Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Tour à tour agresseurs et victimes

    La violence conjugale chez les jeunes est souvent bidirectionnelle

    23 novembre 2017 |Isabelle Paré | Santé
    En 2008, une étude de Statistique Canada avait révélé que les jeunes de 15 à 24 ans étaient quatre fois plus susceptibles d’être exposés à une forme de violence conjugale que les adultes de 45 à 54 ans.
    Photo: iStock En 2008, une étude de Statistique Canada avait révélé que les jeunes de 15 à 24 ans étaient quatre fois plus susceptibles d’être exposés à une forme de violence conjugale que les adultes de 45 à 54 ans.

    Jusqu’à 38 % des jeunes femmes et des jeunes hommes sont exposés à la violence physique dans leur vie amoureuse, ce qui est beaucoup plus que chez les couples plus âgés, démontre une étude réalisée par le Centre d’étude sur le trauma de l’Institut universitaire en santé mentale (CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal).

     

    L’étude qui doit paraître dans la revue Violence and Victims a analysé les relations vécues au cours des douze derniers mois par plus de 200 jeunes couples de Québec et de Montréal, dont les partenaires étaient âgés en moyenne de 22 ou 23 ans. Les chercheurs ont constaté que la violence vécue dans ces couples était souvent « bidirectionnelle » et subie autant par les jeunes femmes que par les jeunes hommes, les deux disant se percevoir à la fois comme des agresseurs et comme des victimes.

     

    « En fait, ceux qui vivent cette forme de violence bidirectionnelle dans leur couple s’élèvent à 21 % chez les hommes et à 24 % chez les femmes », explique Josette Sader, première auteure de cette étude et professionnelle au Centre d’étude sur le trauma.

     

    Plus de violences chez les jeunes

     

    Plusieurs autres études majeures ont déjà mesuré l’importance de la violence conjugale chez les jeunes couples en relation depuis plusieurs mois. En 2008, une étude de Statistique Canada avait révélé que les jeunes de 15 à 24 ans étaient quatre fois plus susceptibles d’être exposés à une forme de violence conjugale que les adultes de 45 à 54 ans. La même année, une étude internationale menée dans 32 pays auprès d’étudiants constatait que le tiers des jeunes femmes et des jeunes hommes avaient été agressés physiquement par leur partenaire au cours de la dernière année.

     

    Selon la chercheuse, la violence bidirectionnelle, où les deux membres du couple s’agressent mutuellement, devenant tantôt agresseurs tantôt victimes, est aussi présente dans la population adulte, beaucoup moins connue. « Mais chez les adultes, l’impact et le risque de blessures sont plus importants chez les femmes », explique-t-elle.

     

    Détresse psychologique

     

    Le sondage mené par l’Institut universitaire en santé mentale a permis aussi de cerner l’impact de cette forme de violence intime sur la santé mentale des jeunes victimes. Le sondage démontre que les jeunes des deux sexes confient avoir vécu une forme de détresse psychologique, notamment de la colère, de l’anxiété et des symptômes dépressifs, liée à une relation amoureuse marquée d’épisodes violents. Les effets étaient plus marqués chez les jeunes couples en relation depuis une longue période, ainsi que chez ceux ayant des revenus plus faibles ou ayant des enfants. « Ce qu’on observe, c’est que la détresse psychologique est plus marquée chez ceux qui se disent à la fois agresseurs et agressés, plus que chez ceux qui se disent uniquement victimes ou le contraire », ajoute Mme Sader.

     

    Les chercheurs avancent l’hypothèse que la violence bidirectionnelle chez les jeunes couples serait plus courante en raison d’une théorie voulant que les jeunes aient tendance à choisir des partenaires qui leur ressemblent.

     

    À la lumière de ces constats, Mme Saber estime que les campagnes de prévention de la violence conjugale actuelles ne sont pas suffisantes et que certaines plus ciblées devraient être déployées dès l’école auprès des jeunes préadolescents et adolescents. « Ce serait important d’avoir des programmes de prévention consacrés aux jeunes avant qu’ils ne vivent leurs premières expériences conjugales, pense-t-elle. Cela doit se faire de façon préventive, dès le début du secondaire, soit dans le cadre d’ateliers, soit dans le cours d’éthique et de culture religieuse. »













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.