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    Les prisons québécoises aux aguets pour prévenir les surdoses d’opioïdes

    30 septembre 2017 |Annabelle Caillou | Santé
    Mathieu Lavoie, le président du Syndicat national des agents de la paix, estime primordial que l’ensemble des gardiens du Québec soient formés pour détecter les signes d’une surdose et administrer la naloxone.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Mathieu Lavoie, le président du Syndicat national des agents de la paix, estime primordial que l’ensemble des gardiens du Québec soient formés pour détecter les signes d’une surdose et administrer la naloxone.

    Après avoir gagné les rues de Montréal, les opioïdes — et particulièrement le fentanyl — se retrouvent désormais dans les allées des pénitenciers du Québec. Si les agents de la paix des établissements fédéraux ont accès à la naloxone, l’antidote administré en cas de surdose d’opioïdes, ceux des prisons de compétence provinciale attendent encore l’aval du ministère de la Santé et des Services sociaux.

     

    De l’avis de Mathieu Lavoie, président du Syndicat national des agents de la paix, le temps presse. « Ça s’en vient ici, le Québec va être frappé de plein fouet comme les autres provinces, assure-t-il. Le fentanyl surtout, c’est nouveau, on n’a pas de moyen de l’identifier ni de reconnaître les symptômes chez les détenus, c’est inquiétant. »

     

    Non loin de Québec, dans la prison de Donnacona, quatre détenus ont été victimes d’une surdose de fentanyl en juillet dernier. Rapidement pris en charge par les équipes médicales, ils ont pu échapper au pire.

     

    M. Lavoie estime primordial que l’ensemble des gardiens du Québec soient formés pour détecter les signes d’une surdose et administrer la naloxone. Actuellement, il est encore nécessaire de passer par l’infirmerie ou le bureau d’un gestionnaire correctionnel pour l’obtenir.

     

    Un protocole plus rigoureux quant aux fouilles de colis pour détecter la présence d’opioïdes devrait être mis en place, croit-il, craignant pour la santé des travailleurs. Cet été, des gardiens de l’Alberta ont soutenu avoir été intoxiqués par simple contact avec la substance en ouvrant du courrier.

     

    Un trafic en expansion

     

    « En détention, le trafic de médicaments est énorme, c’est un fléau que l’on connaît depuis de nombreuses années, et encore plus ces derniers mois », s’inquiète M. Lavoie, précisant qu’il est difficile de tout contrôler, notamment avec l’utilisation plus fréquente des drones.

     

    De son côté, le ministère québécois de la Sécurité publique indique que diverses mesures sont mises en place pour contrôler la distribution des médicaments prescrits à des détenus et susceptibles de créer une dépendance, tels que les opiacés, « afin d’en éviter le trafic, l’accumulation ou l’utilisation inappropriée ».

     

    Selon les dernières données compilées par le ministère, trois détenus sont morts d’une surdose de fentanyl depuis 2011 dans la province. En avril dernier, un timbre fentanyl a également été saisi lors de l’arrivée d’une personne incarcérée à l’Établissement de détention de Québec.

     

    Pour limiter le problème, « la Direction générale des services correctionnels a exigé que le service de soins de santé de tous les établissements de détention cesse de prescrire ce médicament sous la forme de timbre transdermique » dès 2011.

     

    Mais les détenus redoublent d’imagination, dit M. Lavoie. « Certains prennent de la méthadone et après l’avoir prise devant l’infirmière, ils se font vomir pour le revendre, car ça a un prix énorme à l’intérieur. »

     

    Un problème inévitable ?

     

    Une situation qui ne surprend pas David Henry, criminologue et directeur de l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec. Il avance qu’entre 50 et 80 % des personnes incarcérées avaient des problèmes de consommation avant de se retrouver derrière les barreaux. « Ce n’est pas parce qu’ils sont en détention qu’ils vont arrêter, c’est difficile. »

     

    Quant à l’arrivée du fentanyl dans les prisons, ce n’était qu’une question de temps, selon lui. « Ce qui se passe dans la communauté va forcément se refléter dans les pénitenciers. Même si c’est plus difficile d’accès, ce n’est pas étonnant que ça franchisse les mesures de sécurité. »

     

    Pour Jean Faucon, ancien directeur à la retraite du Centre de réadaptation en dépendance de la Gaspésie, permettre aux prisonniers de consommer de la drogue de manière supervisée, comme c’est le cas dans les sites d’injection, pourrait réduire les risques de surdose.

     

    Il donne l’exemple d’un pénitencier à Genève, en Suisse, qu’il a visité au cours de sa carrière, où les prisonniers aux prises avec une dépendance peuvent consommer sous supervision. « Ils font des expérimentations et ont vu que ça pouvait limiter les problèmes de maladies transmissibles dans les prisons et que le détenu qui ne consommait pas avant ne commençait pas à le faire pour autant. »













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