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    Opioïdes: une crise à deux vitesses

    30 septembre 2017 |Annabelle Caillou, Améli Pineda | Santé
    La promotion des opioïdes par les géants de l’industrie et la pression exercée sur les médecins ont contribué au problème, estime le président-directeur général du Collège des médecins, Charles Bernard.
    Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne La promotion des opioïdes par les géants de l’industrie et la pression exercée sur les médecins ont contribué au problème, estime le président-directeur général du Collège des médecins, Charles Bernard.

    Arrivée au Québec après avoir ravagé l’ouest du pays, la crise des opioïdes n’épargne personne. La présence du fentanyl dans les rues a augmenté, et en parallèle, la surconsommation d’opioïdes a explosé chez les patients atteints de douleurs chroniques. Deux réalités qui se superposent, mais qu’il faut dissocier pour éviter les amalgames, disent des experts.

     

    Essentiellement connus comme des médicaments pouvant soulager les douleurs des malades, les opioïdes ont d’abord été prescrits aux personnes ayant un cancer en phase terminale. Dès les années 1990, les médecins en ont élargi l’usage aux patients souffrant de douleurs chroniques, rappelle la titulaire de la Chaire de recherche en toxicomanie à l’Université Sherbrooke, Élise Roy. « La surconsommation a commencé au début des années 2000. »

     

    Les géants de l’industrie

     

    Le président-directeur général du Collège des médecins, Charles Bernard, parle même d’une banalisation de la prescription d’opioïdes. La promotion de ces médicaments par les géants de l’industrie et la pression exercée sur les médecins ont contribué au problème, estime-t-il. « La majorité des médecins pensaient faire un bon travail, mais il y a eu des cas particuliers, des gens malveillants qui sont tombés dans les prescriptions abusives. »

     

    Sans encadrement, le nombre de patients à risque de devenir dépendants ou de faire une surdose est monté en flèche. « Même si moins de 10 % des gens prenant des opioïdes prescrits développent une dépendance, le risque n’est pas à zéro », soutient Mme Roy. Le manque de suivi a ensuite poussé des malades à profiter de la situation en revendant une part de leurs médicaments à des personnes dépendantes dans la rue, a-t-elle constaté. « Ils ont eu des prescriptions trop généreuses par rapport à leur réelle douleur, ou bien l’ont exagérée auprès du médecin pour en avoir plus. »

     

    Chantale Perron, de l’organisme Méta d’Âme — qui vient en aide aux personnes dépendantes aux opioïdes — s’inquiète surtout de l’apparition sur le marché noir du fentanyl, cette drogue 40 fois plus puissante que l’héroïne et 100 fois plus que la morphine.

     

    Les dealers

     

    « Le fentanyl n’est pas un produit détourné des hôpitaux. C’est fait par des dealers et ça vient d’Asie. En faire des comprimés, ça coûte moins cher que plein d’autres drogues pour des quantités similaires », dit-elle.

     

    Selon la Direction de santé publique, environ 20 % des consommateurs de drogue ont été exposés au fentanyl à Montréal en août dernier.Malgré les risques mortels,les narcotrafiquants ajoutent du fentanyl aux autres substances, comme la cocaïne ou l’héroïne, pour augmenter la dépendance des clients et s’assurer de faire rouler leur « commerce », explique Mme Perron.

     

    Un commerce qui risque de devenir plus rentable si les médecins décident de ne plus prescrire d’opioïdes aux patients alertés par les dangers et la mauvaise presse de ces médicaments. « Souvent, ils coupent ça sec, ce n’est pas une diminution de ta dose, c’est on ne t’en donne plus. C’est là que les gens finissent par consommer des drogues de rue », se désole Mme Perron.













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