La liste d’attente pour des chirurgies cardiaques est repartie à la hausse

Selon les statistiques les plus récentes, 1013 patients seraient en attente pour une chirurgie cardiaque au Québec. 
Photo: Johnny Greig Getty Images Selon les statistiques les plus récentes, 1013 patients seraient en attente pour une chirurgie cardiaque au Québec. 

Plus de 1000 patients attendent une chirurgie cardiaque au Québec. L’Institut de cardiologie de Montréal (ICM), qui n’a jamais autant opéré, attend le financement de Québec pour ouvrir au maximum de sa capacité une salle d’opération actuellement sous-utilisée.

De plus en plus de personnes ont besoin d’une intervention cardiaque. « Nous sommes passés de 7000 à presque 8000 cas par an », explique le Dr Louis Perrault, qui préside l’Association des chirurgiens cardio-vasculaires et thoraciques du Québec.

Selon le Dr Perrault, c’est en partie parce que le CHUM et le CUSM font « moins de cas qu’avant », que « la liste d’attente à l’ICM a augmenté malgré le fait qu’on en fait de plus en plus ». Il y est chef du Département de chirurgie. Ce sont 325 patients qui attendent une intervention de ce type à cet établissement.

Au nouveau CHUM, 24 des 36 salles du bloc opératoire sont actuellement opérationnelles, indique la directrice des communications, Irène Marcheterre. Il y a trois salles réservées aux chirurgies cardiaques, et elles fonctionnent, affirme-t-elle. Après une « baisse inévitable » due au déménagement, « il y a une période d’appropriation des lieux, mais il n’y a aucune raison pour que, à terme, on fasse moins [de chirurgies cardiaques] qu’avant », a-t-elle indiqué en entrevue.

Les employés du CHUM ont été informés que les blocs opératoires du nouvel hôpital seraient pleinement opérationnels en mars.

« Les nouveaux CHUM et CUSM n’ont eu aucun impact sur la liste d’attente », a écrit le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) au Devoir.

Le ministère pointe plutôt le « vieillissement de la population » et « l’évolution de la technologie » qui amène de « nouvelles avenues thérapeutiques ».

« Nous devons prioriser les cas, ce qui veut dire que certains patients doivent attendre plus longtemps qu’avant », reconnaît de son côté le CUSM dans une réponse écrite. Les blocs opératoires du CUSM fonctionnent à 77 % de leurs capacités pour l’ensemble des chirurgies planifiées — pas seulement cardiaques — pour le site Glen/Hôpital Royal-Victoria et à 69 % pour l’Hôpital général, où deux salles « sont très petites et ne peuvent être utilisées pour les chirurgies majeures », indique l’établissement. La disponibilité des lits est aussi un enjeu, ajoute-t-on.

Le CUSM ajoute optimiser l’utilisation des blocs opératoires le soir, la nuit et le week-end tout en surveillant la liste d’attente pour prioriser les cas urgents.


Solutions ?

Y a-t-il un plan pour « vider » la liste d’attente ? Le MSSS répond que « beaucoup de travail s’est fait » dans les établissements. Mais ajoute que « bon nombre » de patients se retrouvent sur la liste d’attente mais « ne sont pas nécessairement prêts à être opérés ».

Au tournant de l’an 2000, les chirurgiens cardiaques avaient dénoncé avec véhémence la liste d’attente qui atteignait presque 1000 patients. Des cas de patients morts en attendant leur procédure avaient fait les manchettes avant que le gouvernement, alors péquiste, n’injecte 25 millions de dollars pour juguler la crise.

Selon le Dr Louis Perrault, la situation actuelle, bien que préoccupante, n’est pas aussi grave, « car les capacités ont augmenté ». Sans être « inquiets », les chirurgiens comme lui sont « préoccupés », explique-t-il. « Les processus sont en marche pour augmenter [le nombre d’interventions] et ramener la liste à des niveaux plus acceptables », dit-il.

En ce sens, l’ICM a déjà augmenté la cadence pour opérer 50 patients de plus par an. Une demande de financement a aussi été faite au MSSS afin d’ouvrir une 5e salle d’opération, actuellement sous-utilisée, pour opérer 100 patients supplémentaires.

Optimiste, le Dr Perrault affirme que le MSSS est « réceptif ».

