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    Double réimplantation des bras en France, le succès d’une course contre-la-montre

    26 août 2017 | Benoît Pavan - Agence France-Presse à Grenoble | Santé
    Le chirurgien en chef Denis Corcella, flanqué des chirurgiens assistants Billy Chedal Bornu (gauche) et Mickael Bouyer (droite), en une conférence de presse à l'hôpital de Grenoble
    Photo: Philippe Desmazes Agence France-Presse Le chirurgien en chef Denis Corcella, flanqué des chirurgiens assistants Billy Chedal Bornu (gauche) et Mickael Bouyer (droite), en une conférence de presse à l'hôpital de Grenoble

    Un accident rarissime, suivi d’une prouesse médicale : six heures après qu’un train lui eut sectionné les deux bras, une jeune femme a pu les recouvrer, une première en France, grâce à la rapidité des secours et à la dextérité des chirurgiens.

     

    Réalisée le 14 août par deux équipes du Centre hospitalier universitaire de Grenoble, l’opération a débuté moins de deux heures après le drame, grâce au conditionnement rapide des membres dans un récipient réfrigéré, pour optimiser les chances de la victime de retrouver un bon usage de ses mains.

     

    Cette véritable course contre-la-montre a pris fin après quatre heures de bloc opératoire et une « macro-réimplantation » réalisée « sans difficulté technique », de l’avis des chirurgiens, juste au-dessus du coude. Au total, une dizaine de personnes, réparties en deux équipes, ont participé à l’intervention qui s’est achevée vers 21 h 30, simultanément pour chaque bras.

     

    « La patiente va bien mais elle se remet progressivement d’un traumatisme important. L’évolution est favorable car la perfusion et la vascularisation sont excellentes », a souligné l’équipe médicale devant la presse vendredi.

     

    Celle-ci estime toutefois que si son âge (30 ans) peut favoriser une « récupération neurologique correcte », la jeune femme ne pourra pas retrouver une complète mobilité de ses mains, « du fait des lésions nerveuses ».

     

    « Tous les muscles ne pourront pas être réénervés en totalité, et donc des fonctions fines, notamment au niveau de la main, seront déficitaires chez cette patiente. Mais ce sera toujours mieux qu’une prothèse », a précisé le Dr Michaël Bouyer, un des deux chirurgiens ayant pris part à l’opération.

     

    Les médecins ont attendu huit jours et des garanties d’obtenir une « sécurité vasculaire des membres réimplantés » avant d’acter la réussite. Ils pourraient être amenés à intervenir à nouveau en fonction des progrès effectués par la patiente lors de sa rééducation, qui pourra durer deux ans.

     

    Inédit en France

     

    Dans l’accident, survenu à 15 h 30 en gare de Chambéry (à une soixantaine de kilomètres de Grenoble), la trentenaire avait eu les deux bras sectionnés après être tombée accidentellement sur les rails, entre le quai et le train en marche dans lequel elle tentait de monter.

     

    Stève Mure-Ravaud, 39 ans, sapeur-pompier professionnel et sergent-chef au centre de secours principal de Chambéry, avait rapidement été envoyé sur place avec deux collègues pour lui venir en aide. Il souligne l’importance de la coordination de la chaîne des secours.

     

    « On n’est pas équipé pour conditionner dans du froid des membres entiers, donc il a fallu s’adapter. On a eu de la glace très rapidement grâce à la SNCF, on les a conditionnés dans des champs stériles, puis dans des sacs conditionnés dans des glaciaires fournies par le Samu », raconte-t-il, ajoutant qu’il « ne [fallait] pas que les membres soient en contact directement avec la glace, pour ne pas brûler les chairs ».

     

    La patiente avait ensuite été transférée au CHU de Grenoble.

     

    L’amputation simultanée de deux bras est un traumatisme « relativement rare » dans l’Hexagone et la réussite de l’opération lui confère les galons de première française, relève le Dr Denis Corcella, chef du service de chirurgie de la main qui a coordonné l’opération. Selon les médecins, de telles opérations ont déjà été menées à bien en Chine et en Inde.

     

    Un précédent cas s’était présenté il y a plusieurs années à Grenoble mais les chirurgiens n’avaient pu donner à l’opération une issue aussi favorable car un seul des bras sectionnés pouvait être réimplanté. Ici, l’état des deux membres était assez similaire.

     

    Fin juillet à Marseille, un homme de 32 ans dont un avant-bras avait été arraché par une machine agricole avait également bénéficié d’une réimplantation en urgence. La première greffe mondiale de deux bras avait quant à elle eu lieu en Allemagne en 2008.

     

    Avec Julia Pavesi













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