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Recrudescence de la maladie de Creutzfeldt-Jacob en Suisse

Pauline Gravel   17 juillet 2002  Santé
Le nombre croissant de décès par la maladie de Creutzfeldt-Jacob (MCJ) recensés en Suisse au cours des deux dernières années inquiète de nombreux scientifiques. D'autant que les victimes dénombrées ont succombé à la forme sporadique de la maladie et non à sa variante que certaines personnes ont contractée en consommant de la viande provenant de bovins atteints d'encéphalite spongiforme bovine (ESB), communément appelée maladie de la vache folle. Assisterait-on à l'apparition d'une nouvelle forme de l'agent infectieux de la maladie? La question est posée dans l'article qui relate cette recrudescence de la maladie dans la dernière édition de la revue scientifique Lancet.

Une équipe d'épidémiologistes suisses dirigée par Andriano Aguzzi, de l'Institut de neuropathologie à Zurich, a en effet enregistré une augmentation significative du nombre de personnes atteintes de la forme sporadique de la MCJ dont la cause n'est liée à aucun facteur connu. Alors qu'un individu par million d'habitants est habituellement frappé par cette maladie chaque année, 19 cas ont été enregistrés en 2001 parmi les 6,5 millions d'Helvètes et sept nouvelles victimes sont venues alourdir le bilan durant le premier trimestre de 2002: ce qui représente une prévalence quatre fois supérieure à celle observée ailleurs dans le monde.

Pour expliquer cette multiplication des cas, les chercheurs évoquent plusieurs hypothèses, allant de la simple variation statistique à l'adaptation du pathogène à l'espèce humaine, ce qui permettrait la transmission de la maladie d'un homme à un autre.

Certains spécialistes l'attribuent à une plus grande vigilance des médecins, qui auraient ainsi détecté davantage de patients. «Les symptômes de la MCJ sont tellement typiques qu'il serait extrêmement surprenant que l'on se serait mépris dans le diagnostic», croit pour sa part Jocelyn Delorme, microbiologiste infectiologue à l'hôpital Maisonneuve et professeur à l'Université de Montréal.

Le prion, la protéine virale responsable de l'infection, aurait également pu se transmettre de façon accidentelle d'un patient infecté à un autre lors d'actes médicaux: notamment par le biais d'instruments chirurgicaux contaminés, de transfusions sanguines ou d'injections de vaccins ou d'hormones de croissance préparés à partir de sérum de vaches. Reste à scruter à la loupe l'histoire médicale des victimes qui à première vue ne semblaient pas avoir été exposées à de tels risques.

L'hypothèse de loin la plus inquiétante serait que la maladie ait été occasionnée par le prion d'origine bovine. Or, entre 1995 et 1998, la Suisse s'est distinguée comme le pays d'Europe continentale où a été dénombré le plus grand nombre de vaches atteintes de cette fameuse maladie débilitante. Mais le prion de l'ESB ne provoque qu'une variante de la maladie de Creutzfeldt-Jacob et aucun des cas recensés en Suisse ne correspond à ce diagnostic. Les vaches suisses étaient-elles porteuses d'une souche de prion différente des vaches britanniques? Des vérifications préliminaires infirment aussi cette possibilité.

«On peut également imaginer que le pathogène responsable de l'ESB chez la vache ait réussi à passer — à s'adapter — à une nouvelle espèce, l'humain en l'occurrence, dans laquelle il pourrait désormais se reproduire, explique Jocelyn Delorme. Les virus passent difficilement d'une espèce animale à l'autre. Mais ils y arrivent quelquefois.»






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