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    Libre opinion

    Une année pénible pour le milieu de la santé

    30 décembre 2017 | Jacques Benoit - Coordonnateur de la Coalition solidarité santé | Santé
    Les décisions du ministre Barrette portent considérablement atteinte au droit de la population québécoise à des soins de santé et à des services sociaux de qualité, estime l'auteur. 
    Photo: Getty Images Les décisions du ministre Barrette portent considérablement atteinte au droit de la population québécoise à des soins de santé et à des services sociaux de qualité, estime l'auteur. 

    Recul de l’accès, diminution et réduction des services, réseau fragilisé et affaibli, épuisement du personnel, démotivation, c’est ainsi qu’on peut résumer l’année 2017 en Santé et Services sociaux (SSS).

     

    Si les manières du ministre Barrette ont été amplement critiquées, son oeuvre est encore bien pire parce qu’elle porte considérablement atteinte au droit de la population québécoise à des soins de santé et à des services sociaux de qualité. L’objectif du gouvernement n’est plus que le système public de SSS réponde aux besoins de la population, mais plutôt qu’il offre un même service partout, indépendamment des milieux, comme si c’était un McDonald’s.

     

    Les problèmes augmentent partout dans le réseau public. En voici un bref survol.

     

    Les centre intégrés de santé et de services sociaux (CISSS/CIUSSS) (nés des fusions de la loi 10) : dénués de représentation citoyenne, membres au pouvoir sont limité, les conseils d’administration n’en ont pas moins un potentiel de conflits d’intérêts explosif. Ils suivent un modèle de gestion privée inadapté pour un réseau public de SSS, avec tout ce que cela entraîne en terme de planification et de gestion de la main d’oeuvre, de la manière de rendre les services, du financement ;

     

    Planification de la main-d’oeuvre : la priorité est aux contraintes budgétaires immédiates, aux dépens des besoins de la population, sans vision à long terme ;

     

    Santé mentale des intervenants : le personnel essoufflé et surchargé est en état de détresse psychologique, vit une perte de sens de leurs professions et se bute à un système qui ignore les besoins réels, tant les siens que ceux de la population ;

     

    Soutien à domicile : statistiques à l’appui, on assiste à une baisse de services résultant d’une révision des critères d’admissibilité (contraintes budgétaires obligent, gestion privée fustige). Ainsi des personnes handicapées voient leurs services coupés de moitié (de 40 à 28 heures par semaine), par « souci d’équité » avec les autres qui en ont aussi besoin ;

     

    Gestion par statistiques : accentuation de la pression sur les intervenants pour l’atteinte de cibles statistiques irréalistes ; on vise le volume plutôt que la qualité. La relation d’aide est vue comme une chaîne de montage ;

     

    Financement à l’activité (axé sur les patients) : le moule du financement historique est cassé, les établissements sont maintenant financés au volume d’activités (selon les résultats). Restent les chirurgies, dont le projet pilote de deux ans dans des cliniques privées se terminera en février prochain. Après quoi, le financement à l’activité pourra être généralisé. Dès le prochain budget Leitão, le patient ne sera plus une personne ayant besoin d’aide et de soins, il deviendra un « revenu » ; on traitera les patients les plus payants pour assurer le refinancement des CISSS-CIUSSS ;

     

    OPTILAB : poursuite de la centralisation régionale des analyses de laboratoires. Résultats : des ratés dans les transferts et dans le transport des échantillons, des prélèvements perdus ou des délais supplémentaires, des décisions coûteuses et bâclées ;

     

    GMF et supercliniques : le ministre a poursuivi le démantèlement des CLSC, la première ligne du réseau public, pour en recréer une nouvelle dans le privé, avec moins de services qu’en CLSC, inégale d’un GMF à l’autre, avec financement public, mais sous contrôle unique des médecins propriétaires ;

     

    Les Centres de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles du spectre de l’autisme (CRDI TSA) : ces personnes sont oubliées, elles ne sont pas prises en compte, surtout les adultes à déficience lourde ;

     

    Les Centres jeunesse : manque flagrant de ressources, personnel à bout de souffle qui évolue dans un milieu encore trop empreint de violence ; l’accent est mis sur la réduction à tout prix des listes d’attente, mais la prise en charge ne suit pas ;

     

    Les Centres de jour, les Centres de réadaptation en dépendance : on coupe, on ferme, on communautarise ; délai jusqu’à un an pour recevoir un premier épisode de services ; perte potentielle de l’expertise dans le réseau public, remplacée par le privé ou le communautaire ;

     

    Hébergement : des cas de plus en plus lourds, dans des ressources intermédiaires de plus en plus inaptes à la prise en charge en raison de la concomitance et de la lourdeur des problèmes. Beaucoup d’incidents en santé et sécurité du travail pour le personnel ;

     

    Santé mentale : annonce de prise en charge de la psychothérapie par le réseau public de SSS grâce à un investissement de 35 millions ; mais finalement, ce sera plutôt au privé, sous l’autorité des médecins des GMF, avec un financement public ; et 600 000 rendez-vous (RV) annuels annoncés, ça fera en moyenne 2,43 RV par personne, soit environ 145 minutes (à 60 minutes par RV) pour régler un problème de santé mentale.

     

    Cet état des lieux ne reflète qu’une partie de la réalité : les régions éloignées des grands centres écopent plus encore parce que même avec moins de services publics, elles ne représentent pas un marché intéressant pour le privé.

     

    L’année 2018 pourrait marquer une pause dans les coupes et les restrictions budgétaires. Mais tout cela ne sera qu’apparence. N’oublions pas que nous serons en période préélectorale.













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