Les infirmières expriment leur ras-de-bol

Les infirmières de plusieurs hôpitaux se disent épuisées par la charge de travail et les heures supplémentaires imposées.
Photo: iStock Les infirmières de plusieurs hôpitaux se disent épuisées par la charge de travail et les heures supplémentaires imposées.

La tension a encore grimpé à cause de la surcharge de travail dans le milieu hospitalier. Des infirmières excédées ont fait trois sit-in ce mois-ci à Trois-Rivières, en plus d’autres à Sorel, à Laval et au Suroît, a appris La Presse canadienne.

 

Et à ces sit-in, il faut ajouter plusieurs cas d’heures supplémentaires obligatoires, en Montérégie-Est, à Sherbrooke, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, dans Lanaudière et en Abitibi, a rapporté mardi la Fédération interprofessionnelle de la santé, la grande organisation qui regroupe 75 000 infirmières et infirmières auxiliaires dans tout le Québec.

 

Au cours d’une entrevue, la présidente de la FIQ, Nancy Bédard, a assuré que ces sit-in n’étaient « absolument pas » commandés par le syndicat, qui est placé devant le fait accompli par ses membres exaspérés et épuisés.

 

Ce ras-le-bol a aussi été exprimé dans le témoignage touchant d’une infirmière de l’Estrie, Émilie Ricard, devenu viral. Les yeux pleins d’eau, elle y décrit sa surcharge de travail, mais aussi sa détresse.

 

Ça pète partout

 

« Ça fait plus de deux ans qu’on a négocié un rehaussement de postes et qu’on a négocié des actions pour pouvoir établir de nouveaux ratios professionnels en soins-patients. Et il n’y a rien qui a été fait actuellement. On nous niaise. Alors moi, je ne suis pas surprise que ça pète et que ça saute un peu partout », s’est exclamée Mme Bédard.

 

Aussi en entrevue, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, s’est dit convaincu que ces sit-in relèvent d’« une opération concertée de la FIQ » et de sa nouvelle présidente, Nancy Bédard. « Ce n’est pas un hasard », a-t-il lancé.

 

La FIQ s’est en effet donné comme objectif de négocier un ratio infirmière-patients, dans le but d’offrir de meilleurs soins et de réduire la tâche. Elle s’est même donné un slogan : « On a notre quota. »

 

Le ministre Barrette a rappelé qu’il avait déjà donné la consigne aux directeurs d’établissement d’ouvrir des postes à temps plein, afin de stabiliser les équipes de soins et de diminuer le recours aux heures supplémentaires. « Est-ce que tout le monde va à la même vitesse ? Peut-être pas. Tout ne peut pas se régler d’un coup », a-t-il répliqué.

 

Mme Bédard, elle, parle carrément d’un « chaos » à cause des réformes du ministre Barrette touchant le système de santé.

 

« On est en train de perdre notre capacité de donner des soins sécuritaires. Redonnez-nous ces moyens-là. Après une réforme qui est vraiment un échec, on est dans un chaos total », s’est-elle exclamée.

 

Manque de candidats

 

Pourtant, dans certains cas, des postes sont ouverts, mais il manque de candidats pour les pourvoir. Le ministre cite le cas de la Cité de la santé, à Laval, où quarante postes ont été affichés alors que seulement huit candidats ont postulé..

 

Il blâme la FIQ pour cette situation, affirmant que c’est elle qui a créé un climat syndical extrêmement négatif envers leurs propres milieux de travail, en présentant un portrait sombre de la réalité. « C’est un climat bien entretenu par bien du monde », affirme le ministre Barrette.

 

Mme Bédard admet que, dans certains cas, les postes ouverts ne sont pas pourvus. Chaque cas est particulier, dit-elle. Mais elle souligne que, dans certains cas, les infirmières ne veulent pas de poste à temps plein parce qu’elles seront contraintes de faire du temps supplémentaires.

 

« C’est une planification de main-d’oeuvre déficiente qui fait en sorte qu’aujourd’hui, on se retrouve avec des gens qui n’osent même pas postuler sur des postes à temps complet parce qu’ils ne savent pas s’ils vont être obligés de faire 10 [quarts de travail] supplémentaires au bout de ça. On est dans un cercle vicieux », a déploré Mme Bédard.

 

« Je comprends très bien cette situation, a rétorqué le ministre. Je suis, pour elle et pour toutes ses collègues, prêt à faire les aménagements nécessaires pour améliorer la situation. Je ne suis pas heureux de voir des gens dans cette situation-là. Mais il n’en reste pas moins que, si les postes disponibles ne sont pas pourvus, quand on a des patients qui sont à l’hôpital, on ne peut pas les abandonner non plus », a-t-il fait valoir.

2 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 31 janvier 2018 12 h 47

    Un problème chronique

    J'ai enseigné la déontologie professionnelle pendant 20 ans au Bacc. en nursing. Bien que mes informations remontent à presque 10 ans, je retiens qu'en Ontario l'Ordre des infirmières et infirmiers limite l'obligation de ses membres de faire du temps supplémentaire obligatoire: elles ont le droit de quitter après un certain nombre d'heures. L'OIIQ devrait s'inspirer de l'exemple ontarien. Pourquoi ne le fait-il pas? En Ontario, l'employeur doit régler la pénurie de main-d'oeuvre ou en subir les conséquences administratives, politiques, civiles et publiques. Au Québec, des infirmières et les patients écopent, l'employeur se contentant d'afficher des postes peu attractifs en raison du temps supplémentaire obligatoire récurrent attaché. Cette façon d'organiser le travail abaisse ses coûts de main-d'oeuvre, notamment au chapitre des régimes de retraite. Elle favorise aussi l'inertie patronale. Elle permet également à un bon nombre de personnes d'augmenter énormément leurs revenus de travail annuels sans pour autant faire beaucoup monter leurs salaires horaires de base négociés collectivement. La cotisation syndicale annuelle s'établit en fonction de la masse salariale totale, temps supplémentaire inclus. L'OIIQ pourrait réellement mieux protéger le public s'il le voulait.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 31 janvier 2018 13 h 05

    Le ministre Barrette

    est une des grandes raisons de balayer le PLQ de Couillard hors de nuire aux québécois .Nommez-moi un ou deux ministres de ce cabinet qui sont dignes
    d'etre député travaillant au bien-etre publique ?