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Une réalité non virtuelle

Normand Thériault   5 juin 2004  Santé
Le studio montrélais Electronic Arts.
Photo : Jacques Nadeau
Le studio montrélais Electronic Arts.
L'expression était sur toutes les lèvres. L'«ère informatique» était arrivée: elle allait bouleverser nos vies, transformer les quotidiens. Bref, c'était la révolution. À un point tel, souvenez-vous en, que lorsqu'aux États-Unis il y eut fusion entre AOL, ce service Internet, et Time Warner, ce géant de l'industrie du divertissement, le contrôle fut cédé à la nouvelle venue en Bourse: la capitalisation boursière de la première était telle qu'on était incapable de déterminer si elle valait 160 ou 240 milliards de dollars bien américains. Dans ce monde supposé sérieux qu'est l'économie, le doute aurait dû naître devant cette incapacité à déterminer si oui ou non il fallait inclure ce petit 80 milliards fluctuant.

Puis, ce fut la catastrophe. Chute de tours new-yorkaises ou non, on comprit finalement que l'enthousiasme à lui seul ne fait point vivre: la e-économie entraîna dans sa chute tout le marché boursier (il faut dire que les malversations comptables n'ont point aidé quand on voulut faire croire que des encaisses virtuelles avaient autant de valeur que des actifs bien déterminés).

Déception donc. L'informatique n'aurait alors point comblé les attentes mises en elle. Et pourtant...

Des clics pour tout

Qui retournerait dix années en arrière constaterait que notre monde n'est plus le même: un ou deux clics de souris, et le billet d'avion est vôtre, comme votre chèque, jamais vu, est non seulement en banque, mais aussi déjà dépensé (ou «investi», selon le vocabulaire adopté).

Il y a cinq ans encore, on disait qu'il fallait inciter les familles québécoises à s'initier à l'informatique (et le gouvernement du Québec est même intervenu en débloquant des montants de 3000 $ par famille pour permettre l'acquisition d'ordinateurs qui, de qualité supérieure, s'acquièrent aujourd'hui pour un «maigre» 500 $). Aujourd'hui toujours, en contrepartie, une entreprise comme Bell a des visées plus grandes: d'ici trois à cinq ans, elle vise à faire en sorte que les résidences soient entièrement informatisées. Après l'électricité (1950), le téléphone (1960), le téléviseur (1965), le câble (1980), l'ordinateur (2000), ce sera donc bientôt le tour d'un usage quotidien du couple informatique-Internet.

Futuriste? Pas tant que ça. «Nos derniers chiffres indiquent que 99 % des jeunes Québécois âgés de 12 à 17 ans ont utilisé Internet au moins une fois dans les derniers six mois», informe Éric Lacroix, directeur de la veille stratégique au Centre francophone d'informatisation des organisations, le CEFRIO.

Les TI pour tous

Pour le Québec économique, de telles nouvelles sont de bonnes nouvelles. Si les diverses cités du multimédia sont maintenant choses du passé, devenues des investissements à orienter vers d'autres fonctions, quoique, pour l'immobilier, un édifice demeure toujours un édifice, tous les efforts consentis portent aujourd'hui fruits. Tout le Québec, Montréal en tête, profite de ses exportations générées par les TI, les technologies de l'information. Ce sont ainsi huit milliards que le secteur ajoutait l'année dernière au PIB.

Il faut dire que ce secteur est gros, comptant presqu'autant d'employés que l'univers de la construction: «En 2001, selon Statistique Canada, informe le même Éric Lacroix, le Québec comptait 127 000 emplois dans ce secteur, qui se répartissaient comme suit: 27 000 dans le domaine de la fabrication de matériels et 100 000 dans le secteur des services informatiques, dont 10 500 dans l'édition de logiciels. Quant aux entreprises québécoises, 20 % d'entre elles oeuvraient dans le secteur de la fabrication et 80 % dans les services informatiques.»

Car le Québec a pris le virage informatique: des grandes aux petites entreprises. Et il y a toujours place pour l'amélioration. Sur plus d'un aspect, quand on constate le taux trop bas de pénétration dans les PME, comme lorsqu'on réalise le besoin d'une augmentation nécessaire des dépenses gouvernementales pour ce type d'activités. Il est cependant heureux de constater, par exemple, que l'Institut de la statistique du Québec est en voie de réaliser l'officialisation des données publiques. Ailleurs, ce sont les banques, comme les grandes entreprises, qui poursuivent l'informatisation de leurs services (avec pour conséquence une réorganisation, pour ne pas dire aussi une réduction, du personnel: un mal nécessaire?).

Aussi est-il normal de voir les organisateurs de la soirée des Octas se féliciter du succès rencontré dans l'organisation de leur événement. Et ce succès se manifeste tant par le nombre que par la qualité des projets soumis.

Malgré le rêve boursier de profits faciles, l'informatique sera, de virtuelle, devenue réalité.






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