Les médecins sont favorables à un accès élargi à l'aide à mourir

Un sondage réalisé par l'AMC révèle qu'une majorité de médecins pourrait bien être favorable à un élargissement de l’accès à l’aide médicale à mourir.
Photo: Ugurhan Betin Getty Images Un sondage réalisé par l'AMC révèle qu'une majorité de médecins pourrait bien être favorable à un élargissement de l’accès à l’aide médicale à mourir.

Un sondage réalisé par la plus importante association médicale du pays révèle qu’une forte majorité de médecins sondés sont favorables à l’idée d’élargir l’accès à l’aide médicale à mourir aux mineurs et aux personnes ayant rempli des directives médicales à ce sujet avant de devenir inaptes.

Réunis en congrès à Québec, des membres de l’Association médicale canadienne (AMC) ont livré un avis très clair sur l’inclusion de trois nouveaux profils de patients à l’accès à l’aide médicale à mourir. Parmi les 611 délégués, 83 % se sont dits favorables à ce que l’on aide à mourir des personnes inaptes qui en auraient fait clairement la demande par des directives médicales anticipées.

Plus des deux tiers des médecins (67 %) approuvent aussi l’idée d’élargir l’aide médicale à mourir aux personnes mineures « jugées matures », répondant aux critères de la loi fédérale. Par contre, l’accès à cette procédure pour les personnes atteintes de maladies mentales divise encore profondément la profession, seulement 51 % des délégués se disant à l’aise avec une telle possibilité.

Malgré les opinions exprimées, l’Association médicale canadienne (AMC) n’entend pas prendre position officiellement sur ces questions délicates.

« Notre but n’est pas d’adopter une position officielle [en tant qu’organisme], mais plutôt de dire au gouvernement où se situent les médecins sur ces questions », a soutenu mercredi Jeff Blackmer, vice-président au professionnalisme de l’AMC. « On ne va pas dire qu’on est contre ou pour, on souhaite plutôt éclairer le gouvernement sur l’encadrement et les conditions qui devraient exister dans ces situations », a-t-il expliqué.

Ces trois enjeux précis sont présentement examinés par un comité d’experts fédéral chargé de faire rapport d’ici décembre 2018. Le gouvernement québécois, ébranlé l’hiver dernier par les cas de meurtre par compassion de personnes démentes et par ceux de patients condamnés se laissant mourir de faim, a aussi entamé « une réflexion » sur ces nouveaux contextes dans lesquels pourrait être autorisée l’aide à mourir.

Questions délicates

Selon le porte-parole de l’AMC, Jeff Blackmer, ces résultats ne sont pas surprenants, surtout en ce qui concerne les mineurs et les personnes inaptes. Par contre, aider les personnes atteintes de maladies mentales qui le réclament à mettre fin à leurs jours rend les médecins très « mal à l’aise ».

« C’est difficile de se réconcilier avec cette notion pour des médecins qui, ces dernières années, ont été sensibilisés aux efforts à déployer pour prévenir le suicide. Ce n’est pas comme une maladie terminale où il n’y a plus d’espoir. Pour beaucoup de médecins, il y a toujours une guérison possible dans la majorité des cas de maladies mentales », a-t-il soutenu.

Ce dernier n’est pas étonné que les médecins soient plus ouverts aux demandes médicales anticipées faites par des personnes atteintes de démence — déjà utilisées dans d’autres situations — et à l’élargissement de la loi aux mineurs. « L’ouverture aux mineurs s’est produite dans d’autres pays qui ont légalisé l’aide à mourir. Il est difficile de justifier qu’un jeune de 17 ans répondant aux critères de la loi ne puisse y avoir accès. Il faut être en harmonie avec la Charte des droits et libertés », croit le Dr Blackmer.

Plusieurs parents de nouveau-nés et de jeunes enfants condamnés ont aussi réclamé que la loi puisse être plus « sensible » aux souffrances vécues par les mineurs.

Par ailleurs, des chiffres dévoilés au congrès par l’AMC révèlent que 970 personnes ont obtenu l’aide à mourir entre décembre 2015 et décembre 2016 au Canada. L’âge moyen des patients oscillait autour de 72 ans et dans 57 % des cas il s’agissait de patients atteints de cancer. Environ 23 % étaient atteints de maladies dégénératives et 11 % de maladies circulaires ou respiratoires.

Les chiffres démontrent que les décès survenus grâce à une aide médicale n’ont représenté que 0,6 % des décès survenus au Canada en 2015-2016, comparativement à 3,75 % aux Pays-Bas, 1,8 % en Belgique (2016) et près de 0,4 % dans l’État de l’Oregon, aux États-Unis.

L’AMC représente 85 000 médecins dans l’ensemble du pays.

2 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 23 août 2017 15 h 01

    Élargir par l'intérieur. URGENCE

    Une statistique qui affirme beaucoup : «82 % des médecins continuent à se dire favorables à ce que l’aide à mourir puisse être administrée aux personnes inaptes, à la condition qu’elles en aient émis le souhait par le biais de directives médicales préalables.». Réconfortant. Rassurant. Prometteur : il y aura moins de suicides, moins d'aides au suicide, moins de «meurtres par compassion»; bref, c'est un Plus. Tout élargissement devra s'accompagner par un travail interdisciplinaire intense et approprié.

    La Loi C-14 se doit de s'élargir d'abord et avant tout et dès cet automne par l'intérieur. En incluant les grands Souffrants, tel que le permet clairement le Jugement unanime de la Cour suprême du Canada de février 2015.

    Pour y arriver, à tellement moindre coût (sur bien des plans), le Gouvernement Trudeau doit demander dès septembre à la CSC son avis sur la Loi C-14. Tout deviendra tellement davantage clair sur les plans juridique et clinique. Compassion exige! Support aux soignants et à leurs établissements de soins le demande fortement! Sérénité augmentée et bonifiée pour les finissants de la vie et pour leurs proches invite profondément !

    Question : Dans son sondage, l'AMC s'est intéressée aux Souffrants/AMM? Si non, le fera t elle en septembre?

    Une autre question : le sondage touche t il aussi à l'enlèvement de l'article «de prescrire ou de fournir une substance à une personne, à la demande de celle-ci, afin qu’elle se l’administre et cause ainsi sa mort»? Rapetissement très approprié ce serait.

  • Jean Breton - Abonné 24 août 2017 10 h 02

    Qu'attend le gouvernement Couillard pour agir ?

    L'opinion publique est majoritairement favorable à l'élargissement de la loi sur l'aide médicale à mourir. C'est afin de permettre à ceux qui ne veulent pas subir une agonie pénible dans un état de dégénérescence cognitive déshumanisant de pouvoir quitter ce monde à la con (sic) dans la dignité...

    Même la majorité de la classe médicale est favorable à cette mesure. C'est tout dire.

    Qui donc dans le gouvernement Couillard met des bâtons dans les roues au ministre Barrette qui est prêt à agir ? Après tout, notre Gaétan bien-aimé peut, à l'occasion, viser dans le mille, surtout en fin de parcours...