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    Aider les autres pour se sauver soi-même

    Après avoir tout perdu, Maurice, narcodépendant, s’implique au sein d’un organisme d’assistance

    30 septembre 2017 |Améli Pineda | Santé
    «J’ai trois rois mages pour qui je reste en vie: mon docteur, mon psy et ma travailleuse sociale. Quand je vois tout ce qu’ils font pour moi, je me dis que je leur dois bien ça, de lutter», témoigne Maurice. 
    Photo: Agence France-Presse «J’ai trois rois mages pour qui je reste en vie: mon docteur, mon psy et ma travailleuse sociale. Quand je vois tout ce qu’ils font pour moi, je me dis que je leur dois bien ça, de lutter», témoigne Maurice. 

    Seul dans son appartement, Maurice se prépare une ligne de cocaïne achetée à un dealer dans la rue. Il sait qu’il court un risque, que sa vie peut s’arrêter, mais son corps a besoin de drogue.

     

    « Je sais qu’il peut y avoir du fentanyl, même dans la cocaïne, mais je ne peux pas m’en passer », confie l’homme dans la cinquantaine.

     

    Maurice a son revendeur habituel depuis deux ans, mais il ne « travaille » que de midi à 18 h. « Si j’ai un besoin en dehors de ces heures-là, je vais aller m’en procurer dans la rue », avoue celui qui est devenu « messager de rue » pour un organisme d’aide aux usagers de drogues.

     

    Distribuer du matériel

     

    « Mon rôle, c’est de distribuer du matériel pour enrayer les maladies et encourager les usagers de drogues à diminuer leur dose et à se rendre dans des sites d’injection supervisée. C’est pas toujours facile parce que, dans le fond, on est tous pareils. J’ai autant de misère qu’eux à appliquer ces conseils», dit-il humblement.

     

    Le dernier été a été « rough », confie cet ancien camionneur. Les surdoses et les décès par intoxication se sont multipliées, l’inquiétude est bel et bien présente dans la rue.

     

    « Quand on apprend la mort de quelqu’un, même si on ne le connaissait pas beaucoup, ça nous fait de quoi. On sait que ça pourrait être nous. Est-ce que ça nous empêche de consommer ? Non », dit-il franchement.

     

    En 30 ans de consommation, Maurice a goûté à toutes les drogues sur le marché, et longtemps caché à ses proches sa toxicomanie. « Je viens d’une bonne famille. Je me suis éloigné d’eux pour les protéger. J’avais peur qu’ils tentent de m’aider et que je détruise leur vie. Quand t’as un proche qui consomme, tu vas tenter de le sortir de là, mais ça peut se revirer contre toi. Cette personne intoxiquée peut te voler, peut te menacer. Je ne voulais pas que ça nous arrive. »

     

    Son entourage a appris sa toxicomanie cet été, quand sa mère est décédée. « Je lui avais tout raconté et elle ne me jugeait pas. J’ai commencé à consommer à 22 ans, c’était pour le fun. Prendre de la cocaïne ou de l’héroïne, c’était comme prendre une bière. »

     

    Une suite difficile

     

    En 2013, Maurice a décidé d’arrêter de consommer. Alors qu’il se remettait tranquillement de sa cure, il s’est retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment. « Je venais de débarquer à Montréal et je dormais dans mon auto. Je me promenais dans le Vieux-Montréal. J’ai été battu et laissé pour mort par un gang de rue qui faisait des initiations », raconte-t-il.

     

    La suite a été difficile pour Maurice, qui tente toujours de remonter la pente. « Tu mets tous les efforts pour t’en sortir et là, ça t’arrive. C’est quoi le message que la vie m’envoie ? Pourquoi, même si on met des efforts, on se ramasse à terre ? » se questionne-t-il.

     

    Aujourd’hui, il contrôle sa consommation, mais sa lutte reste quotidienne. Malgré les embûches, une bonne étoile semble veiller sur lui. « J’ai trois rois mages pour qui je reste en vie : mon docteur, mon psy et ma travailleuse sociale. Je les ai rencontrés après l’incident du mois d’août et quand je vois tout ce qu’ils font pour moi, je me dis que je leur dois bien ça, de lutter. »













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