Des patients risquent-ils la mort dans l’antichambre du système de santé ? « Il y a toujours un risque théorique », selon lui. Il assure qu’aucun décès n’a été occasionné par l’attente à l’ICM.

Mais, dit-il, des patients peuvent être opérés alors qu’ils sont « plus instables » : « Ça peut allonger le séjour hospitalier ou modifier l’évolution après l’opération. » Dans son hôpital, des infirmières suivent l’évolution des patients en attente de près pour faire remonter en priorité ceux dont l’état se dégrade.

Le président du Réseau québécois de cardiologie tertiaire (RQCT), le cardiologue Normand Racine, indique qu’aucun décès ne lui a été rapporté sur la liste d’attente. « Ma préoccupation n’est pas énorme, a-t-il dit en entrevue, car je vois que les établissements s’ajustent » à la demande.

L’an dernier, 417 patients de plus que l’année précédente ont été opérés, observe-t-il, ce qui lui fait dire que les hôpitaux ont amélioré leur performance. Il observe que de plus en plus de patients sont confiés pour des chirurgies moins urgentes, comme un remplacement de valve cardiaque. « Ils sont moins à risque de décès, mais il faut rester aux aguets », affirme-t-il.

L’attente en détail

Le MSSS a confirmé au Devoir que 1013 patients attendaient pour une chirurgie cardiaque en septembre, les statistiques les plus récentes. Le ministère précise que 77 % des patients sont opérés dans les délais recommandés. Très peu de cas « urgents », dits de priorité 1 et 2, attendent. Selon Québec, ils sont opérés dès que leur état le permet. Pour ces raisons, le MSSS ne considère pas la situation comme « problématique », a indiqué la responsable des communications, Noémie Vanheuverzwijn.

L’attente concerne surtout 133 patients de priorité 3, 221 de priorité 4 et 644 de priorité 5. Ces patients ne devraient pas attendre plus de 2 semaines (P3) à 3 mois (P5).

C’est en 2014-2015 que la liste d’attente en chirurgie cardiaque a commencé à gonfler, selon les chiffres fournis par le MSSS. De 714 patients, où elle avait connu un plateau de quelques années, elle est passée à 866 patients l’année suivante, et a augmenté régulièrement depuis. Il y a déjà eu aussi peu que 466 patients en attente, en 2008-2009.

L’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) affirme qu’il n’y a pas de problématique d’attente pour la chirurgie cardiaque pour son territoire, soit tout l’est du Québec. « On répond parfaitement à la demande », se réjouit le Dr François Aumond, le directeur des services professionnels à l’IUCPQ. 

3 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 2 février 2018 06 h 09

    L'empathie de nos bons docteurs

    Couillard dit: Vous nous en avez trop donné on va vous en remettre.
    Couillard dit: Je connais bien le dr Barrette il est sensible aux besoins des malades
    Moi je dis: ayoye! Le gouvernement nage dans les surplus et on attend les budgets pour opérer davantage. J'aimerais bien en voir un de ceux-là sur une liste d'attente.
    L'ICM connaît présentement un sommet incceptable. Imaginons l'anxiété de ces patients, en plus de la surconsommation de médicaments en attendant....La résiliance a ses limites. À quand un électrochoc pour leur ouvrir les yeux et démontrer un tant soit peu d'humanité?

  • Nadia Alexan - Abonnée 2 février 2018 09 h 58

    Un gouvernement incompétent.

    Les bons docteurs Couillard et Barrette ont détruit notre système de soins de santé publique. Il faudrait se débarrasser de ce gouvernement incompétent.

  • Claire Goguen - Abonnée 2 février 2018 13 h 55

    Augmentation des listes d'attentes en chirurgie cardiaque

    Aucun progrès, du moins dans la région montréalaise, pour réduire les listes d'attente en chirurgie cardiaque. Et les médecins sont fiers de dire que pas trop de mors devraient en découler. Tant mieux, mais la qualité de vie elle? Pas sûr que le commun des mortels a le même traitement qu'une personnalité. Honteux de ne pas utiliser mieux les salles d'opération et le personnel infirmier pour soulager et améliorer la vie des payeurs de taxes, pourtant tous assez égaux devant l'impôt. À quand un réinvestissement budgétaire pour ces gens en attente de vivre mieux et plus intensément?