Jean Charest en entrevue au Devoir - Les super-hôpitaux seraient gérés par le privé
Le premier ministre Jean Charest envisage de confier au secteur privé non seulement la construction mais aussi la gestion des deux grands hôpitaux universitaires de Montréal, le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et le Centre universitaire de santé de McGill (CUSM).
«On a d'emblée dit notre ouverture à une formule de partenariat public-privé», a dit Jean Charest au cours d'une entrevue qu'il a accordée, hier, au Devoir. «Pour la construction, pour la gestion aussi. Et si on veut nous proposer une formule, on est ouverts à cela.»
Le premier ministre a laissé entendre que le rapport sur le CHUM et le CUSM, dont la rédaction a été confiée aux anciens premiers ministres Brian Mulroney et Daniel Johnson, irait dans ce sens. Ce rapport doit être rendu public ce mois-ci. Les dernières évaluations montrent que la facture pour chacun des centres hospitaliers universitaires pourrait s'élever à 1,3 milliard, pour un total de 2,6 milliards.
De son côté, la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, dévoilera d'ici quelques semaines les intentions concrètes du gouvernement en matière de réingénierie que l'on désigne maintenant au gouvernement sous le vocable de modernisation de l'État.
Selon M. Charest, une des grandes vertus des partenariats publics-privés, ou PPP, c'est de permettre au gouvernement de sortir «des échéanciers électoraux» pour les remplacer par «des échéanciers qui sont plus collés à la vie utile des infrastructures».
Le premier ministre est particulièrement séduit par les expériences britanniques de PPP: le gouvernement de Tony Blair a signé plus de 600 ententes, d'une valeur de 100 milliards, avec le secteur privé pour la construction et la gestion d'hôpitaux, de ponts, de prisons, d'écoles et de transports en commun, selon une recension effectuée par le quotidien Le Soleil. M. Charest a indiqué que des membres de son gouvernement et des fonctionnaires conduiraient des missions en Grande-Bretagne pour faire leurs classes en la matière.
Projet mobilisateur
La modernisation de l'État est un projet «mobilisateur» qui vise «à faire le pont entre la Révolution tranquille et la nouvelle ère de la mondialisation», a dit le premier ministre. La réingénierie est «un passage obligatoire» qui permettra de diminuer la taille de l'État québécois que M. Charest juge trop importante. Il note que l'État québécois compte pour 17,5 % du Produit intérieur brut du Québec contre 12 % en Ontario. Son gouvernement ne vise toutefois pas à rapetisser l'État québécois au niveau ontarien. «On ne va pas avoir une approche dogmatique», parce que l'État du Québec est différent de celui de l'Ontario: le Québec a un ministère du Revenu et dépense davantage pour la culture, a fait valoir M. Charest. Mais il n'a pas donné d'objectifs financiers à cet exercice «colossal» de réingénierie.
En dépit des sondages qui montrent que, depuis la fin de l'année dernière, les deux tiers des Québécois sont insatisfaits de son gouvernement, Jean Charest assure qu'il n'a pas sous-estimé la résistance aux changements qu'il entend effectuer. «Je n'ai jamais carburé aux sondages», a-t-il souligné.
Les gagnants
Même les résistances du secteur privé aux PPP, dont faisait état Le Devoir dans son édition de samedi, sont le signe que le véritable «gagnant» de la réingénierie, «c'est le citoyen du Québec», croit le premier ministre. «Pour certains dans le secteur privé, c'est plus facile d'avoir des contrats du gouvernement et de faire de la consultation que de répondre à un partenariat public-privé qui engage un haut niveau de responsabilité et de rigueur», a-t-il expliqué. Les firmes d'ingénieurs du Québec trouvent que les projets de PPP présentent tellement de risques financiers qu'elles souhaitent obtenir de l'aide de l'État pour répondre aux appels d'offres.
