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Informatique québécoise - Des exportations par milliards

En 2004, « 99 % des jeunes Québécois âgés de 12 à 17 ans ont utilisé Internet au moins une fois »

Pierre Vallée   5 juin 2004  Santé
L'informatique et les technologies de l'information qui en découlent sont devenues incontournables dans les sociétés modernes. Elles sont aussi de puissants moteurs dans une économie du savoir. Qu'en est-il au Québec? Quelle est la situation de cette industrie qui vivait ses premiers balbutiements il y a de cela presque 40 ans?

Selon Marcel Beaulieu, président de la Fédération de l'informatique du Québec (FIQ), l'industrie de l'informatique au Québec se porte plutôt bien. Non seulement progresse-t-elle de façon continue, mais elle fait preuve d'innovation et de créativité. «Cette année, lors de la mise en candidature pour les prix Octas, nous avons reçu 133 projets, un record depuis que nous organisons l'événement. Et la qualité des projets était au rendez-vous. Cela témoigne du dynamisme de l'industrie présentement.»

Monique Charbonneau, directrice générale du Centre francophone d'informatisation des organisations (CEFRIO), abonde dans le même sens. Mais elle y va d'une mise en garde lorsque vient le moment de dresser le bilan de cette industrie qui, selon elle, a ceci de particulier qu'elle ne peut faire bande à part. «L'informatique et les technologies de l'information s'inscrivent partout dans l'économie, elles sont au coeur de tous les secteurs économiques. C'est devenu un peu comme l'électricité. Il y en a partout, ça fait fonctionner de nombreuses choses, mais on ne s'en rend pas vraiment compte. C'est un peu ce que devient l'informatique dans nos vies.»

Plus prosaïque, Éric Lacroix, directeur de la veille stratégique au CEFRIO, avance toutefois quelques chiffres qui donnent un aperçu de l'ampleur de l'industrie. «En 2001, selon Statistique Canada, le Québec comptait 127 000 emplois dans ce secteur, qui se répartissaient comme suit: 27 000 dans le domaine de la fabrication de matériels et 100 000 dans le secteur des services informatiques, dont 10 500 dans l'édition de logiciels. Quant aux entreprises québécoises, 20 % d'entre elles oeuvraient dans le secteur de la fabrication et 80 % dans les services informatiques.»

Créneaux d'excellence

Selon Mme Charbonneau, il est difficile d'établir de véritables créneaux d'excellence «parce que nous sommes présents et bons dans tous les créneaux». Même son de cloche du côté de Marcel Beaulieu: «La qualité des projets retenus dans toutes les catégories des Octas le prouve. De plus, nous nommons à la FIQ une personnalité du mois et à chaque mois cette personne provient d'un secteur différent.»

Par contre, ils admettent que l'industrie québécoise a davantage fait ses preuves dans certains secteurs plutôt que d'autres. C'est le cas, notamment, de l'aéronautique, des jeux vidéo, des effets spéciaux pour le cinéma et de la géomatique. Certains sont en devenir, comme l'éducation à distance ou «e-learning», un créneau prometteur, selon Mme Charbonneau.

«L'industrie de l'informatique se matérialise surtout dans les secteurs où il y a des besoins technologiques. Plus les industriels utiliseront de façon innovatrice l'informatique et les TI, plus elles pourront se développer.»

Fait à noter, l'exportation de produits informatiques québécois est un créneau d'excellence. «Nous exportons beaucoup, explique Éric Lacroix. En 2001, le montant de nos exportations s'élevait à 8 milliards. Pour le moment, ce sont surtout les entreprises de fabrication qui exportent, mais les logiciels, tout comme les services informatiques, se taillent de plus en plus une place de choix.»

Les régions

Si près de 75 % de la main-d'oeuvre en informatique travaille dans la grande région de Montréal, Éric Lacroix souligne que 16 % de la main-d'oeuvre est située en région. Selon Mme Charbonneau, l'informatique et les technologies de l'information peuvent être des créneaux de développement pour les régions québécoises.

«La distance importe peu. On peut créer un logiciel peu importe l'endroit où l'on habite. Plusieurs l'ont fait avec succès.» Une des clefs du succès, par contre, est la présence en région d'une institution d'enseignement. «La présence d'une université ou d'un cégep aide énormément. Les cégeps, avec leurs Centres de transfert technologique, peuvent faire le pont avec l'industrie et les producteurs en informatique.»

Par ailleurs, elle déplore que ces maillages ne soient pas aussi fréquents. «Les Centres de transfert technologique, ou des organisations comme la nôtre, sont uniques au Québec. C'est un atout qu'on n'utilise pas encore à sa pleine capacité. Il faut établir un meilleur lien entre l'innovation universitaire et les besoins des entreprises.»

Quant au financement nécessaire à l'évolution de cette industrie, il semble qu'il n'y ait pas de problème majeur pour l'instant. Les nouvelles politiques du gouvernement libéral, qui cherchent à favoriser le capital de risque privé plutôt que public, n'a pas eu pour le moment d'impact négatif. «Mais il est trop tôt pour juger. Il faudrait me poser la question dans deux ou trois ans.»

Toutefois, selon Mme Charbonneau, la progression de cette industrie nécessite l'apport de trois partenaires. «Il nous faut une industrie qui s'implique, bien sûr, mais pour réussir, elle doit pouvoir compter sur le concours des universités et des cégeps mais aussi du gouvernement, qui a un rôle important à jouer.»

Innovation et créativité

Mme Charbonneau croit qu'il faut aussi mettre de l'avant les secteurs où l'on fait preuve d'innovation et de créativité. «Par exemple, dans la région d'Orléans, on a mis sur pied ce que l'on appelle le CLSC du futur en informatisant le dossier médical des patients. Alors, le matin, tous les intervenants du service des soins à domicile partent avec leurs ordinateurs portables, emmenant avec eux le dossier médical. Une idée pareille devrait être répandue partout au Québec.»

Si le potentiel de développement des nouvelles technologies lui apparaît si grand, c'est qu'elle fonde son optimisme sur les jeunes qui seront les utilisateurs de demain. Par ailleurs, fait remarquer Éric Lacroix, les jeunes sont déjà très présents puisque «nos derniers chiffres indiquent que 99 % des jeunes Québécois âgés de 12 à 17 ans ont utilisé Internet au moins une fois dans les derniers six mois.»

Mme Charbonneau y voit un changement d'attitude: «Ces jeunes font leurs devoirs en réseau et jouent à des jeux vidéo en réseau. Ils sont à l'ère de la e-collaboration. Lorsqu'ils entreront sur le marché du travail, ils apporteront avec eux cette philosophie qui est tout le contraire de la "gestion en silo" qui est encore trop souvent la norme.»
 
 
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