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    Un entretien avec Marc Favreau - Le sol ferme

    «J'aime me sentir en santé, et j'essaie d'être de bonne humeur. Être de bonne humeur, ça garde en santé.»

    20 juillet 2002
    Marc Favreau
    Photo: Jacques Grenier Marc Favreau
    «C'est pas compliqué, je suis un agité de nature. Conséquemment, je bouge, sans arrêt.»

    Marc Favreau me dit ça calmement, le sourire plein les yeux. Assis dans un confortable fauteuil vert à roulettes, il roule!

    «Le hamac, connais pas! Si je suis à la campagne, c'est pour travailler, construire, j'ai construit un chalet de mes mains, j'ai toujours vécu comme ça, n'ayant jamais été malade de ma vie.

    «Je suis négligent face à ma santé. J'ai arrêté de fumer l'année dernière, je fumais depuis 55 ans. Je m'étais promis qu'à la première alerte, c'était fini — j'ai eu une attaque d'angine et on a dû me dilater une artère coronaire. Deux paquets de gitanes par jour. Comme on dit en anglais: cold turkey. Je fais attention à mon alimentation, je ne mange pas de cochonneries. Beaucoup de poisson, de bonnes viandes, beaucoup de légumes... beaucoup de vin! Normal, quoi.

    J'ai une santé à toute épreuve; je n'ai pas de foie, pas d'estomac, ça marche tout seul! J'aime me sentir en santé, et j'essaie d'être de bonne humeur. Être de bonne humeur, ça garde en santé. J'avais un oncle archimillionnaire... le souvenir que j'ai gardé de lui, c'est son pli de souci entre les yeux. Il ne pouvait pas prendre un verre de vin, il avait des ulcères d'estomac. C'est ça, la vie? Non!»

    - Et quand vous avez des ennuis, des revers?

    «J'ai déjà été jouer avec 104 de fièvre. C'est un métier de fou: soyons fou jusqu'au bout. La maladie, c'est ce qu'on craint le plus. On n'a pas le droit. Quand on signe un contrat, on s'engage à ne pas faire de sports dangereux.

    - Vous avez développé de l'endurance?

    «Ça commence tout jeune. Au niveau du rang des enfants, je suis un milieu de famille. On m'a oublié. On ne m'a pas donné de responsabilités, on ne m'a pas chouchouté comme le dernier. On développe une espèce d'autonomie ravissante. J'ai toujours voulu être hyper autonome. Ça, c'est le sens de ma vie. Être autonome. Mon bateau, avec mes rames à moi. Il y a une prédisposition pour la santé, dans ce sens-là, vous voyez ce que je veux dire. Je m'en fous de la maladie, je n'attache pas d'importance à ça. Ça n'a pas beaucoup de prise.

    «Je me suis retrouvé à l'hôpital pour me faire enlever l'appendice, j'avais 18 ans. À ce moment-là, ils nous gardaient cinq à six jours. Il y avait un bonhomme dans la salle commune qui se promenait en robe de chambre toute la journée en disant: "Ils ne savent pas ce que j'ai... ils ne savent pas ce que j'ai." Il répétait ça à tout le monde. Qu'est-ce qu'il faisait, le bonhomme? Il jouissait. Il était heureux d'être enfin quelqu'un avec un problème. "Ils ne savent pas ce que j'ai, oh my, j'existe!" Il était devenu quelqu'un grâce à sa maladie. Donc, la non-santé, ça peut être pour se donner de l'importance. C'est pourquoi les urgences débordent, c'est pourquoi les gens sont toujours chez le médecin. Si on se calmait un peu, si on mangeait mieux, si on bougeait un peu plus... Bien sûr, j'ai eu de la chance, je peux manger une demi-tourtière sans grossir...

    «Je pense qu'on a un très bon système de santé, je l'ai vu à l'oeuvre, on a du monde compétent, exigeant, à l'écoute. Rien n'est parfait, bien sûr, mais c'est bon. C'est notre comportement qui n'est pas normal. On est vraiment maniaques. C'est peut-être la faute des médias: quand on parle de santé, on en parle par la négative. La non-santé, ça fait toujours peur.

    «On attache trop d'importance à la maladie, on court voir un livre de vulgarisation médicale et on parle de nos symptômes au docteur... On est devenus fous! Si on se contentait de vivre, ce serait plus simple. On est trop fragiles, on se laisse trop avoir par la publicité ou les médicaments en vente libre. On ne devrait pas avoir de médicaments en vente libre à la pharmacie. On consomme des médicaments comme on consomme du beurre et du pain. Voyons donc! Et sans consulter... Parce qu'on est obsédés. On est crédules, et avec ça, on continue de manger ce qui va nous donner mal à l'estomac, ce qui va nous conduire à acheter le truc à la pharmacie...

    «Quand j'étais petit, mon père avait, dans la salle de bains, une pharmacie qui était énorme. Je pense que mon père était hypocondriaque. Moi, tout ce que je voyais, c'était un amoncellement de fioles. Je n'ai jamais eu ça. Je trouvais ça indécent. Nos pharmacies sont vides, ici. On devrait demander aux gens ce qu'ils pensent de la santé et leur dire: "montrez-moi donc votre pharmacie... " On serait édifiés. C'est peut-être symptomatique.»

    - Pensez-vous qu'on puisse mourir en santé?

    - «Mais oui, bien sûr. Ou mourir subitement. Mon copain Luc Durand est mort en santé. C'était un sportif, une bonne nature.»

    - Votre équilibre, c'est la campagne...

    - «Oui, c'est certain. Je viens en ville, je sors beaucoup, mais à la campagne, l'air est bon. Comme disait Alphonse Allais, on devrait construire les villes à la campagne! C'est pas normal de déambuler sur le bitume, surtout l'été. La canicule qui ne décolle pas jusque dans la nuit. J'avais toujours rêvé de ça. Étant un petit gars de la ville, j'ai été élevé dans les ruelles. Je rêvais d'arbres, de verdure. La nature, c'est la vie. Je m'étais dit: un jour, si j'ai les moyens... Alors, j'ai acheté un flanc de montagne!»

    En quittant Marc Favreau, je lui ai demandé de me montrer sa pharmacie. Imaginez donc: il y garde son cirage à chaussures...
    - une petite bio: http://www.litterature.org/ile32000.asp?numero=196

    La semaine prochaine: Rita Lafontaine, côté jardin, côté coeur












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