faisant qu'à sa tête, avait repris ce Java tout terrain pour en faire une version abritant certaines nouvelles caractéristiques ne fonctionnant que sous Windows, ce qui allait à l'encontre de l'un des fondements principaux de Java, à savoir son universalité. Heureusement, quelques petites visites des deux parties dans une cour fédérale ont réglé le problème: terminé le Java à la sauce Windows, ce langage est et doit demeurer universel. Bref, Java est de nouveau un standard. Microsoft, de son côté, a décidé d'abandonner l'inclusion de Java dans les futures versions de son système d'exploitation Windows.

De même, pour les simples texteurs, des applications communes à tous les utilisateurs d'ordinateurs, je me plais à rêver de l'utilisation d'un fichier normé faisant l'unanimité au sein de tous les producteurs. Au lieu d'un format .doc (Word) ou .wpd (Word Perfect) propriétaire, supposons que tous les progiciels de traitement de texte utilisent le même format de fichiers (qui pourrait être xml par exemple) qui rendent possible une véritable interchangeabilité des documents. Que tu sois sur Mac ou sur PC, que tu utilises Windows ou Linux, une usine à gaz comme Word ou Star Office ou un tout petit progiciel (puissant malgré les apparences) comme Appleworks, il n'y a aucune inquiétude à avoir quant à leur compatibilité avec un autre progiciel. Tu choisis le logiciel qui te convient, avec les fonctionnalités qui te plaisent, tout en sachant que les fichiers générés par celui-ci pourront être lus par tous les autres.

Sur Internet, les standards et les normes sont tout aussi importants. Combien de fois ne vous est-il pas arrivé de tomber sur un site où la page d'accueil n'avait pas fière allure parce que celle-ci avait été optimisée, soit pour Netscape 4.xx ou Internet Explorer, soit pour le Mac ou pour Windows, chacun des deux fureteurs recelant de petits codes propriétaires. L'arrivée de Mozilla, le fureteur à code source ouvert, disponible sous toutes les plateformes, risque de changer cela un tantinet. En effet, les développeurs sont de plus en plus nombreux à adopter celui-ci comme outil de référence car Mozilla, contrairement aux autres, s'en tient strictement aux normes établies, un véritable gage de conformité, quel que soit le fureteur utilisé par la suite pour la visualisation.

Incompatibilité?

Mais, contrairement à ce que l'on pourrait croire, logiciel propriétaire et normes ouvertes ne sont pas forcément incompatibles, le plus bel exemple étant les animations Flash que l'on peut voir sur Internet. Macromedia, l'éditeur du progiciel Flash a décidé, dans un geste qui l'honore, d'ouvrir la norme Flash et de la rendre accessible à tous. Geste honorable, oui, mais aussi un fabuleux coup de marketing. Aujourd'hui, Flash est la norme en animation sur Internet. Pour produire celles-ci, les producteurs ont le choix d'investir dans un logiciel hyper puissant comme le logiciel auteur Flash, on encore dans un petit partagiciel tout simple comme Swisch. Quel que soit celui que vous utiliserez, vous aurez au moins une assurance, c'est que vos productions pourront être lues par tous. Comme quoi un logiciel propriétaire utilisant une norme ouverte peut aussi être un succès commercial.

Même en commerce électronique, l'utilisation des normes peut en favoriser son essor. Par exemple, une firme québécoise comme Dynec réussit à connecter les puissants ordinateurs (mainframes) de grands donneurs d'ordres avec ceux de petits fournisseurs en utilisant des normes ouvertes, l'EDI (electronic data interchange) et SMTP. C'est ainsi qu'un petit commerçant utilisant un tout petit ordinateur personnel peut échanger directement et simplement avec les gros ordinateurs de firmes comme Costco, Wal-Mart, Rona, Loblaws ou Sears.

Bref, vous aurez compris que le véritable défi actuellement n'est pas de savoir si tel ou tel progiciel est à code source libre, ou à code source propriétaire, mais plutôt de savoir si celui-ci fonctionne en intégrant des normes ouvertes qui garantissent son interopérabilité. Si Internet offre aujourd'hui une telle biodiversité de contenus et d'applications, c'est que tout a été bâti sur des normes ouvertes. Les rumeurs récentes voulant que Microsoft s'empare de certaines normes pour les adapter à la sauce Windows (MS-TCP) — laissant ainsi en arrière les utilisateurs d'autres systèmes d'exploitation — ont de quoi inquiéter. Il convient d'être extrêmement vigilant pour que cela n'arrive pas. Nos gouvernements ont une responsabilité en s'assurant que leurs systèmes fonctionnent selon des normes ouvertes. Car une fois ceux-ci implantés, il serait fort désagréable de s'apercevoir qu'une compagnie peut tenir un gouvernement en otage par des standards fermés.
 
 
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