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    Faut-il élargir la pratique de l’aide à mourir à d’autres professionnels?

    15 décembre 2017 |Isabelle Paré | Santé
    Le Collège des médecins n’est pas prêt à élargir la pratique de l’aide médicale à mourir à d’autres professions.
    Photo: Getty Images Le Collège des médecins n’est pas prêt à élargir la pratique de l’aide médicale à mourir à d’autres professions.

    Faut-il élargir la pratique de l’aide à mourir à d’autres professionnels de la santé, compte tenu du nombre important de médecins invoquant l’objection de conscience pour décliner les demandes de leurs patients ?

     

    « Pourquoi ne pas créer un emploi spécifique pour administrer l’aide à mourir ? », plaide un patient condamné, contacté jeudi par Le Devoir.

     

    Même si sa santé décline à la vitesse grand V et qu’il estime ne plus détenir que 10 % de ses capacités physiques, Michel Favreault, « prisonnier de son propre corps », s’est vu refuser l’aide à mourir. Il se voit forcé de péricliter à petit feu, et « la médecine n’a que l’acharnement thérapeutique » à lui offrir, déplore-t-il dans une lettre dont des extraits sont publiés dans Le Devoir.

     

    « Souffrant d’une maladie orpheline, dégénérative et incurable qui me rend de plus en prisonnier de mon enveloppe charnelle […] je ne suis malheureusement pas admissible à l’aide médicale à mourir. Mes muscles “s’évaporant” sans cesse, je deviens, lentement mais sûrement, une momie. Tout en restant totalement conscient », confie ce patient, dans une lettre poignante.

     

    Malgré la maladie qui l’accable, sa « trachéotomie et sa dépendance totale à de multiples intervenants, pour [se] laver, manger, changer de couche, [se] tourner dans le lit », Michel Favreault a trouvé l’énergie de faire parvenir cette lettre au Devoir dans l’espoir que sa voix soit entendue.

     

    Élargir l’accès

     

    Au lendemain d’un article rapportant que 77 % des médecins ayant reçu une demande d’aide à mourir dans la région de Laval ont invoqué l’objection de conscience, ce dernier propose que d’autres professionnels de la santé puissent administrer l’aide à mourir réclamée par les malades.

     

    « Donner l’aide médicale à mourir, c’est grave et sérieux, et je comprends toutes les réticences des médecins. Pourquoi faut-il que ce soit eux qui écopent de la patate chaude ? » dit-il.

     

    Un acte strictement médical

     

    Mais le Collège des médecins du Québec (CMQ) n’est pas prêt, lui, à élargir la pratique de l’aide médicale à mourir à d’autres professions, d’avis qu’il faut donner le temps aux médecins de s’ajuster à cette nouvelle réalité.

     

    « Il faut d’abord rejoindre plus de médecins. Infirmières, travailleuses sociales et pharmaciens font déjà partie des équipes qui offrent l’aide à mourir. Mais évaluer un patient est un acte médical complexe, et même les médecins estiment manquer de formation à cet égard », défend le Dr Charles Bernard, président du Collège.

     

    Le CMQ tiendra en mars 2018 un colloque pour former et sensibiliser davantage de médecins à l’aide à mourir.

     

    Selon ce dernier, plusieurs médecins se forgent une opinion sur cette pratique délicate avant même d’avoir fait face à cette situation. « Comment porter un jugement sur quelque chose qu’on n’a jamais fait ? Il reste beaucoup d’apprentissage à faire », estime le Dr Bernard.

     

    De son côté, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) rappelle que des sondages menés durant les débats sur l’aide à mourir au Québec démontraient déjà que peu d’entre eux se disaient à l’aise de faire eux-mêmes ce geste terminal, même s’ils en appuyaient le principe.

     

    « Ces résultats ne sont pas surprenants, car l’aide à mourir, c’est encore tout nouveau. En deux ans, on a déjà fait un grand bout de chemin. Avant d’ouvrir cette pratique à d’autres professionnels, on peut se donner encore un peu de temps », fait valoir le Dr Louis Godin, président de la FMOQ.

     

    En théorie, des dispositions de la loi canadienne sur l’aide à mourir permettraient aux infirmières praticiennes de faire ce geste, notamment pour que les patients de régions isolées puissent aussi avoir accès à ce soin de fin de vie.

     

    Mais l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) a déjà fait valoir en commission parlementaire qu’il souhaitait que ce geste demeure l’apanage des médecins.













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