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    Idées

    Il y a urgence en santé

    Le premier ministre a la responsabilité d’agir en respectant les valeurs de la population qu’il représente

    3 janvier 2018 | Maria De Koninck - Professeure émérite au Département de médecine sociale et préventive, Université Laval | Santé
    Philippe Couillard
    Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Philippe Couillard

    Il y a plus d’un an, je signais avec des ex-collègues une lettre demandant à Philippe Couillard, notre premier ministre, d’imposer un moratoire à la mise en oeuvre de la réforme de la santé reposant sur des décisions qui ne trouvaient pas de justifications scientifiques et provoquaient des conséquences néfastes. Depuis, la situation n’a cessé de se dégrader et nous avons entendu de nombreux cris du coeur, provenant de la population, des acteurs du milieu et des organisations les représentant, qui vont tous dans le même sens.

     

    J’ai tout récemment accompagné une personne lors d’un épisode de problème de santé nécessitant une intervention chirurgicale et une hospitalisation. Le constat est alarmant. Et il ne s’agit pas d’une anecdote. Il suffit d’écouter les différents acteurs en cause (ils sont nombreux et occupent différentes fonctions) s’exprimer sur les conséquences des compressions budgétaires et de la centralisation des pouvoirs pour constater que la situation que j’ai pu observer n’est pas unique, mais bien représentative. En effet, je n’oserais pas généraliser, mais les acteurs sur le terrain le font. Fait instructif, les blâmes concernant la détérioration des services visent essentiellement le ministre de la Santé et non les gestionnaires locaux.

     

    Est-ce pour offrir des baisses d’impôt aux prochaines élections que le premier ministre a toléré les agissements et décisions de son ministre de la Santé ? Pense-t-il vraiment que lancer de la poudre aux yeux, avec des chiffres sur l’accès aux médecins de famille, des chiffres qui ne tiennent pas compte de la qualité des soins et des services que ceux-ci seront en mesure d’offrir, fonctionnera ?

     

    Ne pas se laisser berner

     

    La population québécoise a une tradition de solidarité fiscale visant à assurer une meilleure qualité de vie pour tout le monde. Elle ne se laissera pas berner longtemps par ces quelque 200 $ de baisse d’impôt en lieu et place de services collectifs de qualité. Dans le domaine de la santé et des services sociaux, cela signifie : un accès à un médecin qui a le temps de nous soigner, qui que l’on soit et quelle que soit notre région de résidence, d’un personnel qui n’est pas à la course et constamment à bout de souffle, de l’accès à une expertise (notamment d’analyses) permettant d’être soigné rapidement et efficacement, de savoir que les personnes âgées ayant besoin de soins sont traitées avec dignité, que les enfants ayant besoin d’un soutien spécialisé le reçoivent, etc. Bref, que la santé et la dignité des personnes redeviennent la priorité et prennent le dessus sur l’atteinte de quelques objectifs statistiques dont seul le ministre de la Santé semble se contenter.

     

    Le premier ministre a la capacité et le devoir de mettre fin à la détérioration constatée dans l’organisation des services de santé et des services sociaux. Il a la responsabilité d’agir en respectant les valeurs de la population qu’il représente. Son inaction est indigne devant le recul inacceptable de la qualité des soins et des services de santé au Québec, dont la cause majeure fait l’unanimité : les intérêts, les méthodes et le manque de compétence ministérielle de monsieur Gaétan Barrette.













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