Le budget qu'a déposé la semaine dernière le ministre des Finances, Yves Séguin, n'est pas un virage à gauche de son gouvernement pour amadouer une population rétive, a assuré M. Charest. «On est très fiers du budget», a-t-il dit. «On est restés centrés sur le plan.» Si les mesures qu'il contient favorisent surtout les familles à revenus modestes et non pas la classe moyenne, ce n'est que partie remise. «On ne fera pas tout la première année», a dit le premier ministre. «Il faut commencer quelque part.» Son gouvernement va continuer à «s'attaquer au problème de l'impôt».
Mais une des réalisations importantes du dernier budget, selon M. Charest c'est d'avoir endigué la croissance des dépenses de l'État qui s'élevait à 4,6 % en moyenne entre 1998-1999 et 2002-2003. L'an dernier, cette croissance fut ramenée à 3,3 % puis à 2,9 % cette année. En 2005-2006, elle ne sera plus que de 2,6 %, a promis M. Charest. «On est en train de ralentir l'équivalent d'un paquebot pour pouvoir changer de direction» et procéder à la modernisation de l'État, a-t-il souligné.
Avec cette croissance de 2,6 % en 2005-2006, le gouvernement Charest prévoit dépenser 1,23 milliard de plus. Or le programme électoral des libéraux prévoyait dégager 1,28 milliard du budget de l'État pour hausser les dépenses en santé, à quoi s'ajoutait une somme de 1,49 milliard en provenance du fédéral pour un total de 2,77 milliards. Cet objectif s'est volatilisé à l'instar de la promesse d'investissement de 2,2 milliards en santé pour cette année.
Alors que se préparent les forums régionaux sur le défi démographique qui attend le Québec et l'état des finances publiques — la ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp en donnera les détails cette semaine —, le budget Séguin a sabré dans les sommes consenties à l'intégration des immigrants et dans Emploi-Québec. «On dépense beaucoup en immigration», a soutenu M. Charest. «On est capable de se revirer de bord, de corriger le tir» si jamais ces compressions nuisent à l'atteinte des objectifs gouvernementaux, a-t-il assuré.
Télé-Québec
En ce qui a trait à Télé-Québec, Jean Charest a tenté de calmer le jeu à la suite des déclarations de son ministre des Finances qui a évoqué la privatisation de la société. Le premier ministre a signalé que le fonctionnement de la télévision publique, dont la mission est «importante», serait revu comme celui des autres sociétés d'État. «Ce n'est pas une vendetta contre Télé-Québec», a-t-il dit. Il s'agit d'un examen de son fonctionnement. «On n'a pas d'idées préconçues. On ne part pas avec l'objectif d'arriver à une formule ou une autre.»
Pour faire face aux engagements financiers qui attendent son gouvernement, Jean Charest compte beaucoup sur la conférence fédérale-provinciale des premiers ministres sur la santé qui aura lieu cet été. «Déjà, on sent un changement de culture», juge-t-il. S'il préconise que la part du gouvernement fédéral en santé augmente à 25 %, comme le recommandait le rapport Romanow, M. Charest n'est pas prêt à accepter les conditions centralisatrices du même rapport. «Il n'est pas question de gérer un système de santé à partir d'Ottawa. Ce serait une grave erreur pour les citoyens», a-t-il dit. Contrairement à l'usage à Ottawa, M. Charest préfère parler «des systèmes de santé au pluriel».
Cette conférence des premiers ministres doit avoir lieu même si l'élection fédérale est reportée à l'automne, ce que croit d'ailleurs M. Charest. Le contexte de «surchauffe électorale» est favorable aux discussions sur le financement de la santé, estime le premier ministre.
Même si le Parti libéral de Paul Martin ne reconnaît pas le phénomène du déséquilibre fiscal, contrairement au Parti conservateur de Stephen Harper, M. Charest n'entend pas donner de directives à ses députés, le PLQ étant un parti indépendant. Les députés du PLQ qui apportent leur aide à des candidats libéraux au fédéral le font en leur nom personnel. «À ma connaissance, ce n'est pas la ruée dans les assemblées de mise en candidature, pas parce qu'on est hostiles, mais parce qu'il y a cette indépendance entre les deux partis», a fait valoir Jean Charest.
