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L'insomnie coûte cher

Louise-Maude Rioux Soucy   27 avril 2004  Santé
En apparence anodins, les troubles du sommeil ont des répercussions insoupçonnées sur le fonctionnement de la société. N'épargnant personne, l'insomnie apparaît comme le plus démocratique d'entre eux. Un mal moderne que le professeur Roger Godbout entend démythifier, ce soir, au Centre des sciences de Montréal à l'occasion d'une conférence destinée au grand public désireux de dompter la bête noire qui hante régulièrement les nuits de milliers de Québécois.

Pour le professeur de psychiatrie à l'Université de Montréal, il ne fait aucun doute que «des coûts sociaux et financiers importants sont associés à l'insomnie, en termes d'absentéisme et de manque d'attention par exemple». Selon la National Sleep Fondation (NSF), les entreprises américaines essuient en effet chaque année des pertes de 18 milliards en raison du simple manque de sommeil de leurs employés.

Se rapportant aux chiffres de la NSF, Roger Godbout montre que ces troubles affectent non seulement l'individu qui en souffre, mais aussi son entourage immédiat et son milieu de travail. Toujours selon la fondation américaine, 51 % des travailleurs avouent ainsi que le manque de sommeil a des répercussions sur la quantité de travail qu'ils abattent, tandis que 40 % d'entre eux reconnaissent que cela influe sur sa qualité. Près du cinquième (19 %) vont même jusqu'à dire que la somnolence les amène fréquemment à faire des erreurs.

Il n'y a pas de portrait type de l'insomniaque. Celui-ci est issu de toutes les classes sociales, n'a pas d'âge, pas de sexe. En fait, «tout le monde souffre d'insomnie au moins une fois dans sa vie», explique Roger Godbout, aussi directeur du laboratoire de recherche sur le sommeil de l'Hôpital Rivière-des-Prairies.

Paradoxalement, n'est pourtant pas insomniaque qui veut. «Pour qu'il y ait insomnie, il faut non seulement avoir mal dormi, mais qu'on fonctionne mal le jour parce qu'on a mal dormi», nuance le Dr Godbout. Beaucoup de gens entretiennent en effet des attentes irréalistes à l'égard de leur sommeil et confondent trop souvent fatigue et sommeil.

Tout peut causer l'insomnie: nos humeurs, la maladie, la fatigue, les soucis, le stress... «Les causes de l'insomnie sont aussi multiples que le nombre de personnes atteintes», confirme le professeur. D'où la difficulté d'en trouver la source, seul moyen d'y mettre un terme.

Parce que l'insomnie est avant tout une question d'abandon. «Quand on s'endort, il y a deux choses qui se passent: d'une part, le système d'éveil est prêt à laisser son siège de conducteur, si on veut, et, d'autre part, celui du sommeil est prêt à en prendre le contrôle.» Les insomniaques, eux, ont de la difficulté à s'y résoudre. C'est cet état d'abandon que s'efforce de faire refleurir le professeur Godbout, au moyen d'un journal de bord du sommeil que tient le patient, jour après jour.

À cet égard, les chercheurs rappellent que si l'insomnie ne s'attrape pas, elle s'apprend. «L'insomnie, ça s'enseigne. Il y a des familles d'insomniaques qui ont a appris à évacuer leur stress comme ça», remarque Roger Godbout. C'est là que pointe le côté le plus pernicieux de l'insomnie qui devient parfois le contenant dans lequel sont précipitées toutes les frustrations quotidiennes.

D'autant plus que le manque de sommeil rend non seulement irritable, mais parfois il rend plus anxieux, quand ce n'est pas plus sensible à la douleur. Une spirale qui, si elle pas freinée rapidement, peut devenir dangereuse. «Si cela devient trop sérieux, les conséquences peuvent conduire à la dépression et même au comportement suicidaire», met en garde le professeur.

Les troubles du sommeil: qu'est-ce qui nous empêche de dormir? Ce soir, 19h30, au Centre des sciences de Montréal. La conférence sera précédée à 18h d'une visite de l'exposition Le sommeil de A à Zzz. Réservation: 496-4724






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