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La santé au bout du clavier: Sainte-Justine brise la glace

72 000 dossiers médicaux sont totalement informatisés, dont 4000 sont déjà partagés avec des hôpitaux et des cliniques pédiatriques

Isabelle Paré   10 mai 2004  Santé
Au cours de l’hiver, l’hôpital Sainte-Justine a recueilli les consentements écrits des parents, qui ont donné leur feu vert pour permettre aux dossiers de leurs enfants de circuler dans le nouveau circuit informatique mis en place par l’hôpital
Photo : Jacques Nadeau
Au cours de l’hiver, l’hôpital Sainte-Justine a recueilli les consentements écrits des parents, qui ont donné leur feu vert pour permettre aux dossiers de leurs enfants de circuler dans le nouveau circuit informatique mis en place par l’hôpital
Tout le monde en parle, mais personne ne le fait. Le dossier-patient informatisé, un incontournable du système de santé de demain, est encore une utopie. Mais plus à l'hôpital Sainte-Justine, où quelque 72 000 dossiers médicaux sont totalement informatisés et 4000 déjà partagés avec les hôpitaux et les médecins de cinq cliniques pédiatriques de Laval et de la Rive-Nord.

Pour la secrétaire du Dr Pascale Hamel, pédiatre à la Clinique Val des Arbres de Pont-Viau à Laval, plus question de poireauter au bout de la ligne pour obtenir des résultats de tests de laboratoire des patients qui ont été soignés à Sainte-Justine.

De son bureau, le Dr Hamel peut désormais consulter à l'écran, après avoir tapé sur son clavier un code d'accès, le bilan sanguin complet de ses petits patients, analyser la dernière radiographie réalisée à Sainte-Justine, ou même obtenir le résumé détaillé de la chirurgie subie il y a quelques jours à la Cité de la Santé.

«Avant, on pouvait attendre un mois avant d'avoir des résultats et devoir reporter les rendez-vous de nos patients si les résultats tardaient à entrer», explique le Dr Hamel.

Sa secrétaire, elle, est ravie. C'étaient presque deux heures par jour qui étaient englouties dans l'improductive et lancinante attente au bout du fil, pour rapatrier par téléphone les résultats de tests des patients du Dr Hamel. À défaut de se plier à cet exercice de patience, c'étaient plusieurs semaines qu'il fallait compter pour obtenir les résultats par la poste.

Pour l'instant, ce sont les dossiers-patients de quelque 4000 enfants de la région de Laval et de Saint-Eustache qui sont accessibles aux médecins des hôpitaux régionaux, ainsi qu'à ceux de cinq cliniques privées de la région. Au cours de l'hiver, Sainte-Justine a recueilli les consentements écrits des parents, qui ont donné leur feu vert pour permettre aux dossiers de leurs enfants de circuler dans ce nouveau circuit informatique.

«Nous sommes pour l'instant reliés à cinq cliniques privées pédiatriques où le pédiatre peut consulter directement à l'écran le dossier-patient d'un enfant et avoir accès, notamment, aux résultats de tests et aux résumés de dossier», explique le Dr Lucie Poitras, directrice des services professionnels à l'hôpital Sainte-Justine.

Budget oblige, ce partage de dossiers-patients, appelé projet Arc-en-ciel, est limité à 4000 patients, mais Sainte-Justine souhaite un jour pouvoir «partager» avec d'autres hôpitaux et cliniques la totalité des 72 000 dossiers médicaux d'enfants que possède l'hôpital fondé par Justine Lacoste-Beaubien.

Le dossier au bout du clavier

En plus des résultats détaillés de laboratoire, ces médecins de cliniques privées ont un accès direct aux images numérisées des radiographies faites à Sainte-Justine, au sommaire des visites effectuées en cliniques externes, ainsi qu'aux notes rédigées par le médecin traitant lors d'une hospitalisation. Exit, donc, l'interrogatoire pour tirer les vers du nez des parents et deviner ce que le spécialiste a observé chez fiston lors de sa dernière visite à l'urgence.

Sur ce dossier informatisé, toutes les informations essentielles figurent. Ne manquent plus que les notes inscrites au dossier de l'enfant par les infirmières, affirme le Dr Poitras, qui travaille sur le projet Arc-en-ciel depuis 2001.

«On ne peut prétendre être un réseau Mère-Enfant et desservir les hôpitaux d'autres régions s'il n'y a pas de transfert d'informations entre nous. Car, sans informations, on ne peut assurer de suivi efficace des enfants», soutient le Dr Poitras.

Dans un avenir proche, Sainte-Justine souhaite suivre l'exemple de l'Hôpital pour enfants malades de Toronto, où un réseau informatique permet déjà l'échange des dossiers-patients du Sick Children avec 28 hôpitaux ontariens.

«Les enfants de notre région fréquentent plusieurs hôpitaux et plusieurs actes sont effectués sans que le médecin traitant le sache. Plusieurs patients nous sont envoyés après une visite à l'urgence de Sainte-Justine ou de la Cité de la Santé. Maintenant, on n'a plus qu'à consulter le dossier-patient pour savoir ce qui a été fait et les tests demandés», explique le Dr Pascale Hamel, omnipraticienne à la Clinique pédiatrique Val des Arbres, située à Pont-Viau, à Laval.

Selon ce médecin, les enfants atteints de maladies chroniques, qui fréquentent souvent Sainte-Justine, seront les grands gagnants de cette petite révolution informatique. «Non seulement ça nous évite de répéter des tests — ce qui est parfois très traumatisant pour un enfant —, mais nos patients vont obtenir un suivi beaucoup plus rapide. On peut aujourd'hui avoir le portrait complet de leur état de santé avant qu'ils n'arrivent à notre bureau!», affirme le Dr Hamel.

Si, pour l'heure, l'impact le plus important se fait sentir sur le fonctionnement des médecins des cliniques privées, on s'attend à ce que les dossiers partageables limitent les demandes de consultation à Sainte-Justine, allégeant d'autant la tâche de cet hôpital déjà mobilisé par plus de 200 000 visites par année à son urgence.

Au moment où le réseau de la santé tout entier espère une informatisation devenue plus que nécessaire, le projet est surveillé de près par le ministère de la Santé, qui prévoit étendre l'idée d'un dossier-patient à toutes les régions du Québec, dans la foulée de la création prochaine des réseaux locaux de services de santé.

Jusqu'ici financé par Québec, le projet Arc-en-ciel sollicite aujourd'hui la faveur d'Inforoute Santé du Canada, qui prévoit distribuer plus de 1,2 milliard de dollars aux provinces pour favoriser l'informatisation des soins de santé.

À ceux qui craignent ce feu vert à la circulation d'informations personnelles entre établissements, Sylvie Talbot, coordonnatrice du projet Arc-en-ciel à Sainte-Justine, rétorque que les parents en sont les premiers ravis. «Les parents nous demandent même pourquoi on n'a pas fait cela avant! Et les médecins, eux, peuvent apprendre à utiliser ce système en 15 minutes.»
 
 
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