«On a d'emblée dit notre ouverture à une formule de partenariat public-privé», a dit Jean Charest au cours d'une entrevue qu'il a accordée, hier, au Devoir. «Pour la construction, pour la gestion aussi. Et si on veut nous proposer une formule, on est ouverts à cela.»
Le premier ministre a laissé entendre que le rapport sur le CHUM et le CUSM, dont la rédaction a été confiée aux anciens premiers ministres Brian Mulroney et Daniel Johnson, irait dans ce sens. Ce rapport doit être rendu public ce mois-ci. Les dernières évaluations montrent que la facture pour chacun des centres hospitaliers universitaires pourrait s'élever à 1,3 milliard, pour un total de 2,6 milliards.
De son côté, la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, dévoilera d'ici quelques semaines les intentions concrètes du gouvernement en matière de réingénierie que l'on désigne maintenant au gouvernement sous le vocable de modernisation de l'État.
Selon M. Charest, une des grandes vertus des partenariats publics-privés, ou PPP, c'est de permettre au gouvernement de sortir «des échéanciers électoraux» pour les remplacer par «des échéanciers qui sont plus collés à la vie utile des infrastructures».
Le premier ministre est particulièrement séduit par les expériences britanniques de PPP: le gouvernement de Tony Blair a signé plus de 600 ententes, d'une valeur de 100 milliards, avec le secteur privé pour la construction et la gestion d'hôpitaux, de ponts, de prisons, d'écoles et de transports en commun, selon une recension effectuée par le quotidien Le Soleil. M. Charest a indiqué que des membres de son gouvernement et des fonctionnaires conduiraient des missions en Grande-Bretagne pour faire leurs classes en la matière.
Projet mobilisateur
La modernisation de l'État est un projet «mobilisateur» qui vise «à faire le pont entre la Révolution tranquille et la nouvelle ère de la mondialisation», a dit le premier ministre. La réingénierie est «un passage obligatoire» qui permettra de diminuer la taille de l'État québécois que M. Charest juge trop importante. Il note que l'État québécois compte pour 17,5 % du Produit intérieur brut du Québec contre 12 % en Ontario. Son gouvernement ne vise toutefois pas à rapetisser l'État québécois au niveau ontarien. «On ne va pas avoir une approche dogmatique», parce que l'État du Québec est différent de celui de l'Ontario: le Québec a un ministère du Revenu et dépense davantage pour la culture, a fait valoir M. Charest. Mais il n'a pas donné d'objectifs financiers à cet exercice «colossal» de réingénierie.
En dépit des sondages qui montrent que, depuis la fin de l'année dernière, les deux tiers des Québécois sont insatisfaits de son gouvernement, Jean Charest assure qu'il n'a pas sous-estimé la résistance aux changements qu'il entend effectuer. «Je n'ai jamais carburé aux sondages», a-t-il souligné.
Les gagnants
Même les résistances du secteur privé aux PPP, dont faisait état Le Devoir dans son édition de samedi, sont le signe que le véritable «gagnant» de la réingénierie, «c'est le citoyen du Québec», croit le premier ministre. «Pour certains dans le secteur privé, c'est plus facile d'avoir des contrats du gouvernement et de faire de la consultation que de répondre à un partenariat public-privé qui engage un haut niveau de responsabilité et de rigueur», a-t-il expliqué. Les firmes d'ingénieurs du Québec trouvent que les projets de PPP présentent tellement de risques financiers qu'elles souhaitent obtenir de l'aide de l'État pour répondre aux appels d'offres.
Le budget qu'a déposé la semaine dernière le ministre des Finances, Yves Séguin, n'est pas un virage à gauche de son gouvernement pour amadouer une population rétive, a assuré M. Charest. «On est très fiers du budget», a-t-il dit. «On est restés centrés sur le plan.» Si les mesures qu'il contient favorisent surtout les familles à revenus modestes et non pas la classe moyenne, ce n'est que partie remise. «On ne fera pas tout la première année», a dit le premier ministre. «Il faut commencer quelque part.» Son gouvernement va continuer à «s'attaquer au problème de l'impôt».
Mais une des réalisations importantes du dernier budget, selon M. Charest c'est d'avoir endigué la croissance des dépenses de l'État qui s'élevait à 4,6 % en moyenne entre 1998-1999 et 2002-2003. L'an dernier, cette croissance fut ramenée à 3,3 % puis à 2,9 % cette année. En 2005-2006, elle ne sera plus que de 2,6 %, a promis M. Charest. «On est en train de ralentir l'équivalent d'un paquebot pour pouvoir changer de direction» et procéder à la modernisation de l'État, a-t-il souligné.
Avec cette croissance de 2,6 % en 2005-2006, le gouvernement Charest prévoit dépenser 1,23 milliard de plus. Or le programme électoral des libéraux prévoyait dégager 1,28 milliard du budget de l'État pour hausser les dépenses en santé, à quoi s'ajoutait une somme de 1,49 milliard en provenance du fédéral pour un total de 2,77 milliards. Cet objectif s'est volatilisé à l'instar de la promesse d'investissement de 2,2 milliards en santé pour cette année.
Alors que se préparent les forums régionaux sur le défi démographique qui attend le Québec et l'état des finances publiques — la ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp en donnera les détails cette semaine —, le budget Séguin a sabré dans les sommes consenties à l'intégration des immigrants et dans Emploi-Québec. «On dépense beaucoup en immigration», a soutenu M. Charest. «On est capable de se revirer de bord, de corriger le tir» si jamais ces compressions nuisent à l'atteinte des objectifs gouvernementaux, a-t-il assuré.
Télé-Québec
En ce qui a trait à Télé-Québec, Jean Charest a tenté de calmer le jeu à la suite des déclarations de son ministre des Finances qui a évoqué la privatisation de la société. Le premier ministre a signalé que le fonctionnement de la télévision publique, dont la mission est «importante», serait revu comme celui des autres sociétés d'État. «Ce n'est pas une vendetta contre Télé-Québec», a-t-il dit. Il s'agit d'un examen de son fonctionnement. «On n'a pas d'idées préconçues. On ne part pas avec l'objectif d'arriver à une formule ou une autre.»
Pour faire face aux engagements financiers qui attendent son gouvernement, Jean Charest compte beaucoup sur la conférence fédérale-provinciale des premiers ministres sur la santé qui aura lieu cet été. «Déjà, on sent un changement de culture», juge-t-il. S'il préconise que la part du gouvernement fédéral en santé augmente à 25 %, comme le recommandait le rapport Romanow, M. Charest n'est pas prêt à accepter les conditions centralisatrices du même rapport. «Il n'est pas question de gérer un système de santé à partir d'Ottawa. Ce serait une grave erreur pour les citoyens», a-t-il dit. Contrairement à l'usage à Ottawa, M. Charest préfère parler «des systèmes de santé au pluriel».
Cette conférence des premiers ministres doit avoir lieu même si l'élection fédérale est reportée à l'automne, ce que croit d'ailleurs M. Charest. Le contexte de «surchauffe électorale» est favorable aux discussions sur le financement de la santé, estime le premier ministre.
Même si le Parti libéral de Paul Martin ne reconnaît pas le phénomène du déséquilibre fiscal, contrairement au Parti conservateur de Stephen Harper, M. Charest n'entend pas donner de directives à ses députés, le PLQ étant un parti indépendant. Les députés du PLQ qui apportent leur aide à des candidats libéraux au fédéral le font en leur nom personnel. «À ma connaissance, ce n'est pas la ruée dans les assemblées de mise en candidature, pas parce qu'on est hostiles, mais parce qu'il y a cette indépendance entre les deux partis», a fait valoir Jean Charest.
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