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    Dans la rue pour sauver des vies

    30 septembre 2017 |Améli Pineda | Santé
    Jean-Philippe est intervenant chez Dopamine, un organisme qui œuvre auprès des usagers de drogues dans Hochelaga-Maisonneuve.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Jean-Philippe est intervenant chez Dopamine, un organisme qui œuvre auprès des usagers de drogues dans Hochelaga-Maisonneuve.

    Un itinérant couché à même le sol : Jean-Philippe Bergeron soupçonne une surdose. Heureusement, lorsqu’il s’approche, il se rend compte que l’homme ne fait que dormir. Depuis que la crise des opioïdes est arrivée à Montréal, le travailleur de rue ne prend aucun risque. La naloxone, antidote contre les effets d’une surdose d’opioïdes, est devenue son alliée.

     

    « Aujourd’hui, croiser quelqu’un d’immobile sur un banc ou dans un parc, c’est inquiétant. Notre premier réflexe est de nous demander si la personne est victime d’une surdose plutôt que de penser qu’elle ne fait que roupiller », explique celui qui travaille chez Dopamine, un organisme qui oeuvre auprès des usagers de drogues dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

     

    Les autorités refusent peut-être de parler de « crise » des opioïdes, mais pour M. Bergeron, qui sillonne les parcs, les ruelles et le métro de la ville, il n’y a aucun doute : la métropole en traverse bel et bien une. « Ce n’est pas normal qu’il y ait autant de surdoses. Des surdoses liées à la drogue, il y en a toujours eu, mais pas dans un aussi gros volume. »

     

    Les deux premières semaines du mois d’août, déjà 12 personnes sont mortes d’une intoxication liée au fentanyl. La Direction de la santé publique de Montréal a même lancé un appel à la vigilance, et Québec a annoncé son intention de rendre la naloxone gratuite pour tous.

     

    « Tous les consommateurs de drogue connaissent quelqu’un qui est décédé d’une surdose. C’est ça, la réalité », souligne M. Bergeron.

     

    Le fentanyl est présent dans nos rues et il est là pour de bon, prévient-il. Cent fois plus puissant que la morphine, cet opioïde est utilisé par des revendeurs pour couper d’autres drogues. « En ce moment, les usagers de drogue n’ont pas d’outils pour la tester avant de la consommer, mentionne-t-il. Si on demande à quelqu’un dans la rue s’il consomme du fentanyl, il va dire non, parce que personne n’[en] consomme par choix. »

     

    Jean-Philippe Bergeron côtoie quotidiennement des personnes en situation de vulnérabilité, mais pas seulement des travailleuses du sexe et des itinérants, précise-t-il. « Je ne vais pas me fier aux préjugés à propos des consommateurs. Notre objectif est de sensibiliser aussi bien la travailleuse du sexe croisée dans une ruelle, qui consomme des drogues de rue, que la dame âgée qui vit seule et prend des opioïdes de prescription. »

     

    Au site d’injection supervisée de Dopamine, le nombre de visiteurs a tranquillement augmenté. Le nombre d’interventions à la naloxone aussi. « C’est trop tôt pour dire si c’est l’inquiétude face à la crise qui amène les gens ou si c’est le fait que c’est un nouveau service, et donc que les gens commencent à le connaître », précise-t-il.

     

    Chose certaine, il lui arrive souvent de croiser des personnes qui viennent « tester » la drogue acquise auprès d’un nouveau dealer, pour être entourées « si jamais » ça tournait mal. « Nous avons reçu un homme qui venait de sortir de prison. Il avait beaucoup entendu parler du fentanyl lorsqu’il était en-dedans. Lorsqu’il est sorti, il a recommencé à consommer dans la rue, mais il ne voulait pas s’intoxiquer, alors il est venu au site d’injection supervisée », raconte M. Bergeron